L’humoriste youtubeur radicalisé, car il voulait «travailler dans la vidéo avec Daech»

Omar C., l’un des créateurs du célèbre personnage Mamadou Segpa sur YouTube, a été condamné à cinq ans d’emprisonnement pour ses contacts avec Daech. Retour sur la trajectoire de ce jeune algérien de 20 ans pour qui Hollywood se trouvait en Syrie.

«On va dire que c'était une radicalisation cinématographique.» C'est l'explication d'Omar C., lors de son jugement au tribunal pour association de malfaiteurs à visée terroriste. Mais comment ce jeune algérien de 20 ans qui faisait des vidéos humoristiques sur YouTube est-il tombé sous l'influence de Daech?

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Tout commence avec la création de son personnage virtuel, «Mamadou Segpa»- qui fait référence aux sections d'enseignement général et professionnel adapté, destinées aux élèves présentant des difficultés scolaires (SEGPA)- mis en scène dans des situations loufoques. Ses vidéos YouTube sont plébiscitées par les jeunes internautes (près de 1,7 million de vues, uniquement pour la vidéo «Mamadou Segpa: va au kebab») et lui font gagner un peu d'argent.

Tout dérape le jour où Omar C. décide de créer une nouvelle vidéo «Mamadou Segpa rejoint Daesh». Par excès de professionnalisme probablement, le jeune Youtubeur de 20 ans cherche «par curiosité» de vraies images de jihadistes. Il se fait passer pour un terroriste sur les réseaux sociaux en utilisant plusieurs faux comptes et noue des contacts avec la «jihadosphère», plus particulièrement Rachid Kassim, considéré comme un des principaux recruteurs de Daech.

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Peu à peu, le jeune homme tombe sous le charme de la propagande de l'État islamique (EI). «À force, j'étais fasciné par Daech […] par ce genre de grosse production hollywoodienne», concède Omar C. devant les juges au tribunal.

Néanmoins, l'histoire prend une tournure dramatique lorsque la DGSI perquisitionne, le 24 juillet 2016, le domicile du youtubeur, qui était surveillé pour radicalisation. Les enquêteurs y découvrent une multitude de documents de propagande djihadiste: 11.000 photos, 257 fichiers audio et 163 vidéos, dont une qui annonce «une attaque dévastatrice qui va bouleverser le cœur des mécréants». Une attaque qui s'avérera être celle de l'assassinat, le 26 juillet 2016, du père Hamel à Saint-Étienne-du-Rouvray.

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Le jeune homme explique au tribunal ne pas s'être radicalisé «religieusement», mais reconnaît avoir été sensible aux arguments religieux avec lesquels l'EI légitimait sa violence. Une trajectoire singulière, mais également révélatrice de la manière dont certains jeunes sont hypnotisés par Daesh, comme il l'explique à la barre: «y a aucune différence entre la cocaïne et les vidéos de Daech: à chaque fois on veut savoir ce qui va se passer».

Omar C., un jeune sans histoire, vivant avec sa mère à Mantes-la-Jolie (77), passionné de jeux vidéo (Call of Duty) et de réseaux sociaux, avait pourtant projeté de s'installer en Syrie pour «travailler dans la vidéo.» Désormais, le youtubeur «culpabilise», car il estime que «si j'avais dénoncé cette vidéo à la police, peut-être que le prêtre serait encore en vie.»

Vendredi soir, il a été condamné à 5 ans de prison assortis d'un suivi sociojudiciaire de cinq ans. Malgré des faits «d'une gravité évidente», le tribunal s'est dit «confiant» quant à sa «prise de conscience.»

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