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    Un homme manifeste sa joie après l’annonce de l’acquittement de Charles Blé Goudé devant la Cour pénale internationale.

    En Côte d’Ivoire, le pouvoir a-t-il intérêt à écarter Charles Blé Goudé de la scène politique?

    © AFP 2019 SIA KAMBOU Un homme manifeste sa joie après l’annonce de l’acquittement de Charles Blé Goudé devant la Cour pénale internationale.
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    Acquitté par la Cour pénale internationale (CPI) le 15 janvier 2019, Charles Blé Goudé sera jugé en Côte d’Ivoire pour des crimes présumés lors de la crise postélectorale de 2010-2011. L’ex-ministre de la Jeunesse de Laurent Gbagbo dénonce un «harcèlement judiciaire». Décryptage.

    «Je dénonce ce harcèlement judiciaire contre l’adversaire politique que je suis. L’objectif est clair: écarter Charles Blé Goudé, l’empêcher de participer au débat politique de son pays.»

    C’est en ces termes que Charles Blé Goudé s’est prononcé, le 11 novembre dernier au micro de la chaîne d’information France 24, sur le procès qui l’attend à Abidjan.

    L’ex-ministre de la Jeunesse a été jugé par la CPI en même temps que son mentor, l’ancien Président ivoirien Laurent Gbagbo, puis acquitté le 15 janvier 2019 après huit années de procédure, l’audition de 82 témoins, 231 journées d’audience et des milliers de pièces (notamment des documentaires et vidéos). Tous deux étaient poursuivis pour des charges de crimes contre l’humanité (meurtres, viols, autres actes inhumains, ou tentatives de meurtre et actes de persécution) commis lors des violences postélectorales en Côte d’Ivoire entre le 16 décembre 2010 et le 12 avril 2011.

    Depuis son acquittement, Charles Blé Goudé est en liberté conditionnelle à La Haye, aux Pays-Bas, dans l’attente de l’examen de l’appel de la procureure Fatou Bensouda.

    Un procès à Abidjan aux relents politiques

    Le 18 août dernier, Charles Blé Goudé, qui ne fait pas mystère de ses ambitions politiques, a été élu à la tête de son parti, le Congrès panafricain pour la justice et l’égalité des peuples (Cojep).

    Depuis, le Cojep a intégré la Coalition pour la démocratie, la réconciliation et la paix (CDRP), une plateforme de l’opposition initiée par le chef du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI), Henri Konan Bédié.

    Pour les proches de Charles Blé Goudé, si la justice ivoirienne a relancé le dossier de poursuite pour viol, torture et homicide volontaire ouvert en 2012 à Abidjan, c’est seulement en raison de son acquittement par la CPI et de l’intention du pouvoir de l’écarter du débat politique.

    «Le pouvoir semble remettre à jour des dossiers qu'il dit avoir sur le président du Cojep. La vraie question c'est: pourquoi maintenant? Le rapprochement entre Blé Goudé et la coalition formée par Bédié y est-il pour quelque chose? Y a-t-il déjà eu un couac dans des supposées approches entre Blé Goudé et le pouvoir? Nous sommes dans une période pré-électorale et tous les moyens sont mis en œuvre pour établir une avance politique confortable pour la présidentielle de 2020», a déclaré au micro de Sputnik l’analyste politique Innocent Gnelbin.   

    Cependant, l’État ivoirien, lui, assure que l’ex-leader des Jeunes patriotes (un mouvement politique qui a soutenu Laurent Gbagbo pendant les années 2000, jusqu’à être qualifié de milice à sa solde) va comparaître devant le tribunal criminel d’Abidjan pour des accusations qui sont certes en rapport avec la crise postélectorale, mais autres que celles pour lesquelles il a été poursuivi par la CPI.

    En revanche, pour son avocat, Me Claver N’Dri, il s’agit des mêmes chefs d’inculpation.

    De l’avis général, le poids de Charles Blé Goude sur la scène politique ivoirienne est considérable. C’est «un leader charismatique qui influence une bonne partie de la jeunesse, caractéristique de la population ivoirienne», a expliqué le politologue et chercheur en sciences politiques Diensia Oris-Armel Bonhouloule.

    Pour ce dernier, deux principaux facteurs font de l’ancien bras droit de Laurent Gbagbo un «adversaire redoutable». Le premier élément porte sur sa capacité à pouvoir fédérer la famille politique de Laurent Gbagbo.

    «Pour rappel, Laurent Gbagbo a battu sa campagne électorale pour la présidentielle de 2010 sans l'image de son parti le FPI et Charles Blé Goudé le sait. Bien qu’il soit à la tête du Cojep, Blé Goudé réussit tout de même à maintenir sa proximité avec le leader du FPI dont le retour au pays est actuellement compromis par une condamnation à Abidjan pour crimes économiques. Le fait d'avoir été jugé avec son mentor tel un fils auprès de son père lui donne aujourd’hui plus de légitimité aux yeux des pro-Gbagbo. L’absence de Gbagbo et de Blé Goudé permet au pouvoir de profiter des dissensions au sein du FPI. Des dissensions que ni Simone Gbagbo, l’épouse de Laurent Gbagbo, ni Michel Gbagbo, son fils, n'ont réussi à résoudre», a expliqué au micro de Sputnik Diensia Oris-Armel Bonhoulou.

    Le second facteur qui, pour le politologue, est à la base de la réaction du pouvoir ivoirien, «reste la possible réunification de la génération fesciste».

    «Au-delà des trois grands – Laurent Gbagbo, Alassane Ouattara et Henri Konan Bédié –, n’oublions pas que deux anciens dirigeants de la Fédération estudiantine et scolaire de Côte d'Ivoire (Fesci) ont véritablement animé la crise ivoirienne. Il s'agit de Charles Blé Goudé et de Guillaume Soro, ex-chef de la rébellion. Ils incarnaient tous les deux une génération de la Fesci divisée depuis le congrès de 1998», poursuit-il.

    Selon Diensia Oris-Armel Bonhouloule, la Fesci a aujourd'hui plus de cadres que le Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP, parti au pouvoir) dans l'appareil étatique. Elle dispose en plus d'un mouvement d'affirmation générationnel qui est le Zouglou (genre musical populaire en Côte d’Ivoire).

    «Un rapprochement entre Charles Blé Goudé et Guillaume Soro, à la veille de la présidentielle de 2020, pourrait considérablement modifier la configuration du paysage politique ivoirien en faveur du rajeunissement de la classe dirigeante. Ainsi, le RHDP du Président Alassane Ouattara, qui n'a finalement pas réussi à casser le PDCI d'Henri Konan Bédié, craint de voir son adversaire Guillaume Soro bénéficier du soutien d'une bonne partie des pro-Gbagbo fidèles à Blé Goudé», ajoute-t-il.

    Le politologue estime que le procès politique contre Charles Blé Goudé vise surtout à décourager l’électorat pro-Gbagbo de s’inscrire sur les listes électorales. En effet, Pascal Affi N'Guessan (président du FPI, mais dont la légitimité n’est pas reconnue par une frange majoritaire du parti qui considère Laurent Gbagbo comme son président, ndlr) a affirmé qu'il serait candidat au cas où Charles Blé Goudé et de Laurent Gbagbo ne seraient pas en mesure de rentrer au pays compte tenu de la poursuite de leur procès en appel devant la CPI.

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    élections, Charles Blé Goudé, Côte d'Ivoire
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