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Le volontarisme du Président sénégalais n’a pas suffi pour rouvrir les écoles ce 2 juin. Devant l’impossibilité de faire respecter le protocole sanitaire annoncé pour contenir un virus en progression, parents, élèves et enseignants redoutaient des contaminations en masse.

C’est à 23h40 dans la soirée du 1er juin que les ministres de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle ont annoncé le report de la reprise des cours pour «les classes d’examen» (CM2, Troisième collège et Terminale), considérées comme «prioritaires». Cette réouverture à la date du 2 juin avait été décidée en conseil des ministres du 29 avril par le Président Macky Sall. Un faux bond qui ne semble pas avoir surpris les enseignants, les personnels administratifs et les parents d’élèves.

«À mon niveau, il était évident que cette reprise était impossible à cause notamment d’une situation sanitaire qui n’a jamais cessé de se détériorer depuis le 14 mars, jour de la fermeture des écoles. Le virus, très en forme, s’est installé chez les populations et circule activement à Dakar», explique à Sputnik Yaya Diaw, un professeur d’histoire-géographie au lycée de Ouakam à une quinzaine de kilomètres de la capitale.

Pour justifier l’annulation de la reprise «progressive et maîtrisée» des enseignements, le gouvernement a invoqué «des cas de personnels enseignants testés positifs dans la région de Ziguinchor», au sud du pays. Or, l’un des objectifs visés par les autorités est d’«éliminer tout risque de propagation du virus dans l’espace scolaire», a rappelé le ministre Mamadou Talla, en charge de l’Éducation nationale, conscient du défi constitué par la sécurité sanitaire de 551.000 élèves qui sont dans ces classes d’examen.

Un dispositif sanitaire trop ambitieux

Pour préparer cette rentrée, le ministère de la Santé avait pourtant prévu un protocole de sécurité sanitaire, énumérant les «attitudes à adopter» contre l’épidémie dans les écoles, la gestion des cas d’infection éventuels, etc. Il listait au détail près le dispositif sanitaire à mettre en place dans chaque école: masques, équipement de protection, stocks de solutions hydro-alcooliques, nettoyage des latrines, distanciation physique, etc. Mais le gouvernement semblait avoir surestimé ses propres moyens.

«On nous a balancé un ensemble de procédures qu’aucun établissement scolaire n’est en mesure de respecter avec ses seuls moyens. Ce protocole est une vraie fiction que même des pays plus riches que le Sénégal ne peuvent pas honorer», s’insurge une enseignante d’une école privée qui a reçu quelques bribes de matériels.

​Le recul du gouvernement apparaît, in fine, comme l’issue logique d’une mission qui relevait de l’impossible.

«Il ne suffit pas d’amener des masques et de faire de la publicité (pour rouvrir les écoles). On a voulu se précipiter, on s’est cassé la figure. Il faut en tirer les conséquences de façon hiérarchique. Si la faute n’est pas grave, on rectifie. Si la faute est grave, il faut graduer les sanctions», a souligné Alioune Tine, directeur du think tank Africajom center.

Guerre des nefs entre le pouvoir et les syndicats

Le Président Macky Sall, qui apparemment souhaitait cette reprise, s’est finalement retrouvé tout seul avec son projet. Les principaux syndicats d’enseignants avaient exprimé leurs doutes quant aux capacités du gouvernement à plusieurs niveaux: le transport des enseignants à leurs postes de travail aux quatre coins du territoire, le calendrier et l’organisation des cours, l’application du principe de distanciation physique et la protection des élèves, enseignants et personnels à l’intérieur des établissements.

«C’est comme si le pouvoir cherchait à mettre les syndicats d’enseignants en porte-à-faux avec les parents d’élèves en simulant une volonté de reprise inenvisageable dans les conditions actuelles, soupçonne un enseignant qui a requis l’anonymat. Il pensait que nous dirions non à la reprise, ce qui lui aurait fourni un vrai prétexte de représailles à notre endroit. Mais les images impressionnantes du retour des enseignants à leurs lieux de service ont mis mal à l’aise le gouvernement.»

​Des milliers d’enseignants au Terminus de Liberté 5, à Dakar, en partance pour leurs lieux d’affectation à l’intérieur du pays, le 31 mai dernier.

La Fédération des parents d’élèves et d’étudiants (Fenapes), connue pour sa proximité avec le pouvoir, avait demandé au gouvernement de «fournir les garanties suffisantes» avant toute approbation de la reprise des cours. Plus virulent, le Collectif des gouvernements scolaires, structure informelle décentralisée qui prend en charge les préoccupations des élèves, avait pour sa part «exhorté les élèves conscients du danger à rester chez eux jusqu’à ce que les conditions optimales soient effectives.»

«Nos écoles ne sont pas prêtes à recevoir les élèves le 2 juin, pour non-respect du protocole sanitaire par les responsables dédiés… Une telle mesure est motivée par la conscience de ne pas mettre la vie des élèves, des personnels et de leurs familles en danger», écrit l’Office diocésain de l’enseignement catholique à Dakar dans un communiqué.

La reprise des enseignements pour les CM2, Troisième et Terminale a été renvoyée sine die, se retrouvant ainsi au même degré d’incertitude que pour les autres classes. Fermés depuis le 14 mars, les établissements scolaires et universitaires sont dans l’attente d’une réouverture qui devrait être un consensus entre l’État et les syndicats.…

Au 4 juin 2020, le Covid-19 avait fait 45 morts au Sénégal pour 4.021 cas déclarés, selon des chiffres du ministère de la Santé.

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Tags:
enseignement, Macky Sall, Sénégal
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