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Au Burkina Faso, où l’épidémie de coronavirus a fait, à la mi-mai, une cinquantaine de morts, le ministère de la Santé vient de lancer «Corona Detect», une application censée permettre à tout utilisateur de smartphone de s’autodépister et de se faire suivre. Mais cet outil technologique est fortement décrié par ceux à qui il est destiné.

Malgré les moyens modestes dont il dispose, le Burkina Faso se démène comme il peut pour lutter contre le Covid-19. Dernière trouvaille en date: une application, Corona Detect, lancée le 6 mai par le ministère de la Santé.

Développée par la Direction des systèmes d’information en santé (DSIS) du ministère, elle a été conçue pour fonctionner entièrement par SMS (l’envoi de ces SMS étant gratuit).

«Toute personne qui utilise l’application est suivie pour une période de 15 jours durant laquelle elle donne des informations au système sur son état de santé. En cas de symptômes faisant penser à une suspicion de Covid-19, l’équipe d’intervention rapide du Corus [Centre des opérations de réponses aux urgences sanitaires, ndlr] est automatiquement informée pour une prise en charge de la personne», a expliqué la DSIS.

Des doutes sur l’utilité de l’application

En attendant sa disponibilité annoncée sur Google Play Store, Corona Detect n’est pour l’heure téléchargeable gratuitement que sur le site internet du ministère de la Santé.

Deux griefs essentiels sont reprochés à l’application. Tout d’abord, son inaccessibilité apparente traduite par ce message d’avertissement lors du téléchargement: «Ce type de fichier risque d’endommager votre téléphone. Ne le téléchargez que si vous faites confiance à sa source.»

Au micro de Sputnik Nathan Kouassi, développeur, explique ce qu’il en est réellement: «Il s’agit en réalité d’un fichier de format APK –qui est une sorte de paquet contenant tous les fichiers nécessaires au téléchargement d’une application sur Android– et non d’une application totalement fonctionnelle à proprement parler.» Son installation requiert en effet une certaine marche à suivre qui implique notamment d’activer les sources inconnues dans les paramètres de son smartphone, ce qui pourrait éventuellement constituer un danger.

Le développeur précise que le téléchargement de ce type de fichier fait «encourir un risque qui porte plus sur la sécurité des informations contenues dans le téléphone (identifiants et mots de passe, données bancaires, répertoire, SMS...) et pas nécessairement sur le smartphone lui-même, bien que cette éventualité ne soit pas à écarter complètement».

Cette action est donc généralement déconseillée quand on n'est pas certain de la fiabilité de la plateforme de téléchargement. Et justement, de nombreux internautes burkinabè redoutent que l’application ne se révèle être au final qu’un cheval de Troie pour accéder à leurs données personnelles.

L’autre reproche fait à Corona Detect est sa «faible utilité» dans la lutte contre l’épidémie. Réagissant notamment à une publication sur la page Facebook de Radio Omega (média local), des internautes ont massivement fustigé l’application.

«Avec une population majoritairement analphabète [le taux d’alphabétisation des adultes âgés de 15 ans et plus était estimé à 34,5% en 2014, ndlr], je me demande comment cette application pourrait servir nos parents du village», s’est interrogé Zongo Marc Wendlamita.

Un autre internaute, Ange Marius Hema, estime pour ce qui le concerne que l’intérêt de Corona Detect relève davantage de l’enquête que du dépistage. «Je n'appelle pas ce à quoi va servir cette application un dépistage, mais plutôt un sondage qui va établir des statistiques à partir d'informations non fiables et au final peu utiles», a-t-il déclaré.

Crise de confiance

Des avis que le Fonds des Nations unies pour l’enfance (Unicef), qui a été un partenaire du ministère de la Santé dans la réalisation de cet outil numérique, est loin de partager.

«Pour faire face à l’expansion du coronavirus, les outils numériques ont montré leur utilité. Bien sûr, il est indispensable de continuer à pratiquer les gestes barrières de prévention du virus afin de casser la chaîne de contamination», avait déclaré au lancement de l’application la Dr Anne Vincent, représentante de cette agence onusienne au Burkina Faso, citée par des médias burkinabè.

Le Burkina Faso a enregistré, au 14 mai, une cinquantaine de décès liés au Covid-19 et seulement 130 contaminés actifs. Le pays s'en sort relativement bien comparé à ses voisins comme la Côte d'Ivoire (1.017 cas actifs), le Sénégal (1.324) ou encore le Ghana (4.832).

Au Burkina Faso, le Covid-19 est venu se greffer sur une crise de confiance entre la population et le gouvernement. Cette ambiance délétère est illustrée, notamment, par l’affaire du décès de la deuxième vice-présidente de l’Assemblée nationale.

Alors que la thèse officielle a fait état, dans un premier temps, d’un décès dû au Covid-19, plusieurs éléments nouveaux sont venus remettre en cause cette version. Il s’en est suivi un scandale gouvernemental qui a coûté sa tête au coordinateur national de lutte contre le Covid-19, alors que la ministre de la Santé a dû reconnaître avoir été induite en erreur par ses collaborateurs.

Si bien qu’aujourd’hui, ils sont nombreux, au Burkina, à affirmer que les chiffres officiels de l’épidémie ne reflètent pas la réalité –supposée bien plus grave. Les plus complotistes en arrivent jusqu’à émettre des doutes sur l’existence même du virus dans leur pays.

Imperturbables, les autorités burkinabè continuent d’afficher leur détermination à lutter efficacement contre le coronavirus à travers une batterie de mesures et d’actions.

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Tags:
application, Covid-19, coronavirus SARS-CoV-2, Burkina Faso
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