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Ayant fui le Togo depuis la mi-juillet où il est recherché par la justice, l’ancien candidat à la présidentielle de février 2020 Kodjo Agbéyomé a finalement pris la parole depuis son «exil». Il affirme être «persécuté» par le Président Faure Gnassingbé pour avoir refusé de «marchander» les suffrages du scrutin présidentiel.

C’est un enregistrement audio d’une dizaine de minutes à peine qui défraie les réseaux sociaux togolais en cette fin juillet 2020. La voix est authentifiée par ses proches et partisans comme étant celle de Kodjo Agbéyomé. L’opposant togolais de 65 ans a choisi la voie de «l’exil» depuis deux semaines, alors qu’il était recherché par la justice de son pays.

Un mandat de recherche international a été émis, le 15 juillet, contre le bref Premier ministre du Togo (2000-2002), à la suite de son refus, pour la deuxième fois, de comparaître devant la justice. Il craignait, justifiait-il alors, que sa convocation ne «fasse partie d’un plan visant à l’éliminer physiquement».

L’opposant togolais était convoqué pour répondre de quatre chefs d’accusation portés contre lui: «atteinte contre la sûreté de l’État», «diffusion de fausses informations», «dénonciations calomnieuses» et «troubles aggravés à l’ordre public».

Des accusations qui le visent depuis qu’il a commencé à contester les résultats du scrutin dont Faure Gnassingbé, au pouvoir depuis 2005, a été proclamé vainqueur.

Dans l’enregistrement audio qui circule beaucoup sur WhatsApp, Kodjo Agbéyomé affirme que les vraies raisons de la «persécution» dont il fait l’objet se trouvent ailleurs.

«Le refus de marchander les suffrages clairement exprimés par le peuple souverain, constitue le motif de toutes les persécutions (policière et judiciaire) et la violation des droits les plus élémentaires dont je suis victime, au point de faire l’objet d’un mandat d’arrêt international dans le cadre d’un contentieux électoral. Il s’agit en l’espèce d’une première en Afrique, tant, elle est extravagante et cousue de fil blanc», affirme Kodjo Agbéyomé dans l’enregistrement audio. Les autorités togolaises n’ont pas réagi à cette sortie.

Kodjo affirme même que dans les jours qui ont précédé sa fuite, des émissaires de Faure Gnassingbé ont défilé chez lui plusieurs fois, pour tenter de le faire changer d’avis face à la contestation des résultats de la présidentielle avec «des propositions concrètes», chose qu’il a rejetée, affirme-t-il encore.

Officiellement, les résultats du scrutin présidentiel avaient donné vainqueur Faure Gnassingbé avec 70,78% des voix contre 19,46 % pour Kodjo Agbéyomé. Mais ce dernier revendique une victoire écrasante au premier tour avec environ 60% des voix.

Pour Kodjo Agbéyomé, les tentatives de Faure Gnassingbé de «marchander» les suffrages issus des urnes sont la preuve que celui-ci «n’a pas gagné» la présidentielle du 22 février 2020.

«Ils furent en grand nombre, les émissaires du Président sortant, à me faire des propositions concrètes, et admettant explicitement ma victoire, au scrutin présidentiel du 22 février 2020» a soutenu M.Agbéyomé, déterminé dit-il, à ne pas trahir la lutte pour la vérité des urnes, qu’il compte poursuivre «jusqu’à la dernière goute de son sang».

Même si la presse locale a fait état, dans un premier temps, d’une fuite vers le Ghana voisin, l’endroit où se trouve actuellement Agbéyomé demeure inconnue. Y compris de sa propre formation politique, le Mouvement patriotique pour la démocratie et le développement (MPDD) qu’il préside.

«Nous ne savons pas où se trouve le président. Mais toute personne qui a des craintes sérieuses sur sa vie ne peut que trouver un endroit sûr pour s’y cacher. Je crois que c’est ce qu’il a fait» s’est exprimé Gérard Adja vice-président du MPDD au micro de Sputnik.

En tout cas, depuis cet «endroit sûr», l’opposant togolais a annoncé qu’il va «coordonner vivement et librement», dit-il, l’ultime phase de la conquête de sa victoire et des «libertés et dignités bafouées» dans le pays. Dans son message audio, il annonce ainsi «une grande marche patriotique pour l’alternance au Togo» le 1er août 2020.

Mais à quelques jours de cette date, aucun signe sur l’organisation d’une manifestation n’est encore visible. La dernière manifestation ayant eu lieu au Togo remonte à la fin de l’année 2019. C’était sur appel du «Front citoyen Togo» qui demandait une transition politique à la tête du pays.

Toutes les autres tentatives ont été interdites, depuis lors, par le gouvernement et les regroupements fortement dispersées à coups de gaz lacrymogène. Avec la pandémie du Covid-19, les libertés de réunion et de manifestations publiques ont même été restreintes par les autorités togolaises pour «éviter une propagation anarchique du virus dans le pays».

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