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Fellation contre validation d'examen? Un scandale qui ébranle le milieu universitaire marocain

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Collège / image d'illustration - Sputnik France, 1920, 30.12.2021
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Au Maroc, de présumées victimes de chantage sexuel dans le milieu universitaire brisent le silence et dévoilent de sordides histoires longtemps passées sous silence. La dernière affaire en date a pris une telle ampleur qu'une enquête a été diligentée par le gouvernement.
C’est une nouvelle affaire qui embarrasse au plus haut point le milieu universitaire marocain. Alors que le procès de l’affaire "sexe contre bonnes notes" qui avait pour théâtre l’université de Settat, dans l’ouest du pays, est en train défrayer la chronique, un nouveau scandale a éclaté cette fois-ci à l’École nationale de commerce et de gestion (ENCG) d’Oujda, dans le nord-est du Maroc, ce lundi 27 décembre.
Une étudiante, présumée victime de chantage sexuel, a publié les captures d’écran d’un échange qu’elle aurait eu avec un de ses enseignants. Dans ces messages, le professeur en question aurait demandé à la jeune femme "une séance de fellation" contre "la validation" de ses examens. Après l'avoir prévenu qu’elle comptait demander une copie de l'épreuve à l’administration, l'enseignant lui aurait répliqué "l’administration est dans ma poche chérie, même si tu vas chez le président". Rapidement, d’autres captures d’écran qui accableraient le même professeur font surface.
Contacté par le journal marocain Telquel qui a révélé cette affaire, le professeur en question a nié en bloc. "Je ne suis pas les réseaux sociaux. On est dans un métier un peu compliqué, vous savez. Je vais déposer une plainte pour diffamation, et on verra", a-t-il déclaré.
La classe politique s’est rapidement saisie du dossier. Le ministre de l’Enseignement supérieur, Abdellatif Miraoui, a quant à lui diligenté une commission d’enquête dans ce même établissement pour faire la lumière sur cette affaire, a rapporté le site d’information Le360, mercredi 29 décembre. D’autres dispositions ont également été prises par le ministère de tutelle, telles que la mise en place de cellules de crise lorsqu’une affaire similaire surgira dans une université, ou encore de numéros verts à la disposition d’étudiants, de victimes ou de potentiels témoins souhaitant signaler un abus.
L’université Mohammed Premier, dont dépend l’établissement de l’ENCG, a pour sa part publié un communiqué en réaction à cette affaire: "L’université, avec toutes ses composantes, dénonce ce comportement indigne, comme elle dénonce tout ce qui porterait atteinte à la réputation de l’université".
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Coup de pied dans la fourmilière

L’affaire de Settat, dévoilée au mois de septembre, a vraisemblablement eu un effet domino sur la divulgation de ce genre de pratiques, qui semblent loin d’être isolées, à en croire les témoignages qui inondent les réseaux sociaux depuis quelques jours. Longtemps passées sous silence, ces atrocités ont fait l’objet d’une véritable omerta, la plupart du temps par des étudiantes qui craignaient de compromettre leur réussite scolaire.
Dans un élan de solidarité, la twittoma (twittosphère marocaine), la presse locale et des mouvements militants de la société civile comme le Moroccan Outlaws 490 (en référence à l’article 490 du code pénal qui punit les relations sexuelles hors mariage) relayent depuis le début de semaine, les nombreux messages des victimes, sous le hashtag #MetooUniv.
"C'est de mon professeur de l'année dernière, il n'arrêtait pas de me spammer avec ce genre de messages à la fin de l'année scolaire. Je pense que l'année dernière était sa dernière en tant que professeur (Dieu merci). J'avais du respect pour lui et j'aimais ses cours. J'étais tellement déçue. Hiba"
Contactée par Sputnik, Sonia Terrab, réalisatrice et co-fondatrice de ce mouvement qui milite pour l’abrogation de l’article 490, fait part à Sputnik de son ressenti face à ces affaires: "C’est le choc, l’indignation, le dégoût, la colère, un vrai sentiment de révolte et d’impuissance mêlés".
"Hier matin, je me réveille, je vais sur nos réseaux sociaux, et je trouve plusieurs dizaines de messages de jeunes femmes qui nous alertent sur cette affaire d’Oujda […] nous avons immédiatement publié les captures des messages envoyés par ces jeunes filles", explique-t-elle.
"Notre but est de libérer la parole. On milite certes, aussi pour faire changer les lois qui concernent les libertés individuelles comme l’article 490 du code pénal, mais aussi pour une justice pénale plus efficace. Un exemple qui fait que l’on milite pour l'abrogation de cet article, c’est qu’aujourd’hui, une jeune femme victime de viol, de revenge-porn, ou de harcèlement sexuel, si elle porte plainte elle a des chances que ça se retourne contre elle et qu’on lui dise +tu as accepté d’être en relation avec cet homme, comment tu peux prouver que tu es victime+… on la condamne donc pour infraction à l’article 490… on reçoit des plaintes de ce type chaque jour", regrette-t-elle.
"On ne parle même pas de l’entourage, de la hchouma [honte, ndlr] mais au recours censé être le plus simple qui est la justice", ajoute-t-elle, espérant que ces cellules dédiées voient le jour dans toutes les écoles qui sont sûrement concernées, "y compris la prestigieuse université Al Akhawayn, où il y a eu un scandale similaire il y a quelques mois" conclut-elle.
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En effet, ce n’est pas la première fois qu’une université au Maroc est éclaboussée par un scandale de ce genre. Outre les allégations de harcèlement sexuel auxquelles a fait face des membres du corps enseignant de l’université Al Akhawayn en juin 2021, une autre affaire médiatisée sous le nom de "sexe contre bonnes notes", de l’université de Settat voyait le jour, il y a quatre mois.
Au cœur du scandale, la révélation de captures d’écran d’échanges WhatsApp à caractère sexuel par des étudiantes. Cinq enseignants de l’université sont en attente d’un procès qui devrait avoir lieu le 13 janvier, après un énième report, en raison de l’absence de certains témoins. Deux d’entre eux sont poursuivis en état de liberté provisoire après s’être acquittés respectivement d’une caution de 20.000 et 50.000 dirhams (l’équivalent de 2.000 et 5.000 euros).
Reprise par la Brigade nationale de la police judiciaire (BNPJ), l’enquête sur cette affaire a débouché sur la découverte de tout un système de falsification de notes impliquant plusieurs professeurs de l’université. Le doyen de la faculté concernée, qui, selon plusieurs sources, avait déposé sa démission lors de son audience par la commission d’inspection, aurait été en réalité limogé par le chef du gouvernement. Et ce, sur la base d’un rapport accablant rédigé par l’inspection générale du ministère de l’Enseignement supérieur, dépêchée sur place lors de l’éclatement de l’affaire, rapporte la presse locale.
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