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L’ONG «À portée de mains», créée en 2010 par un couple de Français travaillant en Afrique, notamment au Burundi, casse «le fantasme de l’immigration pour développer ailleurs ce que les jeunes peuvent faire chez eux». Son fondateur raconte à Sputnik comment une petite organisation avec peu de moyens peut parfois arriver à faire des choses énormes.

«À portée de mains» (APM),  c’est un projet conçu par un couple de Français, Nicolas Travaillé et Delphine Jauseau, en 2010, lorsqu’ils se sont expatriés pour la première fois en Côte d’Ivoire. Deux ans plus tard, ils sont repartis vers l’Afrique mais cette fois-ci en direction du Burundi, où ils ont eu une opportunité professionnelle avec France Volontaire, un organisme français qui fait le lien entre les besoins locaux et les ressources françaises.

«Le plus grand fantasme est d’immigrer en France»

En 2012 ils commencent tous les deux à travailler et à créer leur écosystème sur le territoire burundais «en portant différentes casquettes professionnelles», explique Nicolas Travaillé. À la fois chefs de projets, chefs de missions, consultants…, ils ont compris que la jeunesse avait une demande claire et formulée, différente de ce que les autres ONG proposaient.

«Toutes les ONG internationales travaillaient sur la notion de développement local. Elles formaient les gens en leur donnant accès à des ‘’packs agriculture’’ et en mettant à leur disposition du matériel. Elles déployaient des efforts sur le plan local alors que, dans la mentalité des jeunes, leur plus grand fantasme était d’immigrer en France.»

«À quoi bon former, structurer et organiser une jeunesse qui, à la moindre opportunité, s’en ira?», réplique Nicolas.  C’est à ce moment-là que «À portée de mains» a commencé à travailler dans les quartiers et dans les écoles sur la sensibilisation à la réalité de l’immigration.

L’ONG «À portée de mains» distribue des pains aux enfants en situation de rue à Kinama, Burundi
© Photo / APM
L’ONG «À portée de mains» distribue des pains aux enfants en situation de rue à Kinama, Burundi
«Au début, des jeunes de 20 à 30 ans venaient nous écouter sur l’immigration non préparée, on a commencé par trois jeunes et on a fini par remplir des salles de classe souvent éclairées à la bougie parce qu’à 18h, il faisait nuit et qu’il n’y avait pas de courant. Non, à Paris, il n’y a pas de diffuseur du parfum dans toute la capitale, non la nourriture n’est pas gratuite en Europe, non tu ne peux pas te réfugier dans une église… Il y avait énormément de préjugés qui étaient vraiment ancrés.»

Un déclic

Après une longue période consacrée à la sensibilisation, il y a finalement eu un déclic chez certains de ces jeunes, se souvient le fondateur de l’ONG. Il explique qu’il est important de travailler sur certains mécanismes, leur faire comprendre ce qu’implique une arrivée en Europe, le fait d’avoir un emploi en Europe, comment obtenir un titre de séjour, la différence de climat. Mais surtout, il veut casser le fantasme de l’immigration qui consiste à vouloir développer ailleurs ce que les jeunes peuvent faire ici sur le territoire.

«On était une toute petite organisation française implantée au Burundi, on avait très peu de ressources financières, donc l’action la plus importante qui était à notre portée et ne demandait pas d’argent, c’était de transmettre de l’information et de mettre les jeunes en lien avec la bonne information.»

Matches de foot et de basket entre Burundais et expatriés

L’étape suivante était de lancer de petites actions culturelles événementielles mises en place par les jeunes Burundais. Ils faisaient venir dans les quartiers très populaires du pays des expatriés français pour jouer au football ou au basketball et à la mi-temps, il y avait des pièces de théâtre et des concerts sur la thématique de l’immigration non préparée.

Un match entre les burundais et les expatriés, L’ONG «À portée de mains», Burundi
APM
Un match entre les burundais et les expatriés, L’ONG «À portée de mains», Burundi
«On a trouvé un média qui leur permettait de rencontrer les expatriés à travers le sport. Généralement, les blancs se prenaient une dérouillée et cela attirait énormément de monde, il y avait 600-800 personnes avec des enfants par centaines. Ils se sont rendu compte qu’avec peu de moyens et un peu de bon sens et de volonté, nous pouvions faire des choses assez énormes.» 

APM a également mis en place la création d’un Centre d’information et de jeunesse et multimédia, un endroit qui possède des sources d’information pour tous les jeunes du quartier. L’Ambassade de France a financé ce projet qui a abouti aujourd’hui à un espace numérique au Burundi avec des PC, une bibliothèque numérique avec des livres ainsi qu’un studio d’enregistrement.

APM Burundi gérée par les Burundais

Depuis quelques années, Nicolas Travaillé et Delphine Jauseau sont rentrés en France. Ils ont réussi un pari qui n’était pas gagné d’avance: laisser avant leur départ une association locale burundaise APM indépendante des Français. Pour eux, c’est la plus grande des victoires.

«En 2020, Ibrahim Issa, un des jeunes qui a été éclairé à la bougie et auprès de qui on faisait nos réunions de sensibilisation à l’immigration il y a maintenant sept ans, est désormais chef de mission APM Burundi. Il a développé les espaces «Amis des enfants», qui sont pilotés par l’Unicef, pour que les jeunes et les enfants s’occupent de sport et de culture plutôt que d’être enrôlés militairement.»

Aujourd’hui, Ibrahim Issa a gagné son premier projet tout seul dans l’éducation et la culture au Burundi en représentant «À portée de mains». APM Burundi est désormais interlocuteur privilégié de l’Ambassade de France.

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