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    Comment les fake news sur la Russie sont devenues une «science» en Occident

    CC BY 2.0 / Mike MacKenzie / Fake news
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    Elena Semionova
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    Ces dernières années, les accusations d'ingérence de la Russie dans toutes les élections et les référendums dans le monde sont devenues une habitude. Une «étude» récente avance même que la Russie le ferait depuis un quart de siècle.

    Les sources principales qu'ont été utilisées par ses auteurs, le professeur de l'université de Toronto Lucan Ahmad Way et son jeune assistant Adam Casey, sont pourtant des rumeurs et des fakes.

    Seule la Russie «s'ingère»

    Les chercheurs canadiens affirment qu'ils ont identifié 27 cas d'«ingérence russe dans des élections étrangères» depuis 1991. Soit une campagne par an en moyenne.

    Rappelons que, selon les informations de la bibliothèque parlementaire britannique, 117 cas d'ingérence de grands États dans les élections d'autres pays ont été recensés entre 1946 et 2000, dont 70% orchestrés par les USA. En comparaison avec l'«étude» de l'université de Toronto, il s'avère que pour l'instant la Russie ne fait qu'apprendre la science complexe de l'«ingérence» en prenant exemple sur les Américains.

    Way et Casey ont séparé les «cas» identifiés en deux périodes: selon eux, entre 1991 et 2014 la Russie ne se serait «ingérée» que dans les campagnes qui se déroulaient dans les pays postsoviétiques. Au total, ils ont compté seulement 11 cas. Alors qu'à partir de 2015 Moscou se serait attaqué aux élections occidentales.

    Curieusement, les chercheurs de Toronto décrivent essentiellement les cas des années 1990 en se référant au livre Russie VS UE: Compétition pour l'influence dans l'espace postsoviétique. Ce titre indique dès le départ que la Russie n'est pas seule dans la bataille géopolitique pour l'influence dans la région. Mais pour une raison qu'on ignore, le terme d'«ingérence» n'est pas appliqué aux agissements de l'UE sur le territoire de l'ex-URSS.

    En revanche, dans l'«étude» canadienne on trouve de nombreux «scoops» concernant la période primaire d'«ingérence». Par exemple, on peut lire que Moscou «s'est ingéré» dans les législatives ukrainiennes en 2002 en soutenant un prétendu «parti pro-Koutchma». Qui était ce «parti pro-Koutchma» qui a perdu les élections? Pourquoi, au final, une majorité pro-présidentielle s'est-elle formée au parlement ukrainien? Cela reste un mystère.

    Étonnamment, le professeur Way semble n'être pas au courant des événements qui se sont déroulés dans l'espace postsoviétique pendant les années 1990-2000. Pourtant, à en juger par ses souvenirs, le politologue canadien s'occupe de ce dossier depuis sa première visite à Moscou en 1989, date à laquelle il dit avoir commencé à coopérer activement avec de «nouveaux groupes de société civile et ceux qui commençaient seulement à participer à la politique».

    Les fakes du New York Times utilisés comme source

    Mais le point central de l'«étude» de l'université de Toronto est l'«analyse» d'une quinzaine de campagnes occidentales dans lesquelles la Russie se serait ingérée depuis 2015. Si dans la première partie, les chercheurs canadiens se référaient au moins à des travaux analytiques, dans la seconde pratiquement toutes les informations s'appuient sur des rumeurs douteuses et même sur des fakes réfutés des médias occidentaux — principalement du New York Times connu pour sa position loin d'être toujours adéquate vis-à-vis de la Russie.

    Par exemple, l'affirmation des «chercheurs» de Toronto selon laquelle Moscou se serait ingéré dans le référendum néerlandais de l'an dernier sur l'accord d'association UE-Ukraine s'appuie sur l'article scandaleux du NYT auquel même les Pays-Bas n'ont pas osé se référer. Il est attesté que l'auteur de cet article fabrique des fakes primitifs. Les auteurs de l'«étude» semblent d'ailleurs ne pas avoir compris qui a finalement gagné ou perdu à ce référendum, s'embrouillant manifestement dans leurs propres conclusions.

    La déclaration selon laquelle la Russie se serait ingérée l'an dernier dans les législatives néerlandaises est basée sur deux sources, dont la première est un discours du chef des renseignements néerlandais Rob Bertoli: «Je pense qu'ils (les Russes) ont tenté de pousser les électeurs dans la mauvaise direction». Et tout s'est limité à ce «je pense». Le rapport des renseignements présenté à la même période annonçait précisément qu'aucune preuve d'ingérence russe dans les élections néerlandaises n'avait été découverte.

    Mais cela n'a pas offusqué les «chercheurs» canadiens puisqu'ils ont apporté une autre «preuve»: «Pour prévenir le piratage russe les responsables néerlandais ont déclaré que le dépouillement des bulletins se ferait manuellement». Mais les kremlinologues n'ont même pas pris la peine de vérifier un fait très simple: le vote et le dépouillement de bulletins aux législatives néerlandaises s'était toujours déroulé manuellement. Les élections de 2017 n'ont pas fait exception à la règle.

    «Le mensonge s'est transformé en vérité»

    Il est étonnant que les chercheurs du Canada aient inscrit sur leur liste seulement une quinzaine d'élections récentes, et se soient limités aux États occidentaux. Par exemple, pourquoi n'ont-ils pas osé rappeler le fake des médias britanniques selon lequel Moscou se serait ingéré dans les élections au Kenya? Après tout la «base de preuves» est tout aussi «fiable». Ou les Canadiens ont-ils compris que cela ressemblerait à une vraie farce de se référer à une telle aberration?

    Quel est le sens de telles «études» si facilement vérifiables et réfutables? Premièrement, les auteurs de Toronto tentent de réunir deux thèses principales des mythes occidentaux sur l'«ingérence russe»: «La Russie influence tout dans le monde» et «La Russie est un pays très faible». Les politologues canadiens tentent de faire la synthèse ainsi: oui, Moscou s'ingère activement dans tout, mais perd pratiquement toujours.

    Deuxièmement, avec ces «analyses» on cherche à faire des mythes antirusses de la presse tabloïd une narration historique, à adapter à une base académique les fakes flagrants des médias. Aujourd'hui nous pouvons facilement voir la source originale du «scoop» pour s'assurer de sa nature dérisoire. Mais dans quelques décennies on ne se référera plus au NYT, mais à cette «étude» qui prétend être académique, comme le font les auteurs en étudiant les cas des années 1990.

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