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La distribution du vaccin russe anti-Covid Spoutnik V dans le monde (15)
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L’Algérie s’est engagée à se répartir avec la Tunisie les premiers lots de Spoutnik V, le vaccin contre le Covid-19 élaboré par le laboratoire russe Gamaleïa. Le directeur de l’Institut Pasteur de Tunis a précisé que toute autre forme de collaboration serait étudiée, notamment un partage du vaccin chinois Sinovac, également commandé par Alger.

La solidarité traditionnelle entre l’Algérie et la Tunisie est plus que jamais de mise en cette période de pandémie de Covid-19.

Mercredi 13 janvier, Othmane Jerandi, le ministre tunisien des Affaires étrangères, a annoncé publiquement la volonté du gouvernement algérien de partager avec la Tunisie le premier lot de vaccin contre le Coronavirus.

«Lors d’une discussion avec mon homologue algérien sur la question des vaccins, il m’a assuré que l’Algérie ne les avait pas encore reçus et que, dès leur livraison, l’Algérie les partagerait avec la Tunisie. C’est un engagement du Président algérien Abdelmadjid Tebboune à son ministre et cela atteste de la solidité des liens qui unissent nos deux pays», a affirmé Othmane Jerandi au sortir d’une réunion avec le chef de l’État tunisien Kaïs Saïed.

«La Tunisie, l'Algérie ou le Maroc sont un seul pays»

À Alger, l’information a été confirmée par le ministre de la Santé Abderrahmane Benbouzid. Selon lui, cet engagement entre dans le cadre de la solidarité inter-maghrébine.

«La demande de la Tunisie sera étudiée par le gouvernement et lorsque nous aurons le vaccin, nous le partagerons avec la Tunisie ou un autre pays. La Tunisie, l'Algérie ou le Maroc sont un seul pays, et c'est notre nature de partager en tant qu'Algériens et musulmans. Un jour, peut-être, l'Algérie aura besoin de l'aide des Tunisiens», a-t-il déclaré.

Côté tunisien, le porte-parole du comité scientifique de lutte contre le Covid-19 a confirmé les propos du ministre des Affaires étrangères tunisien. 

Dans une déclaration à Sputnik, le docteur Hechmi Louzir, qui est également le directeur général de l’Institut Pasteur de Tunis et porte-parole du Comité scientifique, a souligné que l’engagement des autorités algériennes concernait le partage du premier lot de vaccins Sputnik V du laboratoire russe Gamaleïa.

«Je confirme les efforts diplomatiques déployés par la Tunisie, sur instructions du Président de la République. Dans le cadre de l’acquisition du vaccin Spoutnik V, il a instruit le ministre des Affaires étrangères de la possibilité d’avoir une commande commune avec l’Algérie afin d’augmenter les doses.»

«Cela entre dans le cadre de la solidarité entre pays voisins», poursuit le docteur Louzir.

Pour ce qui est du calendrier de livraison des premières doses de Spoutnik V, le directeur général de l’Institut Pasteur de Tunis a reconnu ne pas avoir de date précise. «Pour l’heure, nous ne savons pas comment cela va se faire car nous sommes aussi en négociation avec le laboratoire russe. Il y a des possibilités pour que les premières livraisons arrivent au cours du mois de février», estime-t-il.

«Nous ne savons pas encore si les doses transiteront par l’Algérie où si elles viendront directement en Tunisie. L’esprit est là, nous avons sollicité les Russes et si nos frères algériens ont des contacts plus solides, ils pourront soutenir notre demande afin d’avoir le vaccin le plus rapidement possible», ajoute le spécialiste en immunologie.

Sinovac se positionne

À vrai dire, pour ce qui est de la première livraison, Alger n’a pas plus de visibilité. Dans un communiqué adressé à l’agence de presse officielle APS mardi 12 janvier, le ministère de la Santé s’est contenté d’indiquer que «l’arrivée du vaccin est programmée pour le mois en cours» et qu’il s'engageait à «informer les citoyens dès sa réception».

