Patron du nucléaire iranien: Téhéran intensifiera l’enrichissement de l’uranium

© AP Photo / Vahid SalemiDrapeau iranien, Téhéran
Drapeau iranien, Téhéran - Sputnik Afrique, 1920, 30.09.2021
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Dans une interview vidéo exclusive à Sputnik, le vice-président iranien Mohammad Eslami a expliqué en quoi consistait le récent conflit avec l'AIEA et pourquoi l'Iran considérait le rapport comme non constructif en ce qui concerne l'accès aux caméras de surveillance du site nucléaire TESA à Karaj.
Le président de l'Organisation de l'énergie atomique d’Iran (OEAI) a par ailleurs infirmé les informations selon lesquelles un grand nombre de particules d'uranium d'origine anthropique avaient été retrouvées sur trois sites iraniens et que ces faits n'avaient pas été signalés à l'AIEA. Le vice-président a également souligné que l'Iran continuera à enrichir de l'uranium sans toutefois dépasser les limites autorisées lorsque l'uranium enrichi est utilisé pour fabriquer des armes nucléaires.
Sputnik: Après avoir pris la direction de l'Organisation de l'énergie atomique d’Iran, quels domaines avez-vous identifiés en vue d’y apporter des changements en premier lieu?
Eslami: Aujourd'hui, l'Iran a un besoin urgent d'électricité. Par conséquent, nous nous sommes fixé comme objectif de satisfaire 50% de la demande nationale, soit 10.000 à 16.000 MW d'électricité, en construisant de nouvelles centrales [nucléaires, ndlr] d'une capacité totale de 8.000 MW. C'est maintenant l'objectif principal de l'OEAI. La deuxième priorité de l'organisation est le développement de la fabrication de produits radiopharmaceutiques et le développement de la production de rayons radioélectriques. Aujourd'hui, ces produits nucléaires doivent être activement introduits dans notre pays dans la médecine, l’industrie, l'agriculture et l'écologie.
Sputnik: Pensez-vous que tout pays devrait avoir accès à l'énergie nucléaire et à la possibilité de la produire?
Eslami: Bien sûr, tous les pays ont le droit d'utiliser des technologies nucléaires avancées: ce droit est inscrit dans la Charte de l'AIEA. En outre, l'AIEA doit inciter les pays à développer des projets nucléaires, partager son expérience et même les technologies nécessaires avec les États. Selon la Charte, l'AIEA doit fournir un soutien et une assistance intégrale à tous les pays aussi bien dans la formation que dans la recherche pour le développement de l'énergie nucléaire civile. Bien sûr, cela s'applique en premier lieu aux pays qui ont un développement économique normal et stable, qui ne sont pas encombrés par des conflits militaires, qui ont la démocratie et la souveraineté du peuple.
Sputnik: À votre avis, comment l'industrie nucléaire iranienne a-t-elle changé? Qu'est-ce qu’elle a donné au pays? Depuis des années, le programme nucléaire iranien apparaît presque exclusivement sous un jour négatif dans l'actualité.
Eslami: Pendant près de 40 ans, les progrès de l'Iran dans tous les domaines ont fait l'objet de critiques injustes et sévères de la part de l'Occident. Il ne s'agit pas seulement de l'énergie nucléaire. Ils [les Occidentaux, ndlr] ne peuvent pas permettre à d'autres pays d'avoir accès aux technologies énergétiques avancées. À leur avis, toutes les réalisations et découvertes dans ce domaine devraient être exclusivement sous leur drapeau et leur contrôle. L'Iran est un pays riche, non seulement en ressources naturelles mais aussi en potentiel humain, qui est important. Grâce à cela, l'Iran a pu pleinement localiser les connaissances sur le développement de l'atome civil, développer de façon indépendante les technologies nucléaires et créer sa propre base scientifique et éducative pour l'énergie nucléaire. Il a été possible de construire la première centrale nucléaire avec la participation de spécialistes russes, c'est-à-dire d'attirer l'attention des investisseurs étrangers dans ce domaine, d'atteindre un niveau d'autosuffisance dans le domaine de l’utilisation de l'atome civil pour répondre aux besoins de la population du pays tant dans le combustible que dans le secteur des radio-isotopes et du développement de la médecine nucléaire. Dans le même temps, l'Iran est membre de l'AIEA depuis 50 ans, et pendant tout ce temps, seul notre pays a fait l’objet de différentes attaques et brimades en ce qui concerne l'énergie nucléaire.
Sputnik: Quels sont les plans de l'Iran pour le développement de l'énergie nucléaire? Comptez-vous augmenter votre capacité d'enrichissement d'uranium? Quel niveau l'Iran prévoit-il d’atteindre dans ce domaine?
Eslami: L'Iran continuera d’opérer dans le cadre du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP) dont il est partie. L'Iran s'engage à ne pas développer ou propager les armes nucléaires. L'Iran s'est engagé à respecter le TNP. En outre, la création d'armes nucléaires est interdite par la loi iranienne et une fatwa du Guide suprême de l'Iran. Par conséquent, notre programme nucléaire est exclusivement de nature civile, et nous enrichirons l'uranium à un niveau tel qu'il ne dépasse pas les limites autorisées [la valeur seuil de l'enrichissement d'uranium à usage militaire pour la création d'armes nucléaires est de 90%, ndlr].
