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Polémique au Cameroun autour du vaccin contre la poliomyélite. La campagne de vaccination qui s’est achevée récemment s’est heurtée à la réticence de parents refusant de faire vacciner leurs enfants. Le débat autour des vaccins est relancé dans un contexte africain caractérisé par la méfiance et la crise sanitaire actuelle.

Au Cameroun, le 24 octobre, journée mondiale contre la poliomyélite, est placé cette année sous le signe de la suspicion. Une vidéo devenue très vite virale rend compte de cet état d’esprit. Elle met en scène une dame qui refuse que l’on administre le vaccin oral contre la poliomyélite à son enfant dans une école primaire de la ville de Douala, la capitale économique. On peut également y voir un responsable de l’équipe de vaccination qui s’en prend à la maman pour qu’elle accepte de faire vacciner son jeune garçon, faute de quoi celui-ci ne sera plus admis en classe.

La vidéo où l’on voit un responsable de l’équipe de vaccination (décrit par erreur dans le titre de la vidéo comme étant un enseignant) s’adresser avec véhémence à la maman du jeune garçon.

Un cas parmi tant d’autres

Cette situation est loin d’être un cas isolé. Les équipes de vaccination font en effet face à de nombreuses réticences sur le terrain. Ce vaccin contre la poliomyélite, destiné aux enfants de 0 à 59 mois, se heurte encore à la défiance de parents qui le jugent dangereux pour la santé de leur progéniture.

Surpris par cette phobie collective, Samuel Dieudonné Ivaha Diboua, le gouverneur de la région du Littoral, s’est rendu dans une école publique de Douala afin de rassurer la population. Face à la presse, il a expliqué la nécessité de faire vacciner les enfants et les motivations de cette campagne de vaccination contre la poliomyélite lancée à travers le pays.

«Pour rappel, la vaccination consiste à stimuler le système immunitaire d’une personne en lui adressant un vaccin afin de la protéger d’une maladie infectieuse et réduire drastiquement le fardeau de nombreuses maladies autrefois dévastatrices telles que la tuberculose ou la variole», a-t-il précisé.

Dans le même sillage, dans un message sur son compte Twitter, Manaouda Malachie, le ministre de la Santé publique, comme pour rassurer à son tour les parents, a fait savoir qu’il venait lui aussi de faire vacciner son enfant.

Initiée par le ministère de la Santé publique, la campagne de vaccination contre la poliomyélite –dont le second tour a été lancé du 9 au 11 octobre dans la région du Littoral et cinq autres secteurs vulnérables– est une riposte préventive aux cas de poliovirus de type 2 qui ont été enregistrés dans le pays.

Un contexte de méfiance

Seulement, et malgré les nombreuses interventions des autorités et de certaines personnalités qui en rappellent le bien-fondé, beaucoup de parents sont restés sceptiques, soupçonnant pour certains un «complot» pharmaceutique contre la santé de leur progéniture. Pour Mathias Kenfack, conducteur de taxi à Yaoundé, «on veut tester un nouveau remède sur nos enfants».

«Mon fils n’est pas un cobaye. On avait même dit que la polio était éradiquée au Cameroun. Pourquoi veut-on encore vacciner les enfants de force? Si c’est pour tester les produits sur mon enfant, jamais», fulmine-t-il, la tête dans son volant à l’écoute de nombreux messages de sensibilisation diffusés à la radio.

Comme lui, beaucoup d’autres citoyens émettent des réserves et les campagnes de vaccination font de plus en plus face à toutes sortes d’obstacles. D’autant qu’en avril 2020, au plus fort de la pandémie mondiale de la Covid-19, deux médecins français, lors d’une émission diffusée sur LCI, avaient suggéré d’expérimenter un vaccin contre le Covid-19 en Afrique. Une vidéo qui, à l’époque, avait soulevé un tollé monumental sur et en dehors des réseaux sociaux.

Preuve que le Covid-19 n’est jamais loin, la même vidéo de l’école primaire de Douala a été reprise sur ce compte Facebook, qui évoque désormais «un vaccin contre le Covid-19».
«Nous avons été sur le terrain au moment du lancement de la campagne vaccinale. Ce qui ressort de nos enquêtes, c’est que les parents estiment que leurs enfants sont fragiles, qu’ils ont reçu trop de vaccins et que cela commence à devenir stressant avec en plus, toutes les rumeurs qui tournent autour du coronavirus», souligne pour Sputnik le docteur Kevine Laure Nkaghere, médecin dans un district de santé à Douala.

La poliomyélite, qui peut être prévenue par la vaccination, est une maladie infectieuse causée par un virus envahissant le système nerveux pouvant engendrer des paralysies irréversibles en quelques heures. La maladie touche surtout les enfants en bas âge.

Selon les experts du Programme élargi de vaccination (PEV) de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), tout enfant non vacciné contre la poliomyélite peut devenir infirme pour la vie. Quatre ans après la disparition de la maladie au Cameroun, la survenue d’un nouveau cas en mai 2020 dans la région de l’Extrême-Nord a fait craindre une nouvelle épidémie.

«Il faut à tout prix protéger les enfants contre cette poliomyélite de type 2 qui a refait surface et qui circule actuellement. Depuis 2016, les enfants ne sont pas protégés contre cette épidémie puisqu’elle n’était plus en circulation», prévient Kevine Laure Nkaghere.

La réticence envers les vaccins est actuellement un problème mondial, souligne l’OMS. En 2019, l’organisation a inscrit le phénomène parmi les dix menaces pour la santé mondiale.

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Tags:
refus, vaccination, poliomyélite, Cameroun
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