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Nouvelle-Calédonie: l’ombre de la Chine derrière les indépendantistes?

© AP Photo / Thibault CamusEmmanuel Macron et Xi Jinping
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Les partisans de l’indépendance de la Nouvelle-Calédonie bloquent le Caillou depuis deux mois. Ils s’opposent au rachat de l’usine de nickel par le groupe suisse Trafigura. Ces derniers ont présenté une nouvelle offre, envisageant de s’associer avec un groupe chinois. Pour le consultant Bastien Vandendyck, cette proposition n’est pas solide.

En Nouvelle-Calédonie, de graves troubles font rage depuis deux mois. Ils opposent loyalistes et indépendantistes. Le rachat de l’usine de nickel du Sud, qui appartient au groupe brésilien Vale, a suscité un regain de tension. Envahi le 10 décembre, le site industriel est toujours à l’arrêt et sous protection des forces de l'ordre. Les manifestants pro-indépendance multiplient barrages, blocages et sabotages. Ils s’opposent à la reprise du site industriel, adossé au riche et stratégique gisement de Goro, par le suisse Trafigura, négociant en matière premières. Cette offre est soutenue par l’État et les loyalistes.

Néanmoins, les indépendantistes, menés par le rassemblement de partis, Front de libération nationale kanak et socialiste (FLNKS) ont présenté le 16 janvier une nouvelle offre. Cette dernière envisagerait ainsi un partenariat avec un «important groupe chinois spécialisé dans l’hydrométallurgie du nickel» selon la chaîne Nouvelle-Calédonie La 1ère. À l’occasion d’un rassemblement le 16 janvier, Daniel Goa, porte-parole du FLNKS, a ainsi proposé que les trois provinces calédoniennes qui détiennent 5% du site industriel, prennent 100% de son capital, avant la mise en place d’un montage avec un groupe industriel et une participation locale revue à 51%.

«Ils [les indépendantistes, ndlr] enchaînent toutes les erreurs qu’on redoute en cas d’indépendance. C’est-à-dire qu’ils se montrent incapables de gérer l’économie, incapables de gérer les tensions sociales… En plus, ils sont phagocytés par les Chinois», avance Bastien Vandendyck, spécialiste de la géopolitique du Pacifique au sein du cabinet de conseil Vae Solis.

La présence d’un groupe chinois dans le capital de l’usine de nickel marquerait un tournant dans les relations qu’entretient la Nouvelle-Calédonie avec Pékin.

La participation d’un groupe chinois «pas forcément illogique»

Abritant les deuxièmes réserves mondiales de nickel, le Caillou en a vendu à la Chine pour 900 millions d’euros en 2018. Ce minerai stratégique entre dans la fabrication de l’acier inoxydable et des batteries rechargeables.

En cas de succès, le second référendum sur l’indépendance de la Nouvelle-Calédonie du 4 octobre 2020 aurait pu largement profiter à Pékin en lui permettant de renforcer son influence dans la région. La stratégie chinoise des nouvelles routes de la soie étant déjà fortement développée dans de nombreuses îles du Pacifique telles que Vanuatu, les îles Salomon et Samoa.

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«La Chine est à l’offensive sur toute la zone», expliquait alors le général Jean-Vincent Brisset, ancien attaché de l’armée de l’air à Pékin. Indépendantistes kanaks et Chinois seraient ainsi alliés de circonstance face à Paris. Le «non» à l’indépendance l’ayant emporté avec 53,26% des suffrages, les ambitions chinoises semblaient être freinées au moins jusqu’au troisième référendum. C’était sans compter sur l’imbroglio autour du rachat de l’usine de production de nickel. Sollicité pour une réaction, le FLNKS n’a pas répondu à Sputnik.

Bastien Vandendyck évoque les rumeurs «de la potentielle implication d’un industriel chinois» qui avaient déjà couru lors de la première proposition de reprise conjointe de la Sofinor et de Korea Zinc, qui avait capoté. «Il se peut que ce soit le même», imagine-t-il. Analysant les différents scénarios, le consultant reste toutefois sceptique sur cette information «sortie du chapeau», soit pour «accentuer le sérieux de la nouvelle offre» de la part des indépendantistes, soit pour la «saper politiquement» de la part des loyalistes:

«Si un industriel chinois venait à mettre son nez dans le nickel calédonien, au-delà d’exciter fortement les Australiens, ça ne ferait que renforcer l’idée selon laquelle les Chinois essaient de s’implanter en Nouvelle-Calédonie.»

Si la participation d’un groupe chinois ne serait «pas forcément illogique» quand on connaît l’enjeu de l’usine du Sud, Bastien Vandendyck ne «croit pas du tout à cette offre». «Ça me parait gros de leur part. Je ne les crois pas assez bêtes», renchérit-il.

La première offre du FLNKS a fait «rire»

Pourtant les tensions sont toujours vives sur le Caillou. Les opposants à Trafigura multiplient les coups de force depuis plus de deux mois. Pour Vandendyck, la priorité, c’est le redémarrage de l’industrie avec la quasi-totalité des 3.000 employés qui sont en chômage partiel. Cet arrêt est «dangereux et irresponsable», dénonce-t-il, en évoquant une activité économique qui pèse de «10 à 15% du PIB» de l’île. Lors d'une conférence de presse de la coalition Les Loyalistes, Virginie Ruffenach, chef de groupe au Congrès (assemblée délibérante), protestait le 17 janvier: «Désormais, ça suffit! On assiste à un coup d'État du FLNKS qui veut mettre la Nouvelle-Calédonie au tapis.»

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Au-delà de l’éventuelle participation industrielle chinoise, c’est cette énième proposition émise par les indépendantistes qui ne serait pas solide. Selon le consultant de Vae Solis, les collectivités locales calédoniennes n’ont tout simplement «pas les moyens» pour ce projet de reprise. Relancer l’usine nécessite «150-170 millions de dollars». Second problème de taille, l’incompétence des indépendantistes en matière de finance internationale, selon lui. Si les Calédoniens «maîtrisent absolument tout le procédé» industriel, en revanche, «négocier et optimiser la vente du minerai» n’est pas leur spécialité. Un projet qui ressemblerait donc à la première offre présentée par les indépendantistes, en partenariat avec Korea Zinc, une «offre fantôme» qui a fait «rire la moitié des personnes qui connaissaient les tenants et les aboutissants», explique Bastien Vandendyck selon lequel «les réunions préparatoires ont tourné court».

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