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La Tunisie devrait commencer à vacciner sa population contre le SARS-CoV-2 à partir du mois d’avril, un accord ayant été trouvé avec le laboratoire Pfizer pour l’achat de 2 millions de doses. Le pays continue de plancher sur une stratégie plus globale.

La première opération de vaccination contre le Covid-19 devrait avoir lieu en Tunisie, au début du deuxième trimestre de l’année prochaine. C’est le ministre de la Santé en personne qui l’a annoncé le mercredi 16 décembre, précisant qu’un accord venait d’être conclu avec le géant pharmaceutique Pfizer pour l’acquisition de 2 millions de doses.

Mais cela ne suffira pas à assurer l’immunité de l’ensemble de la population, plus de 11 millions d’habitants selon les chiffres de l’Institut national des statistiques. Des discussions sont déjà en cours avec d’autres laboratoires pour la fourniture de quatre millions de vaccins supplémentaires, explique à Sputnik Hachemi Louzir, le directeur de l’Institut Pasteur et porte-parole du comité scientifique de lutte contre le Covid-19.

Dans cette course internationale, où chaque pays veut être immunisé avant son voisin, la Tunisie peut compter sur le soutien de la Banque mondiale –par l’intermédiaire de laquelle elle est parvenue à mobiliser 100 millions de dollars– mais aussi de l’ONU, à travers son initiative «Covid-19 Vaccine Global Access» (Covax) qui doit permettre un accès équitable aux vaccins. La Tunisie y participe, selon Hachemi Louzir, à l’instar de 172 autres pays dans le monde. Parce que tous n’ont pas tous les mêmes moyens financiers et matériels, l’Organisation des Nations unies a imaginé une collaboration entre ces États pour favoriser le développement des capacités de fabrication et l’achat de fournitures à l’avance, avec pour objectif la distribution de 2 milliards de doses d’ici à la fin de 2021.

Car il y a urgence. Dans un grand hôpital de Tunis, une pneumologue interrogée par Sputnik décrit l’arrivée d’une nouvelle vague de malades du coronavirus. Alors que la Tunisie avait connu très peu de cas jusqu’au début de l’été 2020, leur nombre a explosé à partir du mois d’août et en ce moment, le pays compte plusieurs dizaines de morts par jour. Au total, à la date du 29 décembre, 4.518 personnes sont décédées du Covid-19.

Une stratégie qui se précise

Mais alors que certains pays ont déjà commencé à vacciner –comme le Canada, l’Arabie saoudite ou encore les États-Unis–, que d’autres –plus proches géographiquement comme le Maroc et de l’Algérie– prévoient une campagne de vaccination imminente, la Tunisie réfléchit toujours à sa stratégie.

«On devrait en connaître les grandes lignes après la semaine du Nouvel An», affirme Hachemi Louzir. Certaines modalités commencent toutefois à se préciser. Le pays se dirige, par exemple, vers une dématérialisation de la prise de rendez-vous, à la manière de ce qui se passe durant les élections, lorsque les Tunisiens ont la possibilité de consulter par SMS leur inscription au bureau de vote.

«On va procéder d’abord à l’enregistrement et les gens devront le faire à distance. Par la suite, ils recevront un message sur leur téléphone avec les informations concernant les sites de vaccination… Notre objectif, c’est la bonne distribution des vaccins sans trop de déplacements», poursuit le directeur de l’Institut Pasteur.

Selon le responsable, au sortir de cette première campagne, 20% de la population sera immunisée. Avec des priorités: les personnes à risque comme les personnes âgées avec comorbidités, mais aussi le personnel soignant. «Ce sera gratuit et sur la base du volontariat. Une autre campagne sera planifiée rapidement pour vacciner 30% de la population et comme ça, on aura atteint les 50% au deuxième trimestre.»

Un flou qui inquiète

Dans les rangs des médecins, l’attente des vaccins et d’une politique claire nourrit les inquiétudes, la peur même. La pneumologue de Tunis s’interroge sur de possibles «effets secondaires» et quant à «l’efficacité des vaccins face aux nouvelles souches». En somme, estime-t-elle, avoir les doses après tout le monde pourrait finalement être avantageux.

«Il y a beaucoup de flou autour de ce vaccin», conclut-elle.

Elle exprime ses craintes face à des produits sur lesquels la communauté scientifique a encore peu de recul. «Les effets à long terme ne sont pas connus», affirme-t-elle. La Tunisie a encore un peu de temps pour balayer les doutes de son personnel médical. Les vaccins doivent lui permettre de sortir de la zone de danger alors que depuis plusieurs mois, l’épidémie est devenue incontrôlable.

«On est passé par une période de stabilisation du nombre de nouveaux cas et de décès. Il y a eu une baisse même trois ou quatre semaines plus tôt et depuis sept jours, on observe une petite reprise. Donc on est dans une situation instable et il faut que l’on continue de faire très attention et d’appliquer les mesures nécessaires pour éviter une circulation importante du virus», rappelle le professeur Hachemi Louzir.

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Pfizer, vaccination, vaccin, coronavirus SARS-CoV-2, Covid-19, Tunisie
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