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Le calme avant la tempête: le Covid-19 mettra-t-il à terre les banques européennes?

© SputnikDes banques françaises se barricadent avant la grève nationale prévue pour le 5 décembre
Des banques françaises se barricadent avant la grève nationale prévue pour le 5 décembre - Sputnik France, 1920, 01.02.2021
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À la demande de la Banque centrale et de l’Autorité bancaire, un «stress test» a débuté en Europe. L’objectif est de vérifier la solidité du secteur bancaire en ces temps de crise. Les banques du Vieux Continent sont-elles vulnérables? Dominique Garabiol, spécialiste de la finance, pointe au micro de Sputnik un problème de rentabilité sectoriel.

Il est temps de repasser au révélateur du scénario catastrophe pour les banques européennes. L’Autorité bancaire européenne (EBA), conjointement avec la Banque centrale européenne (BCE), a lancé le 29 janvier un nouveau stress test d’envergure en Europe. Pas moins de cinquante établissements du Vieux Continent (dont trente-huit de la zone euro) seront soumis à divers scénario. Une de ces hypothèses, particulièrement dure, verrait la crise sanitaire et donc économique se prolonger. Le but? Savoir si elles ont les reins assez solides pour traverser la tempête. Les simulations ont d’ores et déjà commencé. Les conclusions sont attendues pour le 31 juillet.

​Les autorités européennes assurent avoir eu la main lourde. En 2019, la Cour des comptes européenne avait émis des critiques contre l’EBA, jugeant ses scénarios trop cléments pour les banques.

«Le scénario pourrait être encore plus noir»

Pour la mouture 2021, qui avait été repoussée d’un an, Covid-19 oblige, «c'est le scénario le plus dur que nous avons eu jusqu'à présent», assure aux Échos «une source proche des autorités».

«Le scénario du pire retenu est sévère. Cependant, les banques sont particulièrement exposées à un changement de politique de la BCE. Ce qui n’a pas été retenu dans l’équation. En cas de resserrement de la politique monétaire, le scénario pourrait être encore plus noir», note au micro de Sputnik Dominique Garabiol, ancien banquier.

«Le scénario de référence pour les pays de l'UE est basé sur les projections des banques centrales nationales de décembre 2020, tandis que le scénario défavorable suppose la matérialisation des principaux risques de stabilité financière qui ont été identifiés par le Comité européen du risque systémique (CERS) et auxquels le secteur bancaire de l’UE est exposé. Le scénario défavorable reflète également les récentes évaluations des risques par l’EBA», peut-on lire sur le site de l’instance européenne.

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Dans le détail, que prévoit ce scénario? Autant le dire tout de suite, il est cauchemardesque. À une chute du PIB dans l’UE de l’ordre de 3,6% entre 2020 et 2023, s’ajouterait une hausse du chômage de 4,7%. Du côté de l’immobilier, même son de cloche sinistre –pour les banques en tout cas. Les prix du résidentiel s’effondreraient de 16,1%. C’est encore pire pour l’immobilier commercial avec une dégringolade de 31,2%.

Dominique Garabiol retient que la situation imaginée du pire anticipe une baisse des marchés financiers. Ces derniers, qui tutoient actuellement des sommets, perdraient 50% de leur valeur en 2021.

Un sombre tableau qui pourrait devenir réalité, malgré les vaccins? Concernant ces derniers, «les régulateurs ne dévoilent pas d'hypothèses de base», notent Les Échos. «Il y a beaucoup d'incertitudes en la matière […] mais, en effet, si les choses tournent mal, cela peut conduire à la matérialisation du scénario défavorable», explique un expert au quotidien économique de référence.

Les banques italiennes en danger?

Les risques qui pèsent sur les établissements bancaires sont très nombreux. Malgré des mesures de restriction sanitaire qui supplicient l’économie, les gouvernements ne parviennent pas à enrayer la propagation du virus. Des variants font leur apparition. Ils sont plus dangereux car plus contagieux et plus susceptibles de résister aux vaccins. Quant à ces derniers, des problèmes d’approvisionnement compliquent les campagnes de vaccination. 

