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Mahamat Kamoun, président de la Coalition d’opposition démocratique et ex-Premier ministre de la Centrafrique, explique dans un entretien à Sputnik pourquoi il appelle à l’annulation des résultats de l'élection présidentielle, évoquant de nouveau des «fraudes massives».

Sputnik: La Cour constitutionnelle a proclamé hier la victoire de Faustin-Archange Touadéra. Pourquoi qualifiez-vous cette décision de «politique»?

Mahamat Kamoun: En ce qui concerne la Coalition d’opposition démocratique COD-2020, bien que reconnaissant le caractère insusceptible de recours de la décision de la Cour constitutionnelle, nous avons pensé que nous ne pouvons pas nous taire quant à notre vision de cette décision.
Dans un premier temps, la cour a commencé par se justifier, expliquant ne pas avoir reçu de pression de la part de qui que ce soit, alors que dans les recours qui lui ont été adressés, personne ne l’a accusée de recevoir de pression. Au lieu de se justifier, elle aurait dû examiner uniquement les questions qui sont contenues dans les recours des candidats.

Face aux innombrables irrégularités et fraudes qui ont émaillé ces élections, les recours de 13 candidats, dont 10 regroupés, ont été introduits. Ils étaient accompagnés par des éléments de preuve. Malheureusement la cour n’en a pas tenu compte, quand bien même certaines preuves sont en violation flagrante des dispositions du Code électoral. Toutes ces preuves ont été rejetées, la Cour a botté en touche.

De plus, la Cour constitutionnelle a fait abstraction du faible taux de participation et de la non-prise en compte du droit de vote de la majorité des Centrafricains, qui représente 65% du Code électoral.

Enfin, en rendant sa décision, la cour a expliqué qu’il y a eu une détermination du peuple qui a bravé l’insécurité au péril de sa vie pour aller voter, et donc annuler l’élection présidentielle reviendrait à donner raison aux groupes armés et aux autres ennemis de la nation qui ont voulu empêcher ce scrutin.

En se basant sur ces éléments-là plutôt que sur les dispositions du Code électoral, il nous semble que la motivation de la décision est plus politique que juridique.

Sputnik: Dans son discours de victoire, Faustin-Archange Touadéra a déclaré tendre la main à l’opposition démocratique. Estimez-vous que l’opposition avait de réelles chances dans cette course électorale?

Mahamat Kamoun: Nous ne croyons pas à cette politique de main tendue du Président Touadéra. Dans son discours, il faisait bien plus allusion aux groupes armés avec lesquels, durant les cinq années de son premier mandat, il a dialogué et signé un accord politique pour la paix et la réconciliation, communément appelé PPR, l’accord de Khartoum. Mais il n’a pas fait mention de la classe politique, et surtout, durant tout son mandat, il n’a jamais établi le dialogue avec les autres forces politiques. Ce que toutes les forces vives de la nation appelaient pourtant de leurs vœux. Donc pour nous cet appel n’est pas sincère. Nous ne croyons pas à son engagement.

Et oui, l’opposition avait de vraies chances, elle s’est organisée. Mais surtout, l’impopularité de Touadéra, son bilan négatif à la tête de notre pays pendant cinq ans, et l’échec de la poursuite de la politique de réconciliation nationale, nous donne de bonnes raisons pour comprendre que, si ces élections, même sur la base de 60% de l’électorat, avaient été libres, justes et transparentes, le Président Touadéra ne pouvait pas gagner.
Malheureusement, a été mis en place tout un dispositif de fraudes massives, d’intimidations, avec l’implication de toutes les autorités locales dans les zones où se déroulait l’élection afin de favoriser la réélection de Touadéra.

L’opposition avait plus de chances parce que le peuple centrafricain avait soif de changement. Durant ces cinq dernières années, le peuple centrafricain a connu tous les problèmes du monde. Notre pays est passé dans une situation d’insécurité généralisée où les groupes armés contrôlent 85% du territoire national, la population végète dans l’extrême urgence alimentaire et le chômage, notamment des jeunes, est devenu endémique.

Pour toutes ces raisons, nous pensons que l’opposition avait de réelles chances pour réaliser l’alternance dans notre pays.

Sputnik: Comment comptez-vous continuer votre activité politique en Centrafrique? Quels sont vos objectifs et vos plans?

Mahamat Kamoun: La COD-2020, qui regroupe une quinzaine de partis politiques, est sortie plus que jamais unie, forte et déterminée dans ses revendications et dans ses objectifs suite à ce hold-up électoral. Quant aux objectifs, nous continuerons à mener le combat pour la préservation des acquis démocratiques dans notre pays, en exigeant l’annulation et la reprise de ces élections. L’objectif commun c’est d’arriver à l’organisation d’élections libres, transparentes et démocratiques, et de promouvoir la vraie démocratie, son enracinement en RCA.

Nous allons développer et mettre en place un plan d’action afin d’atteindre notre but commun, qui est l’obtention de l’alternance politique en RCA.

Nous pensons que la RCA va entrer dans une impasse politique et sécuritaire. Nous réclamons une concertation nationale, de toutes les forces, pour que chacun puisse vider son sac et faire des propositions. Même avec les groupes armés, avec qui on nous accuse faussement de connivence. Toutes les forces doivent participer. 

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