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«L’Algérie est malade»: le chef d’un parti d’opposition explique pourquoi le Hirak est de retour - exclusif

Le Dr Soufiane Djilali - Sputnik France, 1920, 26.02.2021
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Dans une interview accordée à Sputnik, le Dr Sofiane Djilali, chef du parti algérien Jil Jadid, dépeint un tableau de la situation politique, économique et sociale de son pays à l’aune des nouvelles marches du Hirak. Selon lui, il y a un malaise social dans un contexte où l’exécutif et l’opposition n’arrivent pas à développer un projet national.

Dans son discours à la nation du 18 février à l’occasion de la Journée du martyr, le Président algérien Abdelmadjid Tebboune a annoncé la dissolution de l’Assemblée populaire nationale (APN) et l’organisation d’élections législatives anticipées, un remaniement gouvernemental et la libération d’environ 60 détenus du Hirak dans le cadre d’une grâce présidentielle. Ces mesures n’ont pas dissuadé des milliers d’Algériens de descendre dans la rue le 22 février à l’occasion du 2e anniversaire du Hirak. En effet, après plus d’une année, ils estiment que le gouvernement installé dans le sillage de l’élection de M.Tebboune en décembre 2019 n’a pas réussi à apporter les réponses adéquates aux différents problèmes politiques, économiques, financiers, sociaux et de l’emploi, aggravés par le contexte de l’épidémie de Covid-19.

Ainsi, le Hirak du 22 février 2019 a-t-il atteint ses objectifs? Où en est l’Algérie et comment faut-il analyser le retour des manifestations populaires?

Dans un entretien accordé à Sputnik, le président du parti d’opposition Jil Jadid (Nouvelle génération), le Dr Sofiane Djilali, qui a rencontré trois fois le chef de l’État, dont la dernière fois le 14 février, explique qu’«aujourd’hui, l’Algérie est à la confluence d’une multitude de problèmes qui doivent être réglés de front, en même temps, c’est ce qui complexifie la situation». Il estime également que l’opposition politique a sa part de responsabilité dans cette situation de blocage.

«L’Algérie fait face à un effondrement»

«Les événements que nous pouvons percevoir sont comme des symptômes d’une maladie invisible. Le pays est malade de sa gouvernance et des erreurs politiques qui se sont succédées et accumulées depuis au moins 20 ans», affirme-t-il, soulignant notamment le fait que «l’Algérie soit passée du parti unique et du socialisme d’État au libéralisme débridé sans vision ni plan d’adaptation».

Et d’expliquer qu’«il n’y a jamais eu une construction rationnelle de l’action de l’État et, de surcroit, le pays a connu deux derniers mandats d’un Président malade [Abdelaziz Bouteflika, ndlr] et grabataire, lors desquels il y a eu une dissolution pratiquement complète de l’autorité de l’État».

Pour le Dr Djilali, «le Président Tebboune est arrivé dans un contexte difficile marqué par la pandémie de Covid-19, dont il a lui-même souffert pendant plusieurs mois, l’accumulation des déficits, la baisse du prix du pétrole et surtout une forme de délitement de l’action gouvernementale qui est le résultat de la perte des repères politiques depuis plusieurs décennies».

«Ainsi, l’Algérie fait actuellement face à un effondrement politique, économique et financier et à une grave crise sociétale».

Une reprise des marches du Hirak?

Dans le même sens, le Dr Sofiane Djilali estime qu’«à partir de là, bien entendu, il y a un malaise dans la société et un désir de sortir de la crise qui s’expriment via une multitude de points de vue, puisque la société algérienne n’est pas structurée d’un point de vue doctrinaire et idéologique».

Dans ce contexte, «le 22 février 2021 n’est ni une surprise ni une nouveauté, mais juste l’occasion de revenir sur un anniversaire avec l’envie d’expulser la colère et le stress qui envahissent tout le monde après une année de confinement», indique-t-il.

«En plus de la stagnation du pays dirigé par un gouvernement qui n’arrive pas à communiquer et à donner de l’enthousiasme aux Algériens et qui donne l’impression d’attendre que les solutions viennent d’ailleurs».

Quid du rôle de l’opposition?

Évoquant le rôle des partis et des personnalités d’opposition, le Dr Djilali explique qu’«il y a une grave confusion au sein de la classe politique qui, de mon point de vue, stagne sur des notions fausses de l'action qu’il faudrait mener». «Ils ont le sentiment que c’est l’image personnelle, qu’on voudrait cultiver, qui va arriver à créer le leader et transformer les choses», soutient-il, ponctuant que «c’est une approche complètement fausse».

Selon lui, «ces responsables n’investissent pas dans le travail politique, ils ne construisent ni des organisations sérieuses, ni des équipes de travail sérieuses, ni un projet, ni un programme, ni une vision». «Ils cherchent simplement le buzz en exploitant des phrases ou des moments de manifestation tout en surfant sur les vagues de la colère populaire et en se projetant sur la scène politique constamment comme des héros». «Et ça n’aboutit à rien, c’est complètement stérile et tragique», lance-t-il.

Dans le même sens, Sofiane Djilali juge que «le paradoxe, c’est qu’ils réclament tous la démocratie, la tolérance et le dialogue. Mais, quand le pouvoir propose d’organiser un dialogue national ou des élections ils les refusent tout en s’attaquant systématiquement à ceux qui portent un projet nouveau, pour l’écarter de toute possibilité de solution, sans rien proposer à la place». «Au final, en faisant ça, ils travaillent à maintenir le même système. Parce que, s’ils pensent que le pouvoir va courir derrière eux pour leur donner sur un plateau en or les clés de la République, ils rêvent! Et ils feraient mieux de se réveiller!», conclut-il.
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