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Après plus deux semaines de consultations, le Président de la RDC Félix Tshisekedi a décidé de nommer une personnalité qui aura la charge de trouver une majorité en sa faveur. Le divorce est ainsi consommé avec son prédécesseur –majoritaire au Parlement– qui a invité la formation du Président à se retirer du gouvernement.

«Le temps n’est plus propice aux atermoiements, aux discussions stériles, encore moins aux intérêts partisans. Les replis tactiques et les combats d’arrière-garde n’ont plus aucun sens.»

Dans un message en direct de la Radiotélévision nationale congolaise (RTNC), le Président congolais a déclaré, ce 6 décembre, avoir décidé «de nommer un informateur pour identifier une nouvelle majorité parlementaire, l’actuelle s'étant effritée».

Le cas échéant, et sur un ton ferme mâtiné d’assurance, Tshisekedi a évoqué ne pas exclure la possibilité, «étant donné que la crise est persistante avec un Parlement qui ne veut pas accompagner le gouvernement, d’user de ma prérogative» de dissoudre l’Assemblée nationale. Celle-ci est en effet acquise dans sa grande majorité à son prédécesseur et désormais ex-allié, Joseph Kabila.

L’acte de dissolution sera posé au cas où l’informateur qui sera nommé conformément à la Constitution –qui prévoit un tel mécanisme pour dépasser les situations de blocage institutionnel– ne parvenait pas à identifier une nouvelle majorité parlementaire.

Sur les raisons qui l’ont conduit à entreprendre cette démarche, le Président congolais ne fait pas de mystère. La coalition avec le camp de Joseph Kabila, qui dispose de la majorité des postes au sein du gouvernement en plus de la Primature et gère plus de trois quarts des provinces et des assemblées locales, ne lui a pas permis de «mettre en place ce pour quoi [il a] été élu».

«Ceci n'est pas seulement un discours, c'est un appel à la mobilisation générale face à la dégradation de la situation de notre pays, voulue et orchestrée par les fossoyeurs de la République», a insisté Tshisekedi, décidé de ne pas se «résoudre à rester dans le statu quo et l’immobilisme».

Le chef de l’État a passer une bonne partie de son intervention à rappeler ce que les personnalités et structures lui ont demandé lors des consultations nationales qui se sont tenues, à sa demande, du 2 au 25 novembre dernier. Il a déclaré avoir noté «qu'il faut mettre fin à l'accord de coalition» entre le Front commun pour le Congo (FCC, le parti politique de Kabila) et sa propre formation Cap pour le changement (CACH).

La crise entre les deux alliés s’est exacerbée lorsque Félix Tshisekedi a nommé, en juillet dernier, de nouveaux juges à la Cour constitutionnelle et procédé à de nouvelles nominations dans l’armée et la magistrature.

Les pro-Kabila prennent acte

Le camp Kabila avait alors boycotté les consultations du Président de la RDC et s’était dit accroché à son accord de coalition conclu avec ce dernier. Cet accord prévoyait entre autres, selon des indiscrétions, une cogestion du pays pendant le mandat présidentiel en échange d’un soutien apporté par la formation de Tshisekedi à celle de Kabila pour l’élection de 2023.

Le 7 décembre, le FCC a donc riposté en «prenant acte» de la décision du Président et en demandant au CACH de se retirer du gouvernement central (où il dispose d’un tiers des portefeuilles) et des institutions provinciales.

Joint par Sputnik, Ferdinand Kambere, un proche de Kabila, affirme que le discours de Tshisekedi est fondé sur «la violation de la Constitution» et le «populisme».

«En mettant fin à la coalition, il faudra en tirer toutes les conséquences, c’est-à-dire opter pour la cohabitation, ce qui sous-tend que tous les postes au sein du gouvernement et autres institutions vont revenir au FCC», explique-t-il, affirmant que son camp n’a «rien à perdre».

Bagarre pour 2023

Dans l’opposition, si Moïse Katumbi, qui contrôle l’aile majoritaire, a salué le «courage et la lucidité» de Tshisekedi et un discours qui a apporté une réponse «claire et précise aux attentes du peuple congolais», Jean-Pierre Bemba a dit souscrire à la «cohésion nationale» prônée par le Président Félix Tshisekedi.

Les deux hommes reviennent ainsi à de meilleurs sentiments à l’endroit du Président après avoir activement soutenu Martin Fayulu au scrutin de 2018. Celui-ci clame toujours être le véritable vainqueur de cette élection et accuse Kabila d’avoir imposé la victoire de Tshisekedi à la présidentielle et celle du FCC aux législatives pour, ensuite, mieux dicter ses exigences.

D’ailleurs, «l’origine de la crise est la fraude électorale opérée après la présidentielle et les législatives du 30 décembre 2018», abonde le professeur Devos Kitoko, secrétaire général de l’Engagement pour la citoyenneté et le développement (ECIDE), le parti de l’opposant Martin Fayulu.

«Tant que l’on ne va pas rétablir la vérité des urnes, qui reconnaît Martin Fayulu comme véritable vainqueur de l’élection présidentielle, rien ne sera résolu, on va sombrer dans la crise. Ce qui se passe pour le moment est une bagarre entre deux braqueurs autour du butin de guerre», a-t-il lancé à Sputnik.

Le même constat est partagé par le professeur Mabi Mulumba, ancien Premier ministre et président honoraire de la Cour des comptes. 

Pour lui, la crise actuelle se fonde sur un «conflit entre deux alliés pour prendre le contrôle des institutions clés qui interviennent dans le processus électoral» dans la perspective des prochains scrutins. Il y a une bataille pour contrôler la Cour constitutionnelle et la Commission électorale nationale indépendante (Ceni), note-t-il. Mabi Mulumba n’en doute pas: «Chacun veut tirer la couverture à lui

 «C’est le point de non-retour!»

Dans une déclaration à Sputnik, Alphonse Kwale, professeur de sciences politiques, sociales et administratives à l’université de Kinshasa (Unikin), a noté que le «divorce est consommé» et que Tshisekedi, «connu comme un personnage falot, a pris de l’épaisseur» face à Kabila.

Dans cette bataille, «Tshisekedi a une longueur d’avance car il est soutenu par la population sans être certain d’être en mesure de débaucher les députés» qui «n’auront pas d’autre choix que soutenir le Président, craignant un chômage en cas de dissolution de l’Assemblée nationale».

Il a toutefois rappelé la fragilité de la RDC qui peut basculer dans le chaos si les groupes armés –qui pullulent notamment sur la bande est du pays– ou les forces de sécurité s’ingéraient dans l’actuelle crise.

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Tags:
Assemblée nationale, dissolution, élections, Félix Tshisekedi, Joseph Kabila, République démocratique du Congo (RDC)
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