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Manifestation pour le regroupement familial: «À quoi sert la justice si elle ne participe pas au bonheur?»

© Sputnik . Oxana BobrovitchManifestation. Regroupement familial.
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Une cinquantaine de personnes ont manifesté devant le Conseil d’État. Elles accusent les consulats français de ne plus délivrer, depuis mars 2020, de visas aux étrangers concernés par le regroupement familial. Et ce alors que les dossiers sont toujours instruits par les préfectures. Reportage.

Malgré un froid perçant, une cinquantaine de personnes battent le pavé ce 8 janvier face au Conseil d’État, place du Palais-Royal. Principalement d’origine algérienne, les manifestants dénoncent de nombreux cas de refus de visas dans le cadre du regroupement familial. Ils mettent en cause une circulaire ministérielle du 29 décembre dernier qui les aurait empêchés de passer les fêtes en famille.

​Kahina sent «la colère monter»

Parmi les manifestants, Kahina Makri, presque une célébrité depuis qu’elle a été citée dans un article du Monde. Venue d’Algérie et entrée sur le territoire avec un visa pour étudier la psychologie, elle est «salariée en France depuis 2017». La jeune femme s’est mariée depuis un peu plus d’un an à Paris. Armée d’un avis favorable pour le visa de son mari, Kahina espérait voir rapidement son époux près d’elle alors qu’elle vit une grossesse difficile.

«Le chef du service de l’hôpital a fait un courrier aux services consulaires, en expliquant que j’ai besoin de mon mari pour que je ne reste pas seule à la maison. Ils n’ont rien entendu de cela et ont dit que ma situation ne relevait pas d’un cas d’exception», rapporte Kahina au micro de Sputnik.

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Sa fille a désormais vu le jour, mais elle n’a pas vu son père. Et Kahina, comme nombre de manifestants, garde un goût amer de la réponse laconique de Gérald Darmanin au Monde, déclarant que les ressortissants étrangers ayant droit au regroupement familial n’étaient pas un «public prioritaire».

«J’ai senti la colère monter en moi. Parce que, à l’arrivée en France, je me suis dit: avant de demander des droits, je dois remplir mes devoirs. Mais là on décide à ma place comment et quand je dois vivre avec mon mari, comme si je n’étais pas humaine», affirme la jeune femme.

Pour honorer ses devoirs, la jeune femme ne lésine pas sur les efforts. Au printemps dernier, en pleine pandémie, elle a bravé le risque sanitaire et rejoint l’équipe d’une maison de retraite, au lieu de profiter du chômage partiel. Elle s’attelle à des tâches multiples: l’accompagnement des personnes âgées au domicile dans la matinée, curage et désinfection de l’Ehpad dans l’après-midi et jusqu’à tard le soir.

«J’ai dit au directeur de l’Ehpad: “Si j’arrête et d’autres personnes arrêtent, qui le fera à notre place?” Je suis fière de moi et c’est comme ça que je vois la France», clame Kahina.

Comme tant d’autres, Kahina a obtenu une autorisation de regroupement familial en France. Mais son mari se heurte depuis le 23 août 2020 à la dernière étape: l’obtention du visa.

Essaid face à la «rupture d’égalité»

La pandémie du Covid-19 et la fermeture des frontières a mis à rude épreuve de nombreuses familles et couples binationaux, mariés ou en union libre. Au micro de Sputnik, Essaid –qui se dit «citoyen du monde et militant humaniste»– crie sa «douleur de passer les fêtes sans les conjoints».

«Aujourd’hui, ça fait huit mois que les autorités françaises refusent que l’autre partie de nous –nos conjoints– nous rejoignent», déplore Essaid.

​Essaid rapporte les innombrables tragédies parmi les manifestants: des personnes «malades, hospitalisées ou en train d’accoucher», privées de soutien familial, faute d’autorisation pour un visa.

«À quoi sert la justice si elle ne participe pas au bonheur?» questionne Essaid.

Espérant retrouver leurs familles, de nombreux manifestants ont signé des pétitions, multiplié les démarches administratives et frappé aux portes de l’administration, avant de se retrouver ce matin sur le pavé parisien. «Sur les frontons des bâtiments publics je vois écrit “Liberté, Égalité, Fraternité”, dit-il, face au Conseil d’État. L’égalité de traitement et l’égalité dans la possibilité du bonheur –c’est cette égalité qui a fait défaut dans notre cas.»

Les enfants de Bouchra réclament leur père

Bouchra a quant à elle reçu un avis favorable de la préfecture pour sa demande de regroupement familial en janvier 2020. Suite à la pandémie, un rendez-vous obtenu par son mari pour le 17 mars a été reporté au 6 juillet. Mais un an plus tard, il n’a toujours pas de visa.

«Je suis ici, avec quatre enfants, deux ados et deux petits. Aux petits comme aux grands, leur père leur manque. Ils ne comprennent pas pourquoi ils n’ont pas vu leur père depuis un an», détaille Bouchra au micro de Sputnik.

​Cette situation familiale a poussé Bouchra à rejoindre une association, CoViD. Un acronyme sous forme de jeu de mots qui signifie en réalité «Consulat visa discrimination 2020», ou encore «Conjoints vies dépressives».

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