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L’élection présidentielle guinéenne de ce 18 octobre s’annonce dangereuse, après une campagne électorale qui a failli virer au drame. Après des mois de manifestations contre le troisième mandat du Président Alpha Condé, la fibre ethnique semble avoir pris une place déterminante dans l’issue du scrutin. En attendant une crise postélectorale?

La Guinée est-elle préparée à sortir indemne de l’élection présidentielle de ce 18 octobre après plusieurs mois de violences et de répressions? Le pari n’est pas gagné d’avance, au regard des brutalités et coups bas qui ont marqué la campagne électorale, à l’ombre du duel à distance que se livrent les deux dinosaures du landerneau politique local: Alpha Condé et Cellou Dalein Diallo.

Le premier, Président sortant, veut parachever son projet d’un troisième mandat largement contesté et obtenu aux forceps par la révision d’une Constitution qui ne lui permettait pas de se représenter. Le second, tête de file d’une opposition unie puis désagrégée, s’est résolu à repartir au combat après deux échecs consécutifs, en 2015 et 2010. Les suspicions de fraude et de manipulation du fichier électoral devraient marquer ce scrutin de tous les dangers.

Alioune Tine, président du think tank Afrikajom Center, interrogé par Sputnik à son retour de Conakry, ne mâche pas ses mots:

«Cette élection sera démocratique ou ne sera pas. Toute violation des règles de transparence intimement liées au scrutin lui-même, aux listes électorales, aux procès-verbaux des résultats provisoires est susceptible de jeter la Guinée dans l’inconnu.»

«À cet effet, il est indispensable que les résultats soient globalement connus très tôt, bureau de vote par bureau de vote, au soir du 18 octobre», poursuit-il.

Un discours qui exacerbe les rivalités ethniques

Alpha Condé, 82 ans, chef du Rassemblement du peuple de Guinée (RPG Arc-en-ciel), apparemment sûr de sa victoire au premier tour, aura fait une campagne au pas de charge. Un temps durant lequel il a comparé cette élection à une guerre. Un discours belliqueux auquel son adversaire Cellou Dalein Diallo, 68 ans, leader de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG), a pris du plaisir à répondre:

«S’il veut la guerre, il l’aura, il faut que l’on s’y prépare…»

Une bombe verbale lâchée en langue malinké et peule qui semble résumer la dimension prise par la question ethnique.

«Ce qui fait craindre le pire, c’est que la Guinée est habituée à un long cycle de violences qui a traversé tous les régimes. Et dans la stratégie de conquête ou de conservation du pouvoir, tous les moyens sont bons. On y a même utilisé le concept dangereux "d’ethno-stratégie", qui n’est rien d’autre qu’une manipulation de la fibre ethnique à des fins électoralistes. Ce type de concept est une bombe à retardement dans un pays où la nation est encore à construire», analyse pour Sputnik Barka Bâ, chercheur sénégalais en sciences politiques.

Pour l’Afrikajom Center, «le discours de la campagne présidentielle rend compte d’une forte polarisation ethnique, tout à fait artificielle, qui est le fruit d’une manipulation des acteurs politiques mobilisant sur une base identitaire et passionnelle, et non sur des projets de société concurrents».

D’où la crainte que «l’affrontement entre Condé et Diallo soit réduit en tout et pour tout à une bataille entre les ethnies malinké et peules», prévient Barka Bâ. Les Peuls et les Malinké sont les principaux groupes ethniques en Guinée.

Selon Refworld, la base de données de l’agence des Nations unies pour les réfugiés, les Peuls représenteraient 40% de la population, contre 30% pour le peuple malinké. «Des sources affirment que lors de l’élection présidentielle de 2010, les personnes de l’ethnie malinké ont majoritairement soutenu Alpha Condé et celles de l’ethnie peule ont largement appuyé Cellou Dalein Diallo», précise encore Refworld. 

Une diaspora largement absente

La présidentielle de ce dimanche 18 octobre se déroulera sans le vote de dizaines de milliers de Guinéens absents des listes électorales dans leur pays de résidence pour cause de non-enrôlement par la Commission électorale nationale indépendante (Ceni).

C’est le cas, par exemple, des Guinéens du Sénégal et d’Angola, alors que pour d’autres États, les autorités guinéennes ont invoqué l’interdiction de rassemblement dans les pays de résidence en raison de la crise sanitaire pour ne pas organiser le scrutin. Les quelque 3.700 Guinéens de France, par exemple, bien que figurant en principe sur les listes électorales, ne voteront pas pour cause de coronavirus.

Mais les détracteurs du Président guinéen évoquent plutôt des restrictions malveillantes. Ils en veulent pour preuve que la diaspora, dans la plupart des pays visés, est en général favorable au principal challenger d’Alpha Condé, à savoir Cellou Dalein Diallo.

​Outre les deux rivaux, dix autres candidats participeront à la présidentielle du 18 octobre. Parmi eux, deux femmes: Makalé Camara et Makalé Traoré. La première, ex-ministre sous le régime de Lansana Conté, fut ambassadrice à Dakar, elle porte les couleurs du Front pour l’alliance nationale (FAN-opposition). La seconde, à la tête du Parti de l’action citoyenne pour le travail (PACT-opposition), juriste, ancienne ministre, a dirigé la campagne électorale d’Alpha Condé en 2010.

Les autres candidats sont Abdoul Kabélé Camara, Souleymane Diallo, Ousmane Doré, Ousmane Kaba, Bouya Konaté, Abdoulaye Kourouma, Mandiouf Sidibé et Ibrahim Abé Sylla.

En souvenir des exactions commises au cours des derniers mois lors d’affrontements entre forces de l’ordre et manifestants anti-Condé, Fatou Bensouda, procureure de la Cour pénale internationale (CPI), a lancé une mise en garde le 9 octobre:

«Toute personne qui commet, ordonne, incite, encourage ou contribue de toute autre manière à la commission de crimes visés par le Statut de Rome est passible de poursuites devant les tribunaux de la Guinée ou devant la CPI.»

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Tags:
élection présidentielle, Peuls, ethnies, Alpha Condé, Guinée équatoriale
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