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Le confinement est prolongé jusqu’au 11 mai, un calvaire pour certains. Les appels de détresse pour violences infantiles ont augmenté de 20%, et ceux pour les violences domestiques de plus de 30%. Le renforcement des dispositifs d’aide et d’alerte, la mobilisation des forces de l’ordre et de la Justice peuvent-ils enrayer le phénomène?

La police craignait leur augmentation dès les premiers jours du confinement et ses craintes se sont confirmées. Selon le ministère de l’Intérieur, les violences domestiques auraient augmenté de 36% en zone gendarmerie et de 32% dans celle de la préfecture de police. Les chiffres précis n’ont pas été avancés, mais selon nos propres estimations, suivant les chiffres de l'année 2019, plus 24.000 femmes ont pu être victimes de violence (tous degrés confondus), depuis le 15 mars. Un chiffre a minima, sachant que la plupart d'entre elles n'osent pas se manifester auprès de la police.

La presse régionale se fait ainsi l’écho des «faits divers» les plus tragiques. Le 5 avril, une mère et deux de ses enfants étaient poignardés à mort dans le Pas-de-Calais. Le 7 à Saint-Quentin (Aisne), une femme d’une quarantaine d’années était étranglée par son mari, ivre. Le 8 à Verneuil (Eure), un homme de 90 ans tuait sa femme avant de retourner l’arme contre lui. Le 9 à Amiens (Somme), une femme de vingt ans à peine était poignardée par son compagnon. Le 12 à Saint-Didier (Haute-Marne), scénario inverse: c’est cette fois une femme de 45 ans qui s’est retrouvée en garde à vue pour avoir grièvement poignardé son mari au niveau de la carotide.

Les gendarmes disent recevoir trois à quatre fois plus de signalements qu’à l’accoutumée. Fin mars, les violences intrafamiliales représentaient par exemple 40% des gardes à vue à Reims, souvent entre personnes en instance de séparation, qui «ne s’entendaient plus», selon le procureur Mathieu Bourette, et malgré tout contraintes à vivre en huis clos. Le 114, un dispositif d’alerte SMS lancé le 1er avril, a enregistré 300 alertes.

Violences intrafamiliales: trois à quatre fois plus de signalements aux gendarmes

Le phénomène des tensions intrafamiliales a été observé aux quatre coins du globe, alors que trois milliards d’individus sont aujourd’hui confinés. Ainsi, Antonio Guterres, Secrétaire général des Nations unies, a-t-il lancé sur Twitter un «appel à la paix dans les foyers». Un acte pour le moins symbolique.

​Marlène Schiappa, secrétaire d’État chargé de l’Égalité entre les femmes et les hommes, a affirmé sur BFMTV le 31 mars que les victimes étaient plus nombreuses à se signaler auprès des forces de l’ordre, mais que moins d’appels au 3919 avaient été enregistrés: «il est plus difficile pour les victimes de s’isoler pour téléphoner», a-t-elle estimé. Un constat indéniable, mais la campagne médiatique a sans doute porté ses fruits: ce numéro a pris en charge 2.237 appels la première semaine du mois d’avril, soit «sensiblement plus qu’en temps normal, avec davantage d’urgences», selon Françoise Brié, présidente de la Fédération nationale Solidarité Femmes.

Appels au 119: + 50% en une semaine

Autre source d’inquiétude, et non des moindres: les violences infantiles. Rappelons que plus de 363 enfants sont morts sous les coups de leurs parents entre 2012 et 2016 en France, soit un tous les cinq jours –un chiffre sans doute plus important, puisqu’il ne peut pas tenir compte des accidents provoqués. Le nombre d’appels au 119 –le service pour l’enfance en danger– aurait augmenté de 20%, selon Adrien Taquet, secrétaire d’État à l’enfance, et de 50% pour la seule première semaine du mois d’avril. Mais comme pour les violences faites aux femmes, un tel chiffre peut aussi être, en partie, la conséquence des opérations de sensibilisation depuis le début du confinement.
La protection pour l’enfance a exhorté à une «vigilance accrue» de la population: les voisins ne peuvent rester passifs. À l’automne 2019, un voisin a comparu devant le tribunal correctionnel de Reims pour «non-dénonciation de mauvais traitements» dans l’affaire du meurtre du petit Tony, âgé de trois ans, qui avait succombé en 2016 sous les coups du compagnon de sa mère.

Répression au ralenti?

Alors que faire? Les 22.000 pharmacies sont aujourd’hui devenues autant de points d’alerte. Les victimes peuvent s'y rendre sans éveiller les soupçons. Par exemple, non loin de Nancy, une jeune mère de 19 ans a pu trouver refuge dans une pharmacie. Autre mesure du gouvernement: Marlène Schiappa a annoncé une subvention supplémentaire d’un million d’euros aux associations d’aide aux victimes, soulignant qu’elles avaient mis en place des «points d’écoute» devant les centres commerciaux. Sans plus de précisions.

Pour ce qui est de la répression, le fonctionnement de la chaîne judiciaire pose évidemment problème. Le Conseil national des barreaux a mis en place «une plateforme nationale assurant une permanence d’avocats spécifiquement dédiée à l’assistance des victimes intrafamiliales» au 01.76.40.17.71. Le but est de permettre aux avocats d’intervenir au plus vite pour faire bénéficier les victimes d’une ordonnance de protection d’un magistrat. La fédération nationale d’accompagnement des auteurs de violence conjugale a aussi ouvert un numéro destiné aux mis en cause, auteurs de violences intrafamiliales (08.01.90.19.11).
«La prévention et le traitement des violences intrafamiliales demeurent plus que jamais une priorité nationale», déclare dans un document interne du ministère de l’Intérieur auquel nous avons eu accès le Directeur général de la police nationale, Frédéric Veaux. Même son de cloche du côté du ministère de la Justice:

«L’éviction du conjoint violent doit être la règle. La lutte contre les violences faites aux femmes demeure une priorité de politique pénale clairement affirmée par le ministère de la Justice.»

Si les juridictions sont désormais fermées au public du fait de l’impossibilité d’assurer les impératifs sanitaires, les audiences de comparution immédiate sont maintenues pour assurer «la répression des conjoints violents». Les juges aux affaires familiales continueront à assurer le prononcé des ordonnances de protection.
Aussi, les auteurs de violences conjugales ont-ils été exclus du processus de libération anticipée piloté par Nicole Belloubet, Garde des Sceaux. Une fermeté louable, mais pourtant la seule qui semble appliquée à lettre, alors que 8.000 autres détenus, dont 130 djihadistes ont pu profiter du laxisme de la ministre.

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Tags:
police, violence domestique
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