Le litige gazier reste en suspens

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Les États-Unis préparent un projet de loi destiné à aider l’Ukraine. Washington espère réduire ainsi la dépendance de Kiev au gaz russe. Conformément à ce texte, l’Ukraine devra recevoir 10 millions de dollars dans deux prochaines années mais les experts estiment que le projet de loi sera rejeté par le Congrès contrôlé par les républicains. En outre, les négociations entre Gazprom russe et Naftogaz ukrainien ont duré pendant toute la semaine sans aboutir à aucun compromis.

Il n’y a rien de nouveau dans les négociations sur le gaz, constatent brièvement les analystes en faisant le point des consultations de trois jours entre Moscou, Bruxelles et Kiev. Il n’y a eu qu’une nouvelle durant toute la semaine à savoir que les consultations tripartites se poursuivent, raconte Alexandre Passetchnik, directeur du département analytique du Fonds de sécurité énergétique nationale :

Les négociations s’enlisent. Gazprom espère que l’Ukraine transférera avant le 10 juin une nouvelle tranche de 1,5 milliards de dollars qui permettrait de relancer le dialogue constructif. Gazprom attend patiemment les tranches prévues par le contrat et les dirigeants russes ont répété plus d’une fois que Kiev devait au moins faire preuve de sa bonne volonté de payer. Ce serait une occasion pour mener un dialogue constructif.

La semaine avait débuté par la décision de Gazprom de retarder d’une semaine l’introduction du régime du prépaiement pour l’Ukraine en contrepartie de réception d’une partie de la dette. La première tranche de 786 millions de dollars a quand même été virée lundi par « Naftogaz » ukrainien. Le PDG du géant gazier russe Alexeï Miller avait en son temps déclaré aux journalistes que l’introduction du régiment du prépaiement dépendrait du remboursement par l’Ukraine du montant intégral de la dette pour le gaz livré avant le mois d’avril et évaluée à plus de 2 milliards de dollars. Pourtant, le paiement n’a été effectué que pour le mois de mai et encore le 10 juin au lieu du 9 comme prévu.

Kiev a montré par là même qu’il était prêt au dialogue mais littéralement quelques heures plus tard Arseni Iatseniouk nommé premier ministre par la Rada (parlement ukrainien) a déclaré que les négociations allaient se conclure soit par la signature d’un accord avec la Russie, soit par un recours à la justice. C’est que Kiev conteste le prix de 380 dollars par 1000 m3. Les experts qualifient ce comportement du nouveau pouvoir ukrainien de franchement étrange. En effet, d’une part, les autorités ukrainiennes ont l’intention de signer l’accord d’association avec L’UE, se considérant comme un pays européen. Mais, d’autre part, Kiev demande de fixer les tarifs gaziers au niveau pratiqué dans les pays de l’Union douanière. En outre, Kiev fait en permanence déraper les négociations, estime Andrei Souzdaltsev, doyen adjoint de la faculté d’économie et politique internationales du Haut collège d’économie :

Kiev a fait parvenir à Moscou l’avenant au contrat de livraison de gaz signé en 2009 par Vladimir Poutine et Ioulia Timochenko. Ce document change complètement la structure du contrat et les quantités livrées. De surcroît, il fixe arbitrairement le prix que veut Kiev. La Russie avait depuis de longues années tellement habitué la classe politique ukrainienne à la manne gazière qu’elle se permet de de sous-payer, de menacer, de fermer le robinet et de siphonner carrément notre gaz.

La situation autour du gaz confine parfois à une mauvaise blague. C’est ainsi que le commissaire européen à l’énergie Günter Oettinger a déclaré cette semaine que la Russie ne sera pos autorisée à construire le gazoduc South Stream avant d’avoir reconnu le pouvoir de Kiev. Cette déclaration a de qui surprendre, estiment les experts. En effet, la Russie est en permanence accusée d’instrumentaliser le gaz à des fins politiques alors qu’en réalité c’est le contraire puisque c’est l’Europe qui fait le chantage sur Moscou en utilisant le gaz russe. En même temps, l’Occident avait implicitement décidé qu’il ne subviendrait pas aux besoins de l’Ukraine et essaie maintenant d’imposer cette obligation à la Russie.

Les experts notent que les problèmes gaziers ont un dessous politique. C’est que les États-Unis et l’UE mènent leur propre jeu sur le dos de la Russie et les autorités ukrainiennes sont le cas échéant un instrument commode qu’ils manipulent à leur convenance. On a récemment découvert un nouveau cas de manque de scrupules des autorités ukrainiennes. C’est ainsi que malgré les dettes qui se chiffrent à des milliards de dollars, « Naftogaz » ukrainien avait brusquement augmenté les quantités de gaz pompées dans les réservoirs souterrains. Les réserves ont augmenté de plus d’une fois et demie en 4 mois bien que Igor Didenko, vice-ministre ukrainien de l’énergie et de l’industrie du charbon, ait déclaré auparavant que l’Ukraine se passerait des livraisons russes jusqu’à l’automne. Kiev tend maintenant à se justifier en prétendant qu’il s’agit du gaz destiné aux partenaires occidentaux. Les experts estiment quant à eux que Kiev veut se prémunir et on saura bientôt contre quoi. En principe, il s’est toujours conduit de cette façon dans les moments de crise et, visiblement, ne sait pas faire autrement. Léonid Goussev, directeur de recherche à l’Institut d’études internationales, estime que cela peut continuer tant qu’un compromis sur le gaz ne sera pas atteint :

Cette situation perdurera jusqu’à ce que les parties russe et ukrainienne ne s’entendent définitivement. Tout bute contre le prix du gaz livré. Les Ukrainiens disent qu’ils sont prêts à payer le prix de 268,5 dollars 1000 m3 fixé en décembre tandis que la Russie insiste sur le prix de 400 dollars et même plus. Je pense que ce sera dans ces zones-là.

Les autorités de Kiev font preuve de tant d’audace parce qu’elles comptent sur le soutien promis par l’Occident. La déclaration sur le recours contre Gazprom au sujet du prix du combustible russe n’avait rien d’un hasard. Kiev aurait sûrement reçu des garanties de la part des fonctionnaires haut placés des États-Unis ou de l’UE.

Les experts estiment que toutes les questions litigieuses seront réglées vers l’automne, quand l’Europe n’aura plus le temps de tourner autour du pot en prévision de la saison de chauffage. Par conséquent, Bruxelles sera obligé de faire pression sur Kiev pour ne pas rester sans gaz russe en hiver.

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