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Le gouvernement togolais a annoncé, début octobre, son intention de développer des programmes spécifiques au profit des quartiers historiques et populaires du pays. Délaissés, ces territoires ont toujours été des bastions de l’opposition. S’ils sont réalisés, ces projets pourraient-ils refonder les bases de sa contestation?

«De manière particulière, des programmes spécifiques seront mis en œuvre pour les quartiers historiques et populaires et les zones périurbaines, notamment en matière d’assainissement.» C’est l’une des déclarations phares de la nouvelle cheffe du gouvernement togolais Victoire Tomégah-Dogbé. La Première ministre s’exprimait le 2 octobre dernier devant les députés pour obtenir leur confiance, conformément à la Constitution. Opération réussie puisque le «discours-programme» a raflé 91 oui. Rien moins que l’unanimité.

Non loin, à Lomé, dans les secteurs en question, la promesse suscite certes de l’intérêt. Difficile de dire, en revanche, si elle a recueilli l’adhésion générale comme au Parlement. Certains peuvent toutefois se permettre d’espérer. Prudemment.

Habitant de Souza Nétimé, l’un de ces districts visités par Sputnik, Gauthier Sessi, étudiant à l’université de Lomé, attend de constater la réalisation de ces projets. Il dit espérer voir le territoire assaini et les voies internes restaurées pour faciliter la circulation.

De son côté, Josée Agoudanou, qui vit d’un petit commerce dans la grande partie historique de Bè, aspire à ce que ces programmes spécifiques «donnent à son quartier l’allure d’une véritable ville, avec un plan de modernisation approprié».

Ces deux secteurs, Souza Nétimé et Bè, sont régulièrement inondés du fait de l’indisponibilité de caniveaux destinés à drainer les eaux pluviales. Les quelques rares canaux existants sont bouchés par des déchets de toutes sortes. En outre, les infrastructures sont vieillissantes, les services publics quasi absents et les habitations manquent de sanitaires.

«Le gouvernement est dans une logique d’inclusion. Au cours de la mandature passée, cette inclusion a été avant tout financière [allocation de microcrédits pour la réalisation de petits projets, ndlr]. Et à lire entre les lignes de la déclaration de politique générale de l’actuel gouvernement, il est clair que l’on veut évoluer vers une inclusion sociale, et même spatiale», a commenté pour Sputnik l’historien et enseignant-chercheur à l’université de Lomé, le professeur Joseph Tsigbé.

Quartiers historiques et bastions de l’opposition

Souza Nétimé, Octaviano Nétimé, Hanukopé, Nyékonakpoè, Agbadahonou, Gbadogo, Aguiarkomé, Bassadji… la ville de Lomé rassemble plusieurs quartiers dits historiques, ainsi appelés en ce qu’ils sont associés à la naissance et aux évolutions qui ont affecté le visage de la capitale. Certaines de ces zones remontent au début de la colonisation allemande à la fin du 19e siècle. Les plus récentes datent de 1970.

Délaissés par les gouvernements successifs –plutôt tourné vers les nouveaux quartiers–, ces secteurs ont cristallisé, en toute logique, les frustrations de leurs habitants de sorte qu’ils sont devenus, selon Joseph Tsigbé, «des bastions de l’opposition qui les présentent comme victimes de la mal-gouvernance de l’État, tout en leur promettant une amélioration du cadre de vie une fois qu’elle sera au pouvoir». En cherchant à poursuivre le développement et l’assainissement de ces zones historiques, soutient le professeur, le gouvernement ne fait que «rendre justice à ces quartiers, longtemps privés d’une répartition équilibrée des richesses du pays».

Mais il n’écarte pas que la mise en œuvre de ces programmes spécifiques va changer la manière même dont fonctionne la politique au Togo. Surtout du côté de l’opposition.

«Cela amènera l’opposition à faire autrement de la politique et va mettre fin à une forme d’opportunisme qui consiste à surfer sur les limites des actions du gouvernement. En conséquence, ceux de ces quartiers qui adhéreront à la politique de l’opposition ne le feront plus par opportunisme, mais par adhésion politique, idéologiquement parlant», a affirmé Joseph Tsigbé.

Fulbert Sassou Atisso, président du parti d’opposition Togo Autrement, balaie d’un revers de main ce raisonnement.

«Les Togolais ne suivent pas l’opposition parce qu’on leur tient la main. Ils le font plutôt par conviction, parce que cela fait plus de 50 ans que le pays est entre les mains de la famille Gnassingbé. Depuis 30 ans, on lutte contre la dictature et pour l’alternance. Donc ces annonces ne sont que des épiphénomènes. Les précédents gouvernements ont dit mieux mais n’ont rien fait», a-t-il déclaré à Sputnik.

Il est l’un des leaders de la contestation des résultats de l’élection du 22 février dernier qui ont donné officiellement vainqueur Faure Gnassingbé pour un quatrième mandat de cinq ans. Avec d’autres formations politiques regroupées au sein de la DMK, la Dynamique Monseigneur Kpodzro, ils réclament depuis le lendemain de la présidentielle la victoire de l’ex-Premier ministre Kodjo Agbéyomé, que les résultats officiels ont classé deuxième.

Recherché par la justice togolaise, qui a émis un mandat d’arrêt international contre lui le 10 juillet du fait de ses actions de contestations, il a fui le pays au motif qu’il craint pour sa vie.

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Tags:
opposition, réhabilitation, programme, Togo
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