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    Boris Vukobrat : « Les républiques yougoslaves avaient trop d'indépendance »

    Boris Vukobrat : « Les républiques yougoslaves avaient trop d'indépendance »

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    Il est l’un des Serbes les plus riches du monde, combinant étonnamment des qualités d’un homme d’affaires et de philosophe. Boris Vukobrat a consacré de nombreuses années de sa vie à l’étude des problèmes des Balkans à la fin du 20e siècle. Je lui ai demandé de m’accorder un entretien à plusieurs reprises. Après toute une série de formalités, il m’a fixé un rendez-vous en juin 2005 à Moscou. Avec Vukobrat nous avons discuté du passé, du présent et de l’avenir de la région des Balkans et de sa place dans la géopolitique mondiale.

    La Voix de la Russie : Pourquoi, l’effondrement de la Yougoslavie a-t-il eu lieu en 1991? Quelle était la principale raison de la désintégration de ce pays qui était uni et prospère ?

    Boris Vukobrat : Les événements tragiques de 1991 dans les Balkans sont liés autant avec des facteurs internes qu’externes. Cela s’est produit tout de suite après l’éclatement de l’URSS. Il y a aussi trop de problèmes internes et de divergences au sein de la Yougoslavie même. Notre prospérité dépendait beaucoup des relations entre l’URSS et les Etats-Unis. Au début des années 1990, les Américains ont senti qu’ils peuvent sans aucun problème s’immiscer dans les affaires intérieurs des ex-pays socialistes. Les contradictions yougoslaves qui existaient pendant de nombreuses années sans monter à la surface, sont devenus les raisons des divergences entre les républiques. L’opinion internationale considérait que la République fédérative socialiste de Yougoslavie est un pays uni qui fonctionne comme une machine bien huilée. Lorsque les Bosniaques, les Croates et les Macédoniens discutaient au parlement, on avait l’impression qu’ils se considèrent comme de Yougoslaves. Mais lorsque les Bosniaques rentraient à Sarajevo, ils ne se considéraient plus Yougoslaves. Ils devenaient patriotes de leur république natale de Bosnie-Herzégovine. Et les représentants des six autres républiques qui composaient la Yougoslavie agissaient de la même manière. Pendant de nombreuses années, nous adoptions une politique à double standard. Cette position est contenue dans la Constitution de la Yougoslavie. Les six républiques yougoslaves (la Slovénie, la Serbie, la Croatie, la Bosnie-Herzégovine, le Monténégro et la Macédoine) et deux régions autonomes (le Kosovo et la Voïvodine) possèdent tous les attributs étatiques. En d’autres termes, la RSFY était composée de huit Etats indépendants qui avaient chacun leur propre territoire, leur propre constitution, leur propre gouvernement, ainsi qu’un parlement et un président. Une mine à retardement qui a finalement provoqué l’implosion de la Yougoslavie.

    LVdlR : Et les républiques se distinguaient significativement les unes des autres en termes économiques, n’est-ce pas ? Les autorités centrales se transféraient les fonds en essayant de soutenir les Macédoniens, les Monténégrins et les Kosovars. Fallait-il investir davantage de fonds pour éviter la désintégration de la Yougoslavie ?

    B.V. : Si nous avions pu avoir un niveau de vie meilleur, si le PIB de chaque habitant du pays atteignait 25.000 dollars par an, alors la Yougoslavie ne se serait pas désintégrée. Notre dette extérieure augmentait d’année en année. Nous empruntions des dizaines de millions de dollars à gauche et à droite. Les républiques prenaient des crédits, et c’est la Yougoslavie qui devait rembourser ces prêts. Mais lorsque le temps est venu de payer la dette, le pays n’avait tout simplement plus d’argent. La raison principale de la désintégration de la Yougoslavie – c’est une faible économie qui existait uniquement grâce aux emprunts extérieurs.

    LVdlR : Comment est-ce que des personnes pour qui les intérêts nationaux étaient au-dessus des intérêts de l’Etat sont arrivés au pouvoir ? Comment ces républiques ont commencé à jouer la « carte nationaliste »?

    B.V. : Malheureusement, après la mort de Tito un véritable contrôle étatique n’a pas pu être mis en place. Le représentant de l'une des six républiques yougoslaves devenait chef d’Etat pour une période de 12 mois. Un nouveau président prenait ce poste à partir du 1 janvier, et il commençait dès le début de son mandat à réfléchir au poste qu’il occupera dans 9 mois. Notre gouvernement n’était pas efficace. Nous avions un système politique avec un seul parti qui supposait obligatoirement l’existence d’un ennemi extérieur. Le pouvoir n’avait pas à résoudre les problèmes internes, en voyant partout des ennemis extérieurs et en créant des intrigues contre les leaders politiques étrangers.

    Lorsque ce mythe s’est dissipé, nous avons commencé à chercher des ennemis à l'intérieur de notre communauté, entre les ex-républiques yougoslaves. Et une bagarre a commencé. Pour rester au pouvoir, les hommes politiques ont commencé à faire appel au nationalisme, le populisme et à la démagogie. Et un nouvel ennemi, coupable de tous les maux dans les républiques de l’ex-Yougoslavie est apparu. Il faut faire la distinction entre le patriotisme et le nationalisme. Le patriotisme – c’est le respect de la culture, de la langue et de l'histoire de son peuple. Et le nationalisme – c’est l’affirmation que tout ce qui ne nous appartient pas est inacceptable. Et si vous êtes Serbe, un Croate ou un musulman est votre ennemi. Les représentants des autres nationalités sont ainsi devenus immédiatement des citoyens de seconde classe, permettant aux hommes politiques de conserver le pouvoir. Slobodan Milosevic en est un bon exemple Il n’était ni un bolchevik, ni un nationaliste. Il voulait tout simplement rester au pouvoir. C’est ainsi que le problème du Kosovo est remonté à la surface avec de nombreux problèmes ethniques qui n’ont pas été résolus. C’est le Kosovo et la Métochie qui ont rendu Milosevic très populaire. Il a conservé son poste uniquement parce qu’il a commencé à défendre les Serbes. Mais il ne pouvait pas s’imaginer que le nationalisme finira par se retourner contre lui et qu’il perdra le pouvoir en octobre 2000.

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