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La question de la participation électorale au référendum pour la révision de la Constitution est la principale problématique à laquelle seront confrontées les autorités algériennes. Difficile d’obtenir une forte mobilisation dans le contexte politique et social actuel.

Rien ne laisse penser que l’Algérie est à quelques jours d’un scrutin censé transformer le pays. Le référendum pour la révision de la Constitution, qui se tiendra dimanche 1er novembre, est presque un non-événement. Lancée le 7 octobre, la campagne de sensibilisation du gouvernement intéresse très peu d’Algériens. Elle est à peine perceptible dans les médias publics qui diffusent les interventions de personnalités politiques et les comptes-rendus quotidiens des meetings.

Encourager les citoyens à prendre part à ce référendum est devenu la priorité numéro 1 des autorités. À l’approche de cette échéance, le gouvernement a multiplié les actions pour inciter les électeurs, notamment les jeunes, à voter.

Dans ce spot réalisé par l'Agence nationale d'édition et de publicité (ANEP), l’organisme gouvernemental chargé de la diffusion de la publicité des organismes publics, les concepteurs utilisent la date du 1er novembre comme lien entre le déclenchement de la révolution algérienne pour l’indépendance en 1954 et le prochain référendum supposé marquer l’avènement de «l’Algérie nouvelle».  

L’affaire du pouvoir

Zoubida Assoul, présidente du parti Union pour le changement et le progrès (UCP), formation d’opposition, indique à Sputnik que le pouvoir doit obtenir «un taux de participation acceptable afin d’assurer la légitimité à l’amendement constitutionnel». Cependant, elle considère que la grande majorité des Algériens «ne s’estime pas concernée par ce scrutin».

«L’amendement de cette Constitution est seulement l’affaire du pouvoir, pas l’affaire du peuple. Depuis bientôt deux ans qu’il sort dans la rue, le peuple n’a jamais demandé la révision de la loi fondamentale. Il a exigé la rupture avec ce système, la légitimité populaire, un dialogue inclusif, une période d’assainissement, la construction d’un État de droit et des institutions. C’est faire fausse route que de réduire la crise politique algérienne à un amendement de la Constitution. C’est la priorité d’Abdelmadjid Tebboune [le Président algérien, ndlr], pas celle du peuple», a souligné Zoubida Assoul.

La réalité est telle que même les partis qui soutiennent l’amendement de la Constitution ne peuvent la masquer. Belkacem Sahli, qui préside l’Alliance nationale républicaine (ANR), reconnaît le désintérêt de la population pour une réforme aussi importante.

Dans une déclaration à Sputnik, il explique que «la participation des citoyens est un élément essentiel» et que le «taux de participation accordera nécessairement la légitimité de la population aux changements politiques que veut engager le Président Abdelmadjid Tebboune». Il souligne cependant que son parti a émis plusieurs réserves, notamment «à propos du choix du 1er novembre, jour considéré comme sacré dans la mémoire collective algérienne». 

«Notre parti estime cependant que le climat social actuel n’est pas propice à une participation massive. Nous soutenons ce projet de révision constitutionnelle tout en exprimant un certain nombre de réserves car nous avons constaté une forme de régression d’ordre idéologique entre l’avant-projet et le texte final qui sera proposé pour adoption par voie référendaire. Nous pensons que les membres de la commission d’élaboration de cet amendement ont subi des pressions politiques et idéologiques de la part des courants conservateurs et  islamistes», affirme Belkacem Sahli.

Débat à sens unique

Zoubida Assoul dénonce également un «débat à sens unique». Elle relève que les autorités ont interdit l’accès aux médias à toutes les personnalités et partis politiques «qui militent pour le non à ce référendum et qui appellent à son boycott».

«Les médias ne sont ouverts que pour ceux qui soutiennent cette Constitution. Il n’y a pas de débat contradictoire. Nous n’avons pas accès aux médias publics et même à certaines télévisions privées pour présenter notre vision et nos positions», dit-elle.

Une situation que regrette également Belkacem Sahli. Il déplore que les médias n’aient pas été ouverts pour permettre à tous les courants politiques de s’exprimer, «même ceux qui boycottent le référendum». «Il faut laisser les gens débattre en respectant les lois de la République et en évitant toute forme de violence», ajoute Sahli.

Le président de l’ANR estime par ailleurs que l’Autorité nationale indépendante des élections (ANIE) a bloqué le processus de mobilisation des citoyens autour de ce référendum en ne permettant qu’à un nombre limité de partis politiques de mener campagne.

«Nous ne comprenons pas la décision de l’ANIE de ne permettre l’engagement qu’aux seuls partis politiques ayant un minimum de dix parlementaires et représentés dans 25 wilayas (départements)», s’étonne-t-il.

Le manque d’adhésion s’explique, selon lui, par cette limitation de l’ANIE et par aussi par les «mesures de prévention pour éviter la propagation du Covid-19». La circulation de l’épidémie ne semble guère constituer un facteur d’inhibition dans le comportement électoral des Algériens tant les dispositions de restriction sont loin d’être observées au pied de la lettre, au quotidien.

Pronostics

La nouvelle Constitution allège la dimension présidentielle du régime en prévoyant que le gouvernement puisse être responsable devant le Parlement. Elle prévoit la limitation du nombre de mandats parlementaires, la restriction du champ de l’immunité parlementaire, entre autres réformes institutionnelles. Par ailleurs, elle autorise explicitement l’armée à prendre part à des opérations de maintien de la paix à l’étranger.

Engagés en politique depuis une trentaine d’années, Zoubida Assoul et Belkacem Sahli ont une certaine expérience des élections. Pour ce référendum, leurs prévisions en matière de taux de participation sont très différentes. «Le pouvoir n’aura pas plus de 10% de taux réel de participation. Le désintéressement des citoyens est un indice concret», assure la présidente de l’UCP.  Le président de l’ANR, lui, se montre plus optimiste. «Je pense que la participation dépassera les 50%. À mon avis, le taux officiel tournera autour de 55%», note-t-il.

«Les échos que nous avons des cadres de notre parti dans les wilayas de l’intérieur (départements situés dans les hauts-plateaux et le sud du pays) font état d’une réelle motivation de la population. Par ailleurs, nous ne percevons pas les positions virulentes des hirakistes (militants du mouvement de contestation contre le système politique algérien) lors de l’élection présidentielle du 12 décembre 2019 qui ont parfois donné lieu à des actes de violence pour empêcher les citoyens d’assister aux meetings et de participer au vote», affirme Belkacem Sahli.

Les paris sont lancés. Rendez-vous durant la soirée du 1er novembre pour prendre connaissance du taux de participation. Une chose est sûre, la révision constitutionnelle voulue par le Président Tebboune passera, quelle que soit l’adhésion de l’électorat.

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Tags:
Constitution, boycott, référendum, Algérie
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