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Le Togo est le premier pays d’Afrique noire à éliminer de son sol la maladie du sommeil. Endémique, très peu connue, cette affection sévit pourtant encore ailleurs sur le continent. Notifié par l’OMS depuis le 22 juin 2020, le gouvernement s’en félicite deux mois plus tard et communique sur ce succès sanitaire, intervenu en temps d’épidémie.

Au Togo, le moment est à la réjouissance, deux mois après la notification par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) de l’élimination dans le pays de la trypanosomiase humaine africaine (THA), plus connue sous le nom de «maladie du sommeil». La victoire sanitaire est d’autant plus considérable qu’il s’agit du premier État d’Afrique subsaharienne à avoir réussi à éradiquer cette affection sur son territoire, se félicite le gouvernement.

Dans un communiqué publié le 22 août dernier, le gouvernement togolais indique qu’il avait soumis à l’Organisation mondiale de la santé «un dossier pour la certification de l’élimination de la THA».

«Ce dossier a été examiné par un groupe d’experts indépendants convoqué par le bureau régional de l’OMS. J’ai le plaisir de vous informer que sur la base des éléments probants produits et de la recommandation de ces experts extérieurs, l’OMS conclut que le Togo satisfait aux critères d’élimination de la THA en tant que problème de santé publique. Je tiens à vous féliciter sincèrement pour cette réussite éclatante», a écrit Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l’OMS, dans la notification envoyée aux autorités togolaises le 22 juin 2020.

Endémique dans les pays d’Afrique noire, la THA est une infection redoutable, invalidante, difficilement curable et conduisant toujours à la mort si elle n’est pas traitée de façon adéquate.

Le Dr Badziklou Kossi, vétérinaire spécialisé en microbiologie, immunologie et en entomologie, a dirigé le programme de lutte contre le THA au ministère de la Santé du Togo. C’est lui qui a produit le dossier soumis à l’OMS et il explique à Sputnik que cette affection est «une parasitose causée par le protozoaire flagellé Trypanosoma gambiense transmise à l’homme à travers la piqûre de mouches tsé-tsé ou glossines». Après la piqûre, le parasite, qui se trouve au niveau du sang, peut mettre plusieurs années avant d’atteindre les organes vitaux du sommeil et c’est pour cela que l’on parle de la «maladie du sommeil». «Le patient peut dormir toute la journée de 24h sans s’en rendre compte», affirme-t-il.

Avant cette étape, précise le spécialiste togolais, «il n’y a pas de signe clinique spécifique pour identifier avec efficacité cette affection, si ce n’est par un prélèvement». Mais, poursuit-il, «il y a quand même quelques signes évocateurs ou symptômes» pour qualifier un individu de «sommeilleux».

Au rang des symptômes, le Dr Badziklou Kossi cite «la fièvre et les maux de tête de longue durée qui ne répondent pas aux traitements habituels», pour certains «l’apparition des adénopathies (ganglions) au niveau du cou» et pour d’autres «des troubles psychiques», provoquant des réactions agressives, «tout comme chez les fous».

«Un malade peut également présenter des troubles moteurs tels que des difficultés à marcher, des mouvements anormaux, des convulsions, des tremblements, un grand amaigrissement et une fatigue généralisée. Et c’est en phase terminale que l’on connaît le vrai trouble au sommeil», a-t-il détaillé.

L’histoire de la maladie au Togo

Au Togo, «le dernier cas confirmé de la maladie de sommeil remonte à 1996 dans la région centrale. Il a été référencé puis traité au centre de prise en charge de Mango (nord)», a indiqué le gouvernement dans son communiqué.

Les statistiques disponibles montrent que 1938 cas ont été rapportés en 1940. C’est ensuite une moyenne de 755 cas par an jusqu’en 1946, puis de 9 cas par an de 1977 à 1984, et un seul cas par an de 1985 à 1996.

Les principaux foyers de la THA ont été successivement «découverts dans les régions des Plateaux (centre), dans la région de la Kara et dans la savane au nord».

Classée par le ministère togolais de la Santé et de l’Hygiène publique parmi les onze maladies tropicales négligées, le pays a fait une guerre sans merci à cette affection et s’en est débarrassé pour l’instant en tant que «problème de santé publique». En effet, selon les critères de l’OMS, ne peut plus être considérée comme un problème de santé publique toute maladie qui se retrouve chez moins de 5% de la population d’un territoire. Mais le Togo a fait mieux puisqu’aucune nouvelle infection ne s’est déclarée en plus de vingt ans et que toutes les recherches effectuées sur les humains dans toutes les zones susceptibles de connaître des cas se sont révélées négatives

Puisque les pays voisins sont encore loin de la phase atteinte par le Togo, Lomé ne veut pas baisser la garde après cette victoire. Il assure dans un communiqué gouvernemental que «la surveillance va continuer afin d’éviter toute résurgence de cette maladie».

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Tags:
OMS, éradication, maladies, Togo
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