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Jérusalem capitale: Trump fait plaisir à ses alliés

© AFP 2021 Anthony Wallance/ POOL Trump
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Pourquoi Donald Trump prend-il le risque de mettre le feu aux poudres en reconnaissant Jérusalem comme la capitale d’Israël? Le Moyen et le Proche-Orient sont pourtant totalement déstabilisés et la communauté internationale est contre toute mesure unilatérale dans ce dossier.

Alexandre del Valle explique selon lui pourquoi Trump agit à contre-courant. Si Benjamin Netanyahou salue un «jour historique», Mahmoud Abbas «condamne» et «rejette». Le Hamas considère que le président américain a «ouvert les portes de l'enfer» et appelle à une troisième intifada. Le ministre iranien des Affaires étrangères s'insurge en considérant cette «décision insensée» comme une «provocation» et Emmanuel Macron «regrette» et appelle «à éviter à tout prix les violences».

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Cependant, des violents affrontements ont déjà éclaté à Gaza, et cette annonce pourrait avoir des répercussions graves en dehors du territoire palestinien. Si les raisons, qui expliqueraient la décision du président américain sont nombreuses, la première serait que Donald Trump applique la loi «Jerusalem Embassy Act» votée par le Congrès américain en 1995.

Alexandre Del Valle, essayiste et consultant international en géopolitique, complète en nous livrant son analyse:

Sputnik: l'électorat des évangélistes américains a-t-il contribué à la décision de Donald Trump de reconnaître Jérusalem comme capitale de l'État d'Israël?

Alexandre del Valle: «Oui, je pense que cela a joué, parce que cette décision est quand même très liée à la politique interne. Déjà, quand on veut tenir une promesse de campagne avec une disposition internationale, cela veut dire qu'il y a un agenda national, parce qu'on veut tenir une promesse liée à un électorat.

Cet électorat [se compose] à la fois de libéraux et d'anti-interventionnistes, mais aussi d'une droite républicaine classique, mais très proche de la tendance chrétienne du Tea Party et des milieux évangéliques [et] des milieux très chrétiens en général. Et aux États-Unis, ces milieux très chrétiens, en général, sont beaucoup plus pro-Israël qu'en Europe. Donc évidemment, il y a une dimension évangélique. Ted Cruz, qui est l'un des héros de cette droite chrétienne, a tout à fait réagi positivement.

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Mais il n'y a pas que lui, la droite chrétienne aux États-Unis est très puissante et contrairement à l'Europe, les États-Unis sont un pays très chrétien: on jure sur la Bible, on dit "God Bless America" en permanence. Contrairement à l'Europe qui renie un petit peu son origine chrétienne, l'Amérique est très fière de sa civilisation chrétienne et de sa foi chrétienne. […] Il faut connaître l'Amérique profonde pour s'en rendre compte.

Donc tout cela est lié à un agenda de politique intérieure électorale, à une promesse de campagne vis-à-vis de cette droite chrétienne, c'est absolument indéniable.» […]

Sputnik: Qu'est-ce qui a changé entre 1995 et le Jerusalem Embassy Act et 2017, Trump président?

Alexandre del Valle: «Dans les années 90, il y avait encore cette intimidation vis-à-vis du politiquement correct et d'une pensée islamophile. Aujourd'hui, objectivement Monsieur Trump a été élu par qui? Par les mécontents de la mondialisation qui ont perdu leur job à cause de la délocalisation et il a été élu par tous ceux qui en ont assez du politiquement correct. […] Cette idéologie vient des États-Unis, de la gauche américaine; donc c'est tout simplement pour cela qu'aussi, il a fait cela.
C'est une décision qui a été votée dans une loi dans les années 95, mais le politiquement correct, la prudence, la politique d'apaisement, la volonté de plaire aux États islamiques empêchaient cela.»

Sputnik: N'est-ce pas en contradiction avec la politique des néoconservateurs Américains?

Alexandre del Valle: «Bien sûr, Trump n'est pas un néoconservateur, il est l'inverse du néoconservateur, il veut dialoguer avec la Russie, il veut dire ce qu'il pense de l'Islam. Le jour de son inauguration, il y avait des prêtres, des rabbins, des pasteurs, mais pas d'imams.

C'est un homme qui rompt avec cette islamophilie des néoconservateurs. Quand on disait que Bush faisait des "croisades", ce n'était pas du tout des croisades chrétiennes, c'était une politique d'éradication d'un pays nationaliste et d'un régime nationaliste comme le parti Baas en Irak au profit de l'idéologie islamiste, parce que les néoconservateurs pensaient qu'on pouvait mettre une sorte d'islamisme à la Erdogan au pouvoir un peu partout, pour remplacer les vieux régimes, à la fois laïcs, nationalistes et comme par hasard, prorusse.