L’Algérie a également annoncé son intention d’importer un autre vaccin contre le Covid-19 produit en Chine. Une information rendue publique par Ammar Belhimer, le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, au terme d’une réunion des membres de l’exécutif qui s’est tenue le 13 janvier.

Le choix pourrait se porter sur le vaccin développé par Sinovac. Le 7 janvier, cette entreprise a déposé une offre officielle auprès de l’ambassade d’Algérie à Pékin. Dans cette correspondance, le laboratoire chinois fait part de la possibilité de livrer jusqu’à 15 millions de doses de son vaccin. Le premier lot comprendrait entre 5 et 6 millions de doses. Pour Hechmi Louzir, la Tunisie est aussi susceptible d’être intéressée par ce vaccin dans le cadre d’une acquisition algérienne.

«Nous sommes également prêts à partager avec l’Algérie une quantité de doses du vaccin chinois. Nous sommes en contact avec le laboratoire Sinovac et nous avons d’ailleurs reçu la visite de leur représentant», note le directeur de l’Institut Pasteur.

Même si elle a été largement saluée sur les réseaux sociaux, l’initiative algérienne a également fait grincer des dents car perçue comme une forme d’«humiliation» par certains.

L’Algérie s’engage à partager ses vaccins avec la Tunisie. Comme vous adorez être humiliés!

Mais pour les autorités des deux pays, la priorité reste l’acquisition des vaccins dans les délais les plus courts pour débuter les campagnes de vaccination.

«Aucun principe de sélection»

La Tunisie a également commandé auprès du consortium Pfizer Biontec deux millions de doses de vaccins à ARN messager. Le docteur Hechmi Louzir a indiqué que ce vaccin de dernière génération ne serait pas destiné à une catégorie spécifique de la population.

«Il n’y a pas de principe de sélection des différentes catégories de la population par rapport à chaque type de vaccin. Le premier vaccin qui arriva ira aux catégories prioritaires (personnes âgées, personnel médical…). Pour ce qui est du vaccin Pfizer Biontec, dont la Tunisie a commandé 2 millions de doses, tous les aspects logistiques sont pris en considération. Il est important de préciser que le vaccin sera livré par Pfizer directement dans les centres de vaccination», insiste-t-il.

Les doses seront donc livrées à une température de -80° sous la responsabilité du laboratoire Pfizer. «Sur place, en fonction de notre logistique, elles seront conservées à -80° ou alors maintenues à +4° pour être utilisées durant les cinq jours qui suivent

De son côté, le docteur Abdellatif Mekki, ancien ministre tunisien de la Santé publique, estime que les autorités sanitaires sont parfaitement aptes à mener une campagne pour vacciner l’ensemble de la population du pays.   

«La Tunisie est une terre de médecine, nous avons une expérience très respectable en matière de médecine préventive. Nos programmes de vaccination ont toujours réussi. Notre pays est sain de plusieurs maladies microbiennes. Il suffit de fournir le vaccin et les personnels de santé pourront vacciner des centaines de milliers, voire des millions, de personnes dans un temps raisonnable», affirme-t-il à Sputnik.

Abdellatif Mekki, qui a eu à gérer la pandémie de Covid-19 de février à juillet 2020, souligne que «notre carte sanitaire est bien établie sur l’ensemble du pays, donc il est possible d’atteindre tous les citoyens rapidement et efficacement».

Ancien ministre membre du gouvernement Ennahda, il estime que son successeur et ses équipes ont bien géré le dossier du vaccin contre le Coronavirus. «Le changement d’un gouvernement durant une crise n’est pas conseillé, mais je pense que le travail scientifique qui a été engagé par l’équipe chargée du vaccin contre le Covid-19 n’a pas été affecté par le changement de ministre.»

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Spoutnik V (vaccin contre le Covid-19), Covid-19, vaccin, Tunisie, Algérie
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