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L’insécurité prend des proportions inquiétantes dans la ville de Douala au Cameroun. Depuis peu, de jeunes délinquants, que l’on surnomme «microbes», se livrent à des agressions en bande, dépouillant les passants et les commerces. Plusieurs cas ont été signalés ces derniers jours dans certains quartiers et les autorités organisent la riposte.

La ville de Douala se transformerait-elle en Far West? On pourrait le craindre car depuis quelques jours, une horde de hors-la-loi dénommée «les microbes» –à l’instar de ces enfants délinquants qui sèment la terreur à Abidjan, en Côte d’Ivoire– agresse et pille sans états d’âme.

Pas plus tard que ce dimanche 11 octobre, vers 19h, ces jeunes ont fait irruption à Deido –un quartier du premier arrondissement du centre-ville– armés de machettes et de poignards. Plusieurs cas d’agressions et de pillages ont été signalés, des commerces et débits de boisson ont été vandalisés.

Ils avaient déjà investi ce secteur la veille et s’étaient attaqués à des habitants, cassant et pillant des commerces entre 23h et 1h du matin sans être inquiétés.

Outrés par cette récidive de trop, les jeunes du quartier sont sortis, dimanche, armes blanches à la main, pour en découdre. La police est intervenue plus tard pour sécuriser la zone.

Le fait est loin de se limiter à Deido. Depuis plusieurs jours, des agressions en bande organisée sont signalées dans d’autres secteurs de la capitale économique du Cameroun. Jeudi 8 octobre, ces «microbes» ont semé la panique à Ndokoti, un quartier populaire, l’un des plus célèbres carrefours de la ville. Selon des témoignages des riverains et usagers de la route, ils étaient une cinquantaine sur des engins à deux roues.

La riposte des autorités

Des exactions qui ont fait réagir les autorités de la ville, débordées par ce climat de guerre civile. Dans une déclaration face à la presse, lundi 12 octobre, après cette série d’attaques, le gouverneur de la région du Littoral, Dieudonné Ivaha Diboua, a sifflé «la fin de la récréation».

«Concernant ces bandits qui sèment la terreur dans la ville, leur récréation est terminée. Je tiens ici à en assurer les populations. Celui qui se rendra complice de ces agissements en paiera le prix selon la loi», a-t-il menacé.

Dans la foulée, des arrestations ont été effectuées et le gouverneur a annoncé des opérations de ratissage dans la ville pour mettre ces hors-la-loi hors d’état de nuire.

Un mode opératoire qui fait peur

Le mode opératoire des «microbes» camerounais, souligne David Eboutou, acteur de la société civile et analyste politique, «vise à instaurer la terreur dans le but de faciliter le vol pendant leur battue».

«Ce qui présente des similitudes avec ce qui se passe en Côte d’Ivoire est le fait qu’ils opèrent en bandes organisées aussi bien de jour comme de nuit, qu’ils font usage de machettes, de haches et dépouillent les populations sur leur passage, le tout avec une rare violence», relève l’analyste au micro de Sputnik.

Si le phénomène est né en Côte d’Ivoire du fait de la crise postélectorale qui a déchiré le pays en 2010, au Cameroun, ces jeunes délinquants se recrutent, selon bon nombre d’observateurs, parmi les enfants de la rue ou encore d’anciens prisonniers. Quelle que soit leur origine, leur mode opératoire est désormais redouté par plusieurs habitants de la capitale comme Yannick Todjié, jeune étudiant joint par Sputnik: «Il y a de quoi avoir peur. On ne sait pas quand ils peuvent frapper. Je suis sur mes gardes chaque jour puisque je finis les cours un peu tard dans la soirée», confie-t-il.

Certains comme Yves Kuate, commerçant, espèrent que les actions des autorités permettront de faire reculer les attaques. «Le gouverneur de la région a mis en garde les agresseurs. Nous ne pouvons compter que sur les forces de l’ordre pour rétablir le calme», soupire ce citoyen au micro de Sputnik.

Si les autorités de la ville ont promis des actions fortes, Salomon Rim, expert en politique publique et consultant pour «Un monde à venir», une organisation de la société civile basée à Douala, estime qu’il est aussi nécessaire de travailler sur la «resocialisation» de ces jeunes pour juguler le phénomène de microbe, qui est une conséquence logique de la dégradation sociale.

«Sur le long terme, il faut booster la scolarisation des jeunes dans des ville comme Douala. Il faut également booster les politiques de l’emploi car il est démontré que le manque d’emploi ou la pratique des emplois saisonniers contribuent au grand banditisme et au terrorisme», recommande-t-il.

Ville cosmopolite, Douala est réputée pour sa violence urbaine et le grand banditisme. Les cas de braquage et de cambriolage sont le lot quotidien de populations dépassées par les événements. D’après un classement des villes habitables dans le monde effectué par l’entreprise britannique The  Economist Intelligence Unit en 2019, cette localité est l’une des «moins habitables au monde». Dans ce rapport, la métropole camerounaise occupe le 133e rang sur 140 pays, juste derrière Alger (Algérie, 132e) et Caracas (Venezuela, 131e), en raison de la hausse du taux de criminalité.

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Tags:
arme blanche, violences, délinquance, Douala, Cameroun
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