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Pilier de l’économie nationale et deuxième pourvoyeur de devises pour le pays, le secteur du tourisme est à l’agonie, victime des effets du coronavirus. Entre frontières aériennes et terrestres fermées, hôtels aux portes closes, travailleurs en chômage technique, les acteurs s’en remettent à un État qui a plusieurs chats à fouetter.

«Tristement sinistré.» C’est sans langue de bois qu’Éric Philibert, directeur associé du Lamantin Beach Hôtel de Saly au Sénégal, livre ses états d’âme sur la situation du secteur du tourisme frappé par la pandémie de coronavirus et menacé d’asphyxie. 

«Cela est d’autant plus rageant que le tourisme sénégalais commençait enfin à recouvrer son lustre d’antan. Maintenant, la crise va être longue et il faudra patienter au moins plus de deux années avant de retrouver le niveau précédant l’apparition du Covid-19», confie le patron d’un des fleurons du tourisme et de l’hôtellerie sénégalais, contacté par Sputnik.

Selon la Fédération des organisations patronales de l’industrie de l’hôtellerie et du tourisme au Sénégal (Fopits), le secteur a perdu, depuis le mois de mars, environ 246 milliards de francs CFA (375 millions d’euros). Un chiffre éloigné du montant de 142 milliards de francs CFA (216 millions d’euros) avancé par Amdy Sène, conseiller technique au ministère du Tourisme et des Transports aériens.

Approché par Sputnik, il s’appuyait sur une estimation de l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (ANSD).

«En ce qui nous concerne, nous avons déjà perdu, en termes de chiffre d’affaires, plus de 1,5 milliard de francs CFA (plus de 2 millions d’euros). Et alors que l’hôtel est fermé, nous perdons 100 millions de francs CFA (152.000 euros) chaque mois», révèle-t-il.

En 2019, 1,7 million de touristes étrangers ont visité le Sénégal, d’après le ministre du Tourisme Alioune Sarr. Deuxième source de devises pour le Sénégal (6% du PIB national) après la pêche, le tourisme est en crise ouverte, un genou à terre. Du delta du Saloum au Cap Skirring, de la Petite Côte au Sénégal oriental, de Dakar à Saint-Louis, les acteurs crient leur détresse face à la fermeture et/où à la baisse draconienne de l’activité des hôtels.

«Nous n’avons pas de solution et nous ne savons pas où nous allons. Nous pouvons tenir jusqu’en fin décembre, mais après?», s’interrogent Amdy Sène et Mamadou Sow, responsables du patronat hôtelier lors d’une conférence de presse.

Le cri de désarroi du patronat touristique

Pour éviter l’effondrement du secteur, l’État, par le biais du Programme de résilience économique et sociale (PRES), a mis en place le Crédit hôtelier et touristique, un fonds de 15 milliards de francs CFA (23 millions d’euros environ), indique Amdy Sène interrogé par Sputnik.

«Cet appui a pour objectif de préserver les entreprises et les emplois dans ce secteur en octroyant des crédits avec des conditions extrêmement douces», précise l’officiel sénégalais.

L’ampleur des sollicitations des acteurs du secteur a contribué à la mise en place d’un dispositif pour faciliter la soumission des dossiers de prêts à travers une plateforme digitale et par le canal des chefs de service régionaux implantés dans les pôles touristiques du pays, explique Amdy Sène.

«Environ 233 établissements d’hébergement toutes catégories confondues, 86 agences de voyages, 120 restaurants ont à ce jour bénéficié de ces 15 milliards. Une liste à laquelle il faut ajouter les artisans, les guides touristiques et d’autres acteurs de la chaîne de valeur.»

Les efforts du gouvernement visant à juguler les conséquences de la crise sanitaire sur le tourisme ne relèvent pas de la philanthropie d’État.

Ils visent à éviter les licenciements massifs, d’où la nécessité que «les employeurs et les employés continuent de discuter pour trouver des accords en rapport avec les dispositions du Code du travail», rappelle Amdy Sène.

«C’est déjà une bonne chose, mais il faudra être plus clair et bien expliquer que l’État n’a pas "donné" d’argent, comme beaucoup l’ont compris. L’État a octroyé des prêts que les entrepreneurs ont dû garantir sur leurs biens personnels. Cela reste insuffisant car la crise va être longue», clarifie Éric Philibert.

Dans ce contexte économique et sanitaire porteur d’incertitudes, les suppressions d’emplois demeurent la hantise des autorités. Au Lamantin Beach Hôtel, le directeur informe avoir pris une «mesure sociale» pour conserver les contrats à durée indéterminée (CDI) et déterminée (CDD) et «figer les remboursements des crédits et avances salariales». Mais jusqu’à quand?

La réouverture de l’aéroport international Blaise-Diagne ce 15 juillet changera-t-elle le visage du tourisme sénégalais?

La crise du Covid-19 aura phagocyté la moitié de la haute saison touristique, celle qui correspond à la saison sèche (novembre-mai) au Sénégal.

«De ce point de vue, il y aura un frémissement pour le tourisme d’affaires, voire le tourisme de loisirs. Cette réouverture boostera le tourisme interne qui est un des axes fondamentaux de la politique de développement du secteur avec la desserte des zones de destinations régionales», espère tout de même Amdy Sène.

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Covid-19, coronavirus SARS-CoV-2, crise, Sénégal, tourisme
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