L’ancienne ministre de la Santé de Hollande s’explique face à la polémique sur la pénurie de masques

Mise indirectement en cause sur la pénurie des stocks de masques chirurgicaux dans l’Hexagone, la ministre de la Santé de 2012 à 2017, Marisol Touraine, a donné des précisions au Parisien à ce sujet. «Pendant le quinquennat de François Hollande, la France était préparée, car nous avons eu, nous aussi, des crises à gérer», a-t-elle affirmé.

Face à la pénurie de masques permettant de lutter contre la pandémie de coronavirus, le gouvernement rappelle que la baisse des stocks d'État est due à des décisions prises au début des années 2010. Marisol Touraine, présidente de l’organisation internationale Unitaid et ministre de la Santé de 2012 à 2017, a commenté la situation pour Le Parisien.

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D’après Mme Touraine, la France était «préparée» pendant le quinquennat de François Hollande tout en évoquant que le gouvernement de l’époque avait aussi eu «des crises à gérer».

«Je regrette que, dans ce contexte, certains veuillent alimenter des polémiques inutiles […]. On l'a montré face à Ebola […]. On l'a montré face aux attentats […]. Entre 2012 et 2017, les stocks de masques chirurgicaux ont régulièrement augmenté, et nous les avons reconstitués après les attentats: il y avait 730 millions de masques chirurgicaux en 2012, et 754 millions en 2016 et 2017.»

Selon elle, il y avait «quelques dizaines de millions» de FFP2 dits «becs de canard», «de l'ordre de 75 millions en 2015».

La décision du SGDN en 2013

Un autre sujet épineux a été abordé concernant la gestion des stocks. Il y a sept ans, en 2013, le secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN), rattaché à Matignon, avait pris la décision selon laquelle les employeurs, privés et publics, devaient désormais constituer des stocks de masques.

Mme Touraine a expliqué qu’il ne s’agissait pas d’«un changement de doctrine».

«L'État ne peut pas tout stocker. C'est ce qu'ont fait la mairie de Paris et le ministère de la Santé pour les urgences. Ce n'est pas un changement de doctrine, c'est une décentralisation. C'est la raison pour laquelle certains établissements ou collectivités mettent aujourd'hui des stocks à disposition des maisons de retraite ou des soignants.

«Il faut que nous soyons rassemblés»

Interrogée sur les mesures prises par Olivier Véran, l’ancienne ministre a «salué» la façon dont il gère la crise.

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«Il a pris, dès son arrivée, les décisions qui s'imposaient. Que certains prétendent qu'il y a pénurie parce que nous n'aurions pas fait ce qu'il fallait, c'est faux. L'une des questions que nous aurons à traiter après, c'est la relocalisation européenne de notre production», a-t-elle tenu à souligner.

Des vols «inacceptables», des «difficultés logistiques» et une baisse continue des stocks?

Plusieurs professions en première ligne face à la pandémie, à savoir les médecins, infirmiers, pharmaciens, et le 20 mars les pompiers, ont fait état ces derniers jours de pénuries de masques.

Tout en dénonçant des vols «inacceptables» dans des hôpitaux, le gouvernement a reconnu mercredi des «difficultés logistiques», et assuré le lendemain que 30 millions avaient été livrés aux pharmacies ou établissements de soins. L'État dit avoir 100 millions de pièces en stock, précise l’AFP. Le ministre de la Santé Olivier Véran pointe lui la baisse continue des stocks depuis de nombreuses années.

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«La base est que nous étions un pays pas préparé du point de vue des masques à une crise sanitaire en raison d'une décision prise il y a neuf ans», a-t-il assuré jeudi soir au Sénat. «En 2010, il y avait dans notre pays un stock d'État d'un milliard de masques chirurgicaux» mais «quand je suis arrivé au ministère, il y (en) avait 150 millions» seulement, selon ses explications. En effet en «2011, 2013, il a été décidé que ce milliard de stocks n'était plus indispensable tant les capacités de production mondiales de masques étaient désormais intenses, notamment en Asie», détaille-t-il.

Un document daté du 16 mai 2013 par le secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN) préconise en effet de dimensionner les stocks, entre autres, aux «capacités de fabrication et d'approvisionnement pendant une crise».

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