Donc, il est aux antipodes de cette stratégie. Il est pour l'Amérique en premier, il est pour une realpolitik non moraliste et non interventionniste —même s'il y a des bémols-. Donc on n'est pas du tout à l'époque des néoconservateurs, qui voulaient donner des leçons de morale et qui n'avaient comme seul objectif que de faire tomber les régimes qui étaient liés à Moscou.»

Sputnik: Donc il n'y a aucun lien entre la politique de Trump au Moyen-Orient, sa décision sur Jérusalem, et la doctrine Bush du Grand Moyen-Orient?

Alexandre del Valle: «Non je ne pense pas du tout, parce que le Grand Moyen-Orient de Bush était un Grand Moyen-Orient totalement pro-islamiste. Où on pensait que l'islamiste était la meilleure barrière à l'idéologie nationaliste arabe liée à Moscou.
Ici, l'optique c'est de plaire à son propre électorat —"America First"-, il est cohérent. Monsieur Trump, depuis le début, son but c'est de créer des emplois aux États-Unis, de lutter contre le politiquement correct et penser à l'Amérique en premier de manière très cynique et s'accorder avec n'importe qui dans le monde qui a des intérêts convergents [Chine, Turquie, Russie].

En Israël, il s'entend avec la droite israélienne la plus dure, dans une logique qui est celle des intérêts américains, parce qu'Israël est le pays qui transporte le mieux les intérêts américains au Proche-Orient, c'est une base utile pour l'Amérique. Et en plus, il y a un agenda politique intérieur: défendre Israël, c'est plaire à la droite chrétienne. Cette droite chrétienne pro-Israël n'est pas forcément la même que la droite néoconservatrice de Bush.

N'oubliez pas que le néoconservatisme, ce sont des anciens démocrates et des anciens trotskystes devenus libertaires. Ce n'est pas du tout la droite identitaire chrétienne. C'est dans cette optique qu'on peut comprendre Monsieur Trump, ce n'est pas du tout un néoconservateur, c'est un identitaire, populiste.»

Sputnik: En quoi la décision de Trump de reconnaître Jérusalem comme capitale d'Israël influe-t-elle sur cette région (Iran, Arabie saoudite, Israël)?

Alexandre del Valle: «Je dirais plus que "influe", c'est plutôt l'inverse. […] L'Arabie et les Emirats se sentent complètement encerclés par un arc chiite. Donc, dans ce contexte, ils ont besoin de se rapprocher d'Israël et de n'importe qui d'ailleurs qui serait dans cette optique. Le 2e objectif de cet axe sunnite [Égypte, Émirats, Arabie saoudite, ndlr], que j'appelle néonationalisme, c'est de lutter contre les Frères musulmans. L'Iran et les frères musulmans sont les deux ennemis qui ont été désigné par cet axe sunnite. Cela tombe bien, Israël a exactement les mêmes ennemis. Israël a comme ennemi le Hamas, qui est "Frères musulmans" et l'Iran qui soutient le Hezbollah.

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Donc ce rapprochement entre ces pays sunnites nationalistes anti-Iran et anti Frères musulmans avec Israël est tellement important que Trump, son calcul, c'est de se dire, ils ne pourront pas trop réagir à cette reconnaissance de Jérusalem comme capitale, ils ont tellement besoin en ce moment d'Israël qu'ils vont avaler la couleuvre. Donc ces pays sunnites vont mettre la lutte pour la Palestine au second plan, puisque de loin, ce qui les menace ce n'est pas Israël, au contraire s'il cherche à s'allier avec eux, ce qui les menace c'est l'Iran.»

Sputnik: Donc le timing est parfait!?

Alexandre del Valle: «Et voilà! J'allais dire en fait, les médias ne le disent pas assez, n'ont pas analysé, mais, si Jérusalem a été reconnu comme capitale d'Israël en ce moment, c'est uniquement et on l'oublie, premièrement pour des raisons de politique intérieure et deuxièmement parce que c'est le moment juste. C'est le seul moment où on pouvait le faire, puisque c'est la période où les États sunnites ont besoin d'Israël, donc c'est le moment où il pouvait le moins être contre. Grosso modo, on leur a fait une proposition qu'ils ne pouvaient pas refuser.»

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