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Revers de la diplomatie canadienne: «Trudeau a peur de rencontrer Poutine»

© AFP 2021 NICHOLAS KAMMCanadian Liberal Party leader Justin Trudeau speaks at a press conference in Ottawa on October 20, 2015 after winning the general elections
Canadian Liberal Party leader Justin Trudeau speaks at a press conference in Ottawa on October 20, 2015 after winning the general elections - Sputnik France
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La diplomatie de Justin Trudeau est de plus en plus critiquée, certains lui reprochant d'avoir détérioré les relations du Canada avec la Russie, la Chine, l'Inde et l'Arabie saoudite. Jocelyn Coulon, ancien conseiller du ministre des Affaires étrangères en 2016-2017, fait partie de ces critiques. Il livre son analyse à Sputnik.

Le Canada se dirige-t-il vers un naufrage diplomatique? De plus en plus d'observateurs en sont convaincus au pays de l'érable. C'est le cas de Jocelyn Coulon, un proche de l'ancien ministre des Affaires étrangères canadien, Stéphane Dion (2016-2017). Professeur de géopolitique à l'Université de Montréal, il livre son analyse à Sputnik.

M. Coulon fait un premier constat: le Canada a maintenant des relations très tendues avec quatre grandes puissances mondiales: la Russie, la Chine, l'Inde et les États-Unis. Une courte liste à laquelle s'ajoute l'Arabie saoudite. Des pays incontournables, avec lesquels le Canada a rompu en bonne partie sur le plan diplomatique.

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M. Coulon estime que ces pays ont joué un certain rôle dans cette rupture, mais considère Justin Trudeau comme le principal responsable de cet échec. «Justin Trudeau ne comprend pas vraiment la dynamique qui se déroule sur la scène internationale», a tranché l'ancien conseiller du ministre des Affaires étrangères. Un point de vue qu'il a aussi développé dans son livre Un Selfie avec Justin Trudeau, dont une traduction anglaise paraîtra bientôt.

«Le gouvernement est dans sa quatrième année. Il y aura des élections en octobre. Le bilan que l'on peut tracer aujourd'hui, c'est que, quelles que soient les responsabilités des uns et des autres, le gouvernement canadien se trouve à avoir des relations tendues ou exécrables avec les quatre grandes puissances d'aujourd'hui: les États-Unis, la Russie, la Chine et l'Inde», a affirmé Jocelyn Coulon à Sputnik France.

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Il estime de plus que «le gouvernement canadien n'a pas su lire la situation internationale». Il croit aussi que Justin Trudeau ne s'intéresse pas vraiment aux grandes questions internationales, ce qui tranche beaucoup avec l'image qu'il projette. Le Premier ministre canadien envoie un message positif à l'étranger, mais demeure incapable de traduire ses paroles en actes. L'image ne suffit pas pour que le Canada ait une influence dans le monde, estime Jocelyn Coulon.

«J'ai l'impression que le gouvernement ne se rend pas compte que la scène internationale s'est modifiée et a beaucoup bougé depuis plusieurs années et qu'il faut être très fin observateur pour naviguer dans ce Nouveau Monde. Les erreurs que nous commettons portent à conséquence. Que ce soit avec la Chine, l'Inde ou les États-Unis. Notre rapport à la Russie ne nous aide pas davantage, compte tenu de l'importance que l'Océan et les terres arctiques vont prendre avec le temps», a souligné M. Coulon.

Jocelyn Coulon est sans équivoque: le Canada se retrouve dans une position inédite sur le plan diplomatique. «C'est assez rare dans notre histoire que l'on se retrouve dans cette position-là, et je ne parle pas en plus de nos mauvaises relations avec le monde arabe ou encore du désintérêt total du Canada envers l'Afrique», a affirmé l'ancien conseiller de Stéphane Dion (2016-2017). M. Coulon craint également que le Canada perde toutes ses chances d'être prochainement élu au Conseil de sécurité de l'ONU en raison de ses nombreuses fautes diplomatiques.

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Concernant les relations du Canada avec l'Inde, Jocelyn Coulon estime qu'elles sont toujours au point mort, en raison du séjour très maladroit de Trudeau au pays de Gandhi. Il est d'ailleurs très rare de voir deux pays du Commonwealth entretenir d'aussi mauvaises relations. L'observateur fait remarquer une chose: la présence de quatre ministres de confession sikhe au sein du gouvernement Trudeau ne doit pas être appréciée en Inde, où la question sikhe et punjabi demeure très délicate.

Rappelons que durant son séjour en 2018, l'entourage de Justin Trudeau avait invité un extrémiste sikh à participer à un événement officiel où il était présent. Une autre erreur diplomatique qui a laissé des traces. «On connaît l'extrême délicatesse de la question sikhe en Inde, et franchement le bureau du Premier ministre a très mal géré cette affaire», a tranché notre interlocuteur.

«La relation du Canada avec l'Inde est comme stationnaire. Je doute fort que M. Trudeau retourne en Inde et je doute forte que le Premier ministre indien ait une envie folle de venir au Canada. […] Ce voyage a été désastreux sur le plan économique et sur le plan politique.»

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Le professeur de géopolitique en appelle également à un rapprochement avec la Russie. Un pays que le Canada ne peut pas se permettre de bouder, tellement son importance est grande à l'échelle mondiale. Il estime aussi que la politique canadienne à l'égard de la Russie est actuellement dictée par la communauté ukrainienne du Canada. «Les partis politiques au Canada ont un œil sur le million de Canadiens d'origine ukrainienne qui vote aux élections, ce qui détermine en grande partie notre comportement envers l'Ukraine et la Russie», a expliqué le professeur. Plus encore, M. Coulon pense que Trudeau a peur de rencontrer son homologue russe, contrairement à d'autres chefs d'État:

«Tout le monde essaie d'avoir des relations avec la Russie. Par exemple, Macron s'est rendu deux fois en Russie. Il n'a pas peur de se déplacer et d'aller serrer la main de Poutine. C'est la même chose pour Trump et pour le Premier ministre italien, Giuseppe Conte. Au Canada, nous avons un Premier ministre qui se cache, qui a peur de rencontrer Poutine. Il faut rappeler que le Canada n'a que deux voisins, qui se trouvent à être les deux plus grandes puissances dans le monde: les États-Unis et la Russie», a conclu Jocelyn Coulon.

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