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À peine guérie du Covid-19, Simone Gbagbo est de nouveau active sur la scène politique. L'ex-Première dame ivoirienne a plaidé pour une loi d’amnistie qui permettrait à son époux Laurent Gbagbo, s’il le souhaite, de se présenter à la présidentielle de novembre, tout en s’insurgeant contre la candidature du chef de l’État sortant Alassane Ouattara.

«Je voudrais appeler le chef de l’État Alassane Ouattara à prendre une loi d’amnistie pour rendre Laurent Gbagbo éligible. Qu'il se présente à l’élection présidentielle ou pas: qu’il soit éligible», a formulé Simone Gbagbo lors d’un point de presse le 12 août dernier à son domicile à Abidjan.

L’amnistie que souhaite Simone Gbagbo pour son époux est la même que celle dont elle avait bénéficié le 6 août 2018. En effet, alors sous le coup d’une condamnation, depuis 2016, à vingt ans de prison pour atteinte à la sûreté de l’État, l’ancienne Première dame (ainsi que 800 autres partisans de Laurent Gbagbo), avait été amnistiée par le Président Alassane Ouattara à l'occasion de la fête d'indépendance.

Le président ivoirien Alassane Ouattara
© Sputnik . © Présidence de la République ivoirienne

Si Laurent Gbagbo est en passe d’être définitivement acquitté par la Cour pénale internationale, il demeure aux prises avec la justice de son pays qui l’a condamné en 2018 à 20 ans de prison pour l’attaque de l’Agence nationale de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) pendant la crise postélectorale de 2010-2011.

Et c’est justement cette condamnation, assortie d’une privation de droits civils et politiques, qui justifie, selon le président de la Commission électorale indépendante (CEI, la structure chargée des élections) Ibrahime Coulibaly-Kuibiert, son retrait de la liste électorale et, de facto, son inéligibilité.

Un renvoi d’ascenseur

Alassane Ouattara qui prendrait une loi d’amnistie en faveur de Laurent Gbagbo, ce serait un «juste retour des choses», aux yeux de Simone Gbagbo. 

«Lors de la présidentielle de 2010, Alassane Ouattara n’était pas éligible. Laurent Gbagbo aurait pu s’opposer à sa candidature mais "pour sauver la paix et l’unité de la nation", et par considération pour les citoyens qui soutenaient Alassane Ouattara, il est passé outre et a pris une ordonnance spéciale le rendant éligible pour la circonstance», a-t-elle souligné.

L’ancienne Première dame –par ailleurs deuxième vice-présidente de l’aile du Front populaire ivoirien (FPI, parti fondé dans les années 1980 par son époux) restée fidèle à Laurent Gbagbo à la suite des dissensions internes survenues après la crise postélectorale– estime qu’Alassane Ouattara devrait adopter la posture de son prédécesseur plutôt que de s’engager dans une voie qui «assombrit de plus en plus l’avenir de la Côte d’Ivoire, ce qui ne manque pas d’angoisser les Ivoiriens».

L'accent mis sur la réconciliation nationale

Pour consolider la paix et faciliter le processus de réconciliation nationale, Simone Gbagbo a aussi plaidé pour la libération de tous les prisonniers militaires et civils de la crise postélectorale, ainsi que le retour des exilés.

Interrogé par Sputnik, Khaza Kakry, chargé de communication au sein du bureau de la coordination du FPI en exil, évalue à environ 10.000 le nombre de partisans de Laurent Gbagbo actuellement exilés dans la sous-région ouest-africaine, principalement au Ghana.

En outre, Simone Gbagbo juge essentiel pour la réconciliation que soient réinscrits sur la liste électorale, en plus de Laurent Gbagbo, Charles Blé Goudé (ancien ministre de la Jeunesse de Gbagbo) et Guillaume Soro (ancien président de l’Assemblée nationale et ex-chef de la rébellion armée de 2002).

La réconciliation nationale, thématique récurrente à l’approche de la présidentielle de novembre, est différemment appréciée par les dirigeants politiques. Si, du côté de l’opposition, on présente le processus comme étant loin d’être abouti, au Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP, parti présidentiel), on l’estime volontiers «effectif».

«Quand on considère la situation qu’on a vécue avec la crise postélectorale de 2010-20011 où des Ivoiriens se sont entretués et le vivre-ensemble que nous constatons aujourd’hui, peut-on dire que les Ivoiriens ne sont pas réconciliés? La réconciliation est effective en Côte d’Ivoire», a déclaré au micro de Sputnik Joël Nguessan, cadre du RHDP.

L’appel au dialogue entre animateurs et acteurs de la vie politique pour une «présidentielle apaisée», lancé en juin par Laurent Gbgabo depuis Bruxelles où il réside, avait d’ailleurs suscité peu de réactions de la part du parti au pouvoir.

L’éligibilité d’Alassane Ouattara

Pour Simone Gbagbo, il ne fait aucun doute que la candidature d’Alassane Ouattara pour un troisième mandat présidentiel n’est pas «recevable car anticonstitutionnelle».

«Nous le savons tous, cette candidature viole la Constitution, au moins dans son esprit, telle que formulée par les auteurs même du texte», a-t-elle déclaré.

Simone Gbagbo en veut notamment pour preuve le fait que plusieurs proches collaborateurs d’Alassane Ouattara (dont le ministre Cissé Bacongo qui était membre du comité des experts commis à la rédaction de la Constitution) se sont évertués, au moment de la révision du texte en 2016, tant à l’Assemblée nationale que sur des plateaux télé, à expliquer qu’il lui était impossible de briguer un troisième mandat.

L'ancienne Première dame craint que la candidature du Président sortant qui, déjà, a occasionné une vague de protestations dans certaines villes de la Côte d’Ivoire, ne vienne «fragiliser» la paix actuelle.

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amnistie, Alassane Ouattara, Simone Gbagbo, Laurent Gbagbo, inéligibilité, Côte d'Ivoire
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