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Réforme de l’éducation au Maroc: des manifestants dénoncent "une aberration"

Rabat, Maroc - Sputnik France, 1920, 30.11.2021
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La nouvelle a secoué le système éducatif marocain. Dans sa quête de modernisation et d’amélioration de l’école publique, le nouveau ministre de l’Éducation a proposé de nouveaux critères de recrutement des enseignants et s’est heurté à ses premiers détracteurs qui manifestent dans les quatre coins du pays depuis quelques jours.
"Il aurait peut-être fallu commencer par autre chose […]. Au lieu d’améliorer nos conditions de travail et le salaire, on s’attaque à l’âge des candidats, c’est aberrant…", s’indigne une enseignante dans un lycée de Rabat, qui ne digère pas les nouveaux critères de recrutement annoncés par le ministère de l’Éducation. Parmi ceux-ci, une limitation d’âge fixée à 30 ans, qui a suscité la colère de plusieurs dizaines de jeunes ou futurs diplômés, ainsi que des enseignants, qui manifestent dans les quatre coins du pays pour contester une démarche "qui punit des personnes qui préparent le concours depuis plus d’un an pour rien".

"Dieu merci, je suis déjà enseignante, et dans tous les cas, mon diplôme en économie me permet de faire autre chose, mais quid de ceux qui ont des diplômes en littérature, en histoire-géographie, et qui ont passé la trentaine? c’est injuste…", regrette l’enseignante interrogée par Sputnik, qui préfère garder l’anonymat.

Même son de cloche auprès des autres manifestants, dont la plupart poursuivent leur mouvement de jour comme de nuit, à Marrakech, Fès, Casablanca ou encore Tétouan.
Les manifestations et mobilisations continuent.
#Non à la contractualisation
#Oui à l'égalité des chances
#Non à la sélectivité dans l'enseignement
Plusieurs d’entre eux sont des diplômés chômeurs ayant tout juste la trentaine. Ils présentent un taux de chômage élevé, davantage aggravé par la pandémie (il atteignait 12,7% avant de revenir à 11,8% au troisième trimestre de l’année 2021). Ils dénoncent la "discrimination systémique des jeunes en recherche d’emploi" engendrée par cette mesure.
Contacté par Sputnik, Ahmed Masmoudi, membre de la Fédération nationale des associations de parents d’élèves, dénonce une "décision qui n’est pas collective" et "un massacre".
Sur les réseaux sociaux, les avis sont mitigés.
"L’éducation est le seul secteur où il y a de l’espoir pour les familles nécessiteuses et défavorisées, que font-ils à ce sujet?"
"Je suis devenu enseignant à 23 ans. Cela m’a pris des années pour acquérir de nombreuses compétences professionnelles. J’ai maintenant 42 ans et je travaille toujours pour mon développement et pour fournir le meilleur à mes étudiants. La décision de M.Benmoussa [le ministre de l'Éducation] est difficile, mais les résultats sur le long terme seront positifs".
Ce n’est pas la première fois que le personnel du secteur se mobilise dans les rues. Depuis plus de deux ans, les enseignants contractuels manifestent régulièrement pour leur intégration au statut de fonctionnaire du ministère de l’Éducation. "Nous sommes dans l’ignorance de notre statut qui n’est pas clair…", explique à Sputnik l’enseignante du lycée secondaire de Rabat.

"En principe, nous devons être sous la responsabilité du ministère. Or nous sommes désormais sous la responsabilité des Académies. Conséquence, certains de nos droits ont changé. C’est là-dessus que nous attendions des annonces. Au lieu de cela, un changement de critères de sélection nous tombe du ciel…", s’indigne-t-elle.

Le recours au système des contractuels décidé à l'époque par le gouvernement visait à combler le déficit d’enseignants. Pour contester cette décision, certains ont observé plusieurs jours de grèves durant ces dernières années, et d’intenses manifestations qui avaient donné lieu à des arrestations au mois d’avril dernier.

Pour une "revalorisation" de l’école publique

Ces mesures tant contestées sont "des innovations importantes" pour une "renaissance éducative" expliquait quant à lui le ministère de tutelle dans un communiqué. La réforme comprend d’une part, une sélection plus rigoureuse et sélective, avec un examen poussé du parcours et des résultats scolaires de chaque candidat, et d’autre part, le tant décrié avancement de l’âge maximum requis pour candidater. Initialement fixé à 45 ans, les plus de 30 ans ne pourront désormais plus se présenter. Le ministère justifie ce choix par la nécessité "d’attirer des candidats jeunes dans la profession enseignante, dans l’objectif de s’assurer leur engagement durable pour l’école publique et d’investir dans la formation et le développement de leur parcours professionnel".
"Des procédures strictes et une injustice envers les personnes qui n’ont pas eu la chance d’avoir de bons résultats [scolaires, ndlr] malgré leur très bon niveau de connaissances, et envers les personnes âgées de plus 30 ans."
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En réponse à ces mouvements, le ministre de l’Éducation a tenu une série de rencontres avec les différents syndicats du secteur. Sa position demeure inchangée pour le moment. Cette filière doit être un choix par vocation, et non pas par défaut en cas de chômage. Par ailleurs, ce projet permettra selon lui de rehausser les profils du secteur en "se penchant sur les ressources humaines notamment à travers le développement des compétences du corps pédagogique" et donc à faire passer "l’intérêt de l’élève en priorité".
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Le secteur éducatif constitue l’un des piliers du nouveau modèle de développement initié par le roi Mohammed VI. Une commission avait été désignée et présidée par Chakib Benmoussa, qui a récemment pris le portefeuille ministériel de l’Éducation nationale, du Préscolaire et des Sports pour mener à bien cette réforme. Celle-ci vise à répondre aux attentes des Marocains et à rehausser le niveau d’un secteur défaillant. Le classement PISA2019(Programme international de suivi des acquis) mené par l’OCDE, classait le Maroc à la 75e position sur 79 pays. À titre comparatif, la France se classait 23e, la première place étant occupée par la Chine.
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