Sputnik: Rafael Grossi, directeur général de l'AIEA, a récemment présenté un rapport dans lequel il indique que l'Iran n'avait pas donné aux inspecteurs de l'AIEA accès aux caméras de surveillance d’un site nucléaire à Karaj. Pourquoi l'Iran a-t-il qualifié ce rapport de faux et de non constructif?
Eslami: Selon le TNP, mais aussi dans le cadre de l'accord de garanties généralisées, les inspecteurs de l'AIEA effectuent depuis de nombreuses années une surveillance en personne et au moyen de caméras de surveillance. Cela se fait non seulement sur les sites iraniens, mais aussi dans d'autres pays du TNP conformément à la Charte de l'AIEA. Malheureusement, des États qui sont hostiles à notre égard politisent délibérément et illégalement ce processus, c'est une sorte de discrimination. Jusqu'à présent, l'Iran a montré la plus grande réticence afin de maintenir sa crédibilité. Premièrement, en vertu de l'accord de garanties généralisées, les inspecteurs de l'AIEA continuent de surveiller les sites nucléaires en Iran. Sur cette question, nous n'avons aucun problème ou désaccord avec eux. Deuxièmement, la gamme de caméras de surveillance auxquelles l'AIEA doit avoir accès sur certains sites est fixée dans le JCPoA. Toutes ces caméras ont été installées sur les sites par les inspecteurs de l'AIEA. Il s'agissait en fait d'un accord entre l'Iran et le groupe 5+1. L'Iran a fait un geste de bonne volonté en échange du respect par l’autre partie de ses obligations: que toutes les sanctions soient levées, que l'Iran ait la possibilité de développer des technologies de pointe pour répondre aux besoins du pays, notamment en matière d'énergie nucléaire. Cependant, ces obligations n'ont pas été respectées par les États-Unis et les pays européens. Selon l'accord, l'Iran a rempli les conditions pour réduire l'activité nucléaire sur un certain nombre de sites. C’est pour contrôler ce processus que des caméras de surveillance ont été installées. Deux ans et demi se sont écoulés, mais l'autre partie n'a toujours pas rempli ses obligations. Dans le même temps, c’est de manière tout à fait volontaire que l'Iran a accepté le protocole additionnel au TNP et a accueilli les inspecteurs de l'AIEA afin de ne pas saper la confiance.
Ici se pose la question suivante: dans quelle mesure la partie qui a rétabli les sanctions à notre égard, n’a pas respecté ses obligations, s'est retirée de l'accord, a imposé des sanctions même contre ceux qui travaillent avec nous, a-t-elle le droit d’exiger des inspections supplémentaires pour contrôler le respect par nous de nos obligations?
Par conséquent, toutes ces accusations sont injustes et non constructives. Nous regrettons que ces forces veuillent ternir l'image de l'Iran aux yeux de la communauté internationale par de telles actions. Il est également surprenant que la question du contrôle de la transparence du programme nucléaire soit soutenue par un pays qui possède lui-même l'arme nucléaire, un pays qui n'a même pas encore signé le TNP.
Quant au site nucléaire de Karaj, il faut rappeler que cette installation a fait l'objet d'une attaque terroriste et a été détruite suite à une explosion. Il est regrettable que ni l'AIEA ni les pays qui nous critiquent en matière de surveillance n'aient condamné cet acte terroriste. Ce site fait actuellement l'objet d'une enquête par les autorités judiciaires et policières. Des représentants de l'AIEA ont été informés de ces détails importants aussi bien à Téhéran qu’à Vienne: le site avait été fortement endommagé, en particulier là où devaient se trouver les caméras. Si vous ne condamnez pas un acte terroriste perpétré sur un site officiel qui se trouve sous la supervision de l'AIEA, cela équivaut à soutenir des terroristes.
Sputnik: Comment pouvez-vous commenter les déclarations du directeur général de l'AIEA selon lesquelles un grand nombre de particules d'uranium d'origine anthropique ont été retrouvées sur trois sites en Iran et que ces faits n'ont pas été signalés à l'AIEA?
Eslami: Malheureusement, cette fausse nouvelle est activement promue par les membres d'un groupe terroriste qui se cache maintenant dans les pays européens [l’Organisation des moudjahiddines du peuple iranien, ndlr]. Ils essaient constamment de produire des faux documents, des fausses photos satellites, dont l'authenticité n'est pas confirmée. Les photos ont été prises dans les années 1990, mais sont présentées comme des photographies récentes. L'AIEA, en tant qu'organisme international, ne doit pas se laisser guider par ces ruses et devenir une marionnette entre les mains de ce groupe terroriste.
Sputnik: L'Iran et la Russie coopèrent depuis longtemps dans le domaine de l'énergie nucléaire. Quelles sont les questions clés à l'ordre du jour?
Eslami: Le principal problème est le projet de centrale nucléaire de Bouchehr, qui se compose de trois unités. L'unité 1 est déjà entrée, pour ainsi dire, sur une orbite de production indépendante. C’est un nouveau contrat pour la maintenance de deux autres unités d'une capacité de 1.700 MW qui est aujourd’hui à l’ordre du jour.
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