Un tel contexte rend la sortie de crise incertaine. Et la conjoncture pèse de plus en plus sur de très nombreux ménages et entreprises, dont certaines ont été artificiellement maintenues en vie comme l’expliquait récemment au micro de Sputnik l’économiste Philippe Simonnot. Le «quoi qu’il en coûte» d’Emmanuel Macron aura de graves conséquences selon lui: «Cela signifie que l’exécutif a maintenu en vie des entreprises dont certaines auraient dû faire faillite même en l’absence du Covid. L’économie française va devoir composer avec une multiplication d’entreprises zombies qui n’auraient pas dû survivre. Un tel contexte est de nature à sérieusement gêner la reprise.»

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Une situation que l’on retrouve dans plusieurs pays d’Europe, dont la Belgique qui, à l’instar de la France, a enregistré une baisse spectaculaire des faillites en 2020 du fait du soutien financier de l’État. «Malheureusement, ces chiffres optimistes masquent ceux, bien moins réjouissants, que nous signalent les entrepreneurs. C’est le calme avant la tempête attendue en 2021. Ces données ne disent rien sur la réalité de l’économie», a notamment  prévenu Eric Van den Broele, directeur recherche et développement de Graydon, auprès du quotidien belge Le Soir.

Certains pays sont plus à risques que d’autres. C’est notamment le cas de l’Italie. «Dans les milieux financiers, ce sont surtout des banques italiennes qui, à cause de leur faiblesse structurelle, risquent de “morfler”, c’est-à-dire de ne pas passer le stress test –et ce dès le mois prochain. Comme nos lecteurs le savent bien, l’Italie est mal en point financièrement. Et à cette crise financière vient de s’ajouter une énième crise politique!» souligne Philippe Simonnot sur France Soir.

De quoi mettre des banques au tapis? Dominique Garabiol, qui officie également en tant que professeur associé d’économie bancaire à l’université Paris VIII, relativise le danger et les conséquences d’un échec lors du stress test:

«Des banques se sont déjà retrouvées en difficulté par le passé lors de ce type d’exercice. Dans ce cas, les autorités soutiennent les établissements en difficulté. Les répercussions ne sont pas immédiates. Les contraintes ne se manifestent pas directement sur l’activité. Une banque qui s’est trouvée en difficulté lors d’un stress test peut toujours faire des prêts. En revanche, on lui demandera d’augmenter ses fonds propres, ce qui aura un impact sur sa rentabilité.»

D’après l’expert, «les autorités s’inquiètent de la rentabilité des banque mises à mal par les taux faibles, la concurrence et la réglementation». D’autant que la détérioration de la situation financière d’une myriade d’entreprises européennes n’a rien d’une bonne nouvelle pour le secteur de la finance. «À l'évidence, la détérioration de la qualité des actifs demeure notre principale préoccupation pour 2021», a récemment alerté jeudi Andrea Enria, président du superviseur bancaire logé au sein de la BCE.

La rentabilité des banques en question

Les taux bas, fruit de la politique ultra-accommodante de la BCE, devraient se prolonger pour encore longtemps. Ils ont pour effet de peser sur la rentabilité des banques et ainsi les affaiblir. Enfin, le risque de voir des bulles spéculatives sur des marchés financiers gonflés à la planche à billets est loin d’être écarté. Le FMI envisage d’ailleurs «une éventuelle correction des marchés», comme le souligne Les Echos.

«Contrairement à ce que certains pensent, la rentabilité des banques est loin d’être scandaleuse. Elle n’a relativement pas bougé depuis la crise de 2008 pendant que les fonds propre ont doublé. En France, le taux de rentabilité des banques est passé de 12,6% en moyenne en 2006 à un peu plus de 6% en 2019», analyse Dominique Garabiol.

Selon l’ancien banquier, le modèle économique du secteur est problématique. Et demander d’augmenter les fonds propre «ne fait qu’aggraver la rentabilité des banques».

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