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Coronavirus: pour les pays africains, un casse-tête chinois à transformer en opportunités

© AFP 2021 MARTIN BUREAUUn homme sur la passerelle d'une plate-forme pétrolière.
Un homme sur la passerelle d'une plate-forme pétrolière. - Sputnik France
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Pour assurer sa propre survie en réponse au coronavirus, la Chine pourrait être tentée de réduire à grande échelle ses investissements en Afrique. Ses partenaires du continent en souffriraient mais des opportunités d’émancipation s’ouvriraient alors.

L’apparition brutale du coronavirus en Chine, son développement fulgurant et sa dispersion dans plus de cent pays à travers le monde ne restera pas sans conséquence sur les économies car la Chine est au cœur des chaînes d’approvisionnement. Très lié à l’Afrique, l’Empire du Milieu pourra-t-il continuer (sans les restreindre) ses gros investissements économiques et financiers sur le continent? Se relèvera-t-il d’une crise sanitaire contre laquelle il aura dépensé au bas mot 14 milliards d’euros, selon son vice-ministre des Finances?

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En termes d’impact pour l’Afrique, les experts commencent à scruter un horizon que tous ne perçoivent pas de la même manière. Selon le chercheur Cheikh Mbacké Sène, expert en intelligence économique et conseiller d’entreprise, il y a certes des craintes mais elles doivent être mesurées.

«L’impact de l’épidémie sera naturellement dramatique pour les pays africains puisque les volumes d’échanges entre la Chine et l’Afrique ont atteint près de 206 milliards de dollars en fin 2019. Et ces dernières années, on avait noté une croissance annuelle moyenne de 17% qui s’expliquait par la dynamique de consolidation et de renforcement de la coopération bilatérale. Un redimensionnement du niveau de ces échanges me paraît plus que probable», a-t-il affirmé dans un entretien à Sputnik.

«Retombées probablement graves et durables»

Dans une étude publiée par The Institute for Security Studies (ISS) d’Afrique du Sud, Ronak Gopaldas, consultant et directeur de «Signal Risk», va plus loin et prévoit des lendemains difficiles pour certains des pays ayant de fortes relations d’affaires avec la Chine. «Les retombées économiques pour le continent seront probablement graves et durables. Nombre de ses pays sont fortement dépendants des exportations de matières premières vers la Chine, ont des bilans souverains relativement faibles, sont lourdement endettés et ont des devises volatiles, parmi de nombreuses autres fragilités extérieures», estime-t-il.

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Les secteurs minier et pétrolier africains devraient fortement souffrir de la récession d’une économie chinoise frappée de plein fouet par le coronavirus et auparavant affaiblie par les conséquences de la guerre commerciale ouverte et entretenue par les États-Unis.

«Le prix du pétrole subit une baisse de 30%, ce qui est une très mauvaise nouvelle pour des pays producteurs comme le Nigeria, l’Angola, l’Algérie, le Gabon ou encore le Congo-Brazzaville», remarque le Dr Cheikh Ahmed Bamba Diagne, enseignant-chercheur à l’université Cheikh Anta Diop de Dakar et directeur scientifique du Laboratoire de recherche économique et monétaire (LAREM), interrogé par Sputnik.

C’est la première fois depuis la guerre du Golfe de 1991 que le pétrole chute autant sur une journée, avec un baril à moins de 35 dollars.

Des prix de matières premières en chute libre

Le tableau des difficultés africaines est plus que sombre, insiste le Dr Diagne.

Si grâce aux achats massifs de négociants chinois qui parcourent les zones rurales, le Sénégal a pu exporter ses dizaines de milliers de tonnes d’arachides avant la médiatisation de l’apparition brutale du virus à Wuhan, il n’en est pas de même pour d’autres pays du continent, impuissants face à la machine grippée des échanges avec l’Empire du Milieu.

«L’Afrique du Sud, la Guinée, le Nigeria et la Mauritanie ont vu le cours du minerai de fer plonger de 15%. Les prix de l’huile de palme et du café reculent et impactent directement la Côte d’Ivoire et le Cameroun. Quand à la RD Congo, la Zambie et l’Ouganda, ils peinent à écouler leurs stocks de cuivre, tandis que le nickel malgache ou sud-africain s’entasse en attendant la réouverture des usines chinoises», soutient l’enseignant-chercheur.

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Pour tous ces pays, les tensions budgétaires sont la prochaine étape pour combler le manque à gagner imputable aux difficultés chinoises, avec des marges de manœuvres faibles ou introuvables. «Plus d’un cinquième, exactement 20,3%, des ressources énergétiques produites sur la planète (charbon, pétrole, gaz, électricité) sont consommées par la Chine», rappelle Cheikh Mbacké Sène.

Une «gourmandise énergivore» bienvenue pour des pays qui en tirent un équivalent précieux en termes de revenus monétaires et financiers. «Il va falloir trouver des solutions», préconise Ronak Gopaldas.

«La plupart des pays africains ont des assiettes fiscales étroites, des mécanismes de collecte d’impôts faibles et une forte dépendance provenant des produits de base. D’où une pression attendue sur des ressources déjà limitées», précise-t-il.

Sortir de la dépendance

Dans un contexte mondial où les prévisions de croissance sont en chute libre, accélérées par la crise sanitaire du Covid-19, l’Afrique ne semble pas démunie si elle se met en capacité de procéder aux réformes indispensables à son émergence, analyse Mbaye Sylla Khouma, économiste et ingénieur d’agronomie tropicale. «La Chine, qui compte pour 4.700 milliards de dollars des échanges mondiaux, voit ses exportations chuter de 20%. La Zone économique spéciale de Shenzhen et ses 4.000 entreprises vacille et va devoir délocaliser sa production industrielle en la redistribuant dans différents centres. Des pays comme l’Éthiopie vont en profiter…», espère-t-il.

Sur un autre plan, le Dr Cheikh Ahmed Bamba Diagne est convaincu que les «malheurs» actuels de la Chine ouvrent des opportunités aux pays africains.

«Aujourd’hui, 30% des produits importés de Chine en Afrique sont des biens de consommation fabriqués à partir de matières premières africaines», explique-t-il.

D’où la nécessité pour les pays africains d’inverser la tendance en faisant en sorte d’intégrer le cercle des pays créateurs de produits finis pour sortir de la dépendance. Ce serait sans doute le plus grand service que le coronavirus aura rendu à cette Afrique avide de s’émanciper de certaines contingences qui plombent son développement.

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D’une manière ou d’une autre, la Chine va sortir de cette crise sanitaire qui lui aura coûté cher, à tous les niveaux de son organisation économique et financière. Elle va sans doute partir à la reconquête de ses marchés extérieurs durement touchés par une rupture momentanée des chaînes d’approvisionnement qu’elle a bâties depuis plusieurs décennies avec le reste du monde. Face à cette perspective, il est indispensable que les pays africains qui sont ses partenaires tirent les leçons de l’impact du Covid-19.

«Demain, un phénomène encore plus violent et plus handicapant que le coronavirus pourrait surgir et entraîner des bouleversements encore plus inquiétants pour les économies africaines. À travers des réflexions stratégiques poussées, il nous faut donc revoir ce modèle économique fragile qui perpétue notre dépendance à l’égard de la Chine, par exemple pour éviter des ruptures de stocks» , préconise l’économiste Mbaye Sylla Khouma.

D’où l’intérêt de favoriser sur le continent l’émergence de zones industrielles et de zones économiques spéciales capables d’accueillir une partie de la production mondiale que les Chinois ne peuvent plus soutenir en raison de la hausse du coût de la main-d’œuvre en Chine même.

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