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Les conséquences du terrorisme en Afrique sont évaluées à 13 milliards de dollars en 2019, soit la moitié de l’impact mondial. Dans un entretien à Sputnik, Kebir Mahamat Abdoulaye, économiste et chercheur associé au Centre des études pour le développement et la prévention de l’extrémisme, explique pourquoi ces chiffres devraient baisser.

Le continent africain est le plus touché au monde par le terrorisme, dont l’impact économique a été estimé à 13 milliards de dollars en 2019, selon l’édition 2020 du Global Terrorism Index. Cette étude est établie par l’Institute for Economics and Peace, un groupe de réflexion mondial, dont le siège est à Sydney, en collaboration avec le Consortium national pour l’étude du terrorisme et des réponses au terrorisme (START) de l’Université du Maryland.

Les conséquences économiques du terrorisme

La part de l’Afrique dans l’impact économique mondial du terrorisme est passée de 3,1% en 2007 à 49,2% en 2019. Désormais, ces conséquences sont multiples, estime Kebir Mahamat Abdoulaye, économiste et chercheur associé au Centre des études pour le développement et la prévention de l’extrémisme.

«L’impact économique du terrorisme se traduit par la baisse du tourisme, de l’exportation et des importations de biens et services, des investissements étrangers, des investissements publics productifs, de l’attractivité du pays.»

Pour l’analyste, le point de départ se trouve en Libye, où la guerre civile avait fait tomber le régime de Kadhafi et avait engendré le terrorisme. Le PIB de cet État s’était alors effondré de 87 milliards de dollars en 2008 à 48 milliards de dollars en 2018, soit une baisse de plus de 40%. 

Instruments politiques

Par ricochet, la crise libyenne a ensuite considérablement affecté l’économie du G5 Sahel (le Tchad, le Niger, le Mali, le Burkina Faso, la Mauritanie), dont l’activité économique était déjà gravement perturbée par les attaques des groupes armés comme Boko Haram, Daech ou AQMI*.

D’après Kebir Mahamat Abdoulaye, pour régler ce déséquilibre sécuritaire, il faut utiliser des instruments politiques avant tout.

«Il faut améliorer la bonne gouvernance, lutter contre la corruption, la pauvreté, l’injustice sociale en Afrique et particulièrement dans la zone Sahel pour enfin encourager les investissements étrangers et booster l’économie. Les causes lointaines du terrorisme en Afrique se trouvent en Irak, en Syrie. Or dans ces pays, l’État islamique a été chassé et détruit.»

Les capacités et potentiels des organisations terroristes sont considérablement affaiblis, d’après le chercheur, et cela est dû aux actions militaires des pays du G5 Sahel avec l’appui des forces militaires occidentales, notamment la France qui se montre très engagée. Ainsi, l’intervention militaire du Tchad en mars dernier a été aussi significative parmi les pays du G5 Sahel.

Un impact qui devrait diminuer

Les conséquences économiques du terrorisme dans le monde sont estimées à 26,4 milliards de dollars en 2019. Mais elles devraient diminuer dans les années à venir, selon Kebir Mahamat Abdoulaye. Le terrorisme est en effet arrivé à «un niveau résiduel grâce aux efforts militaires menés en Afrique et particulièrement en Afrique subsaharienne».

«Le recrutement a diminué dans les milieux défavorisés et les populations africaines rejettent de plus en plus les violences des organisations terroristes. Elles croient de moins en moins à leurs idéologies extrémistes et ont payé de lourds tributs. Les causes lointaines du terrorisme se trouvaient au Proche-Orient, principalement en Irak et en Syrie. Or dans ces pays, l’État islamique principalement* a été vaincu militairement par les forces armées de ces pays et les coalitions internationales.»

Des solutions probables

Le but des organisations internationales comme le G5 Sahel est de stabiliser la situation sécuritaire en poursuivant les efforts militaires pour combattre le terrorisme en Afrique, particulièrement dans la région du Sahel. Mais la bonne gouvernance économique, politique et financière doit se mettre en place, ajoute Kebir Mahamat Abdoulaye.

«Il faut encourager le cadre du dialogue politique et soutenir la démocratie à travers des élections libres, crédibles, transparentes. Mettre en place un plan international d’aides conséquentes, encourager le retour des investissements étrangers et booster la croissance économique pour créer plus d’emploi, lutter contre la pauvreté, améliorer les conditions de vie des populations. Également appuyer les actions de l’ONU ou de l’Union africaine pour le maintien de la paix.»
 
*Organisations terroristes interdites en Russie

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