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Au Bénin, le Président Patrice Talon met fin au suspense et confirme sa candidature au scrutin du mois d’avril. Celui qui avait été élu en 2016 sur la promesse de ne faire qu’un seul mandat en brigue finalement un deuxième sous le signe du renouveau. Avec le spectre d’une victoire éclair sur l’opposition.

L’ombre du doute qui subsistait sur les intentions du Président béninois de rempiler à la magistrature suprême vient d’être définitivement dissipée. Point de mandat unique, ainsi, pour Patrice Talon. Il ne passera pas la main au terme de ce mandat qui ne devait, initialement, que lui permettre de «rompre» avec le passé.

Le 15 janvier dernier, à Adjohoun dans la vallée de l’Ouémé (sud du pays), le candidat de la «rupture» de 2016 a revêtu les habits du candidat du «renouveau» pour annoncer qu’il briguait un deuxième mandat à la tête du pays.

«La bonne gouvernance nous a permis d’avoir de la richesse pour commencer à construire notre pays sérieusement […]. Pour ma part, je resterai dans l’action permettant de renforcer la bonne gouvernance. Je serai candidat à cause de ça […]. Rien qu’à cause de ça», a clamé le Président devant un auditoire acquis.

La bonne gouvernance, qui aurait marqué son premier mandat, est «un nouvel acquis désormais impératif qui vient compléter la démocratie et les libertés pour faire des Béninois un peuple digne».

Patrice Talon tenait ce discours dans le cadre d’une tournée nationale entamée en novembre dernier et que beaucoup avaient assimilée à une précampagne électorale.

Promesse électorale

Cette annonce va à contre-pied des engagements pris cinq ans plus tôt, quand il se présentait pour la première fois au suffrage universel.

Celui qui se revendiquait, à l’époque, comme le candidat de la rupture avec le pouvoir de Boni Yayi avait battu campagne sur la promesse de ne briguer qu’un seul mandat à la tête du Bénin.

«Je ferai de mon mandat unique une exigence morale en exerçant le pouvoir d’État avec dignité et simplicité. Je m’acquitterai de mes devoirs de Président de la République avec humilité, abnégation et sacrifice pour le bien-être de tous», affirmait-il encore le jour de son investiture dans un discours inaugural.

Plusieurs médias locaux, à l’exemple du site Banouto, se sont fait un plaisir d’exhumer cet extrait de leurs archives au lendemain de la déclaration de candidature du Président Talon, comme pour lui rappeler cet engagement.

Une présidentielle sans challenger sérieux

Pour l’opposition béninoise, qui l’accuse depuis plusieurs mois de «dérives autoritaires» et de restreindre les libertés, le Président Talon a clairement renié ses promesses.

Donklam Abalo, porte-parole de l’Union sociale libérale (USL), la formation politique de l’opposant Sébastien Ajavon, réfugié en France depuis 2018, n’en est pas surpris.

«Patrice Talon n’a jamais voulu faire un mandat unique. Autrement, il aurait inscrit cela dans la Constitution révisée violemment et indécemment par son Assemblée nationale illégitime. Donc nous assistons à la mise en œuvre d’une vaste conspiration qui montre à quel point le Président n’a pas de parole», a-t-il déclaré à Sputnik.

C’est dans cette même logique, poursuit-il sur un ton accusateur, que le chef de l’État a poussé à l’exil ses adversaires les plus sérieux à ce scrutin. Plusieurs personnalités ont en effet été contraintes de quitter le territoire béninois pour se réfugier en France.

Il s’agit de Sébastien Ajavon, le président de l’USL et homme d’affaires condamné en 2018 à 20 ans de prison dans un dossier de stupéfiants. Komi Koutché, l’ancien ministre d’État chargé de l’Économie, s’est vu infliger en avril 2020 une peine de 20 ans de réclusion criminelle dans le cadre de l’affaire dite de «mauvaise gestion et détournement du Fonds national de microfinance (FNM)». Lehady Soglo, enfin, ex-maire de Cotonu (et fils de l’ancien Président Nicéphore Soglo), a également écopé en juillet de la même année de 10 ans de prison pour des faits d’abus de fonction.

«Ce qui est indécent, c’est que le Président ait le droit de se présenter au scrutin alors qu’il a fait édicter des règles qui empêchent d’autres de concourir à cette élection. Aujourd’hui, au Bénin, Patrice Talon ne battra aucun opposant sérieux, et il le sait. Sinon, pourquoi malgré le bilan dont il se targue, ne veut-il pas aller au suffrage populaire avec des compétiteurs sérieux?», poursuit-il.

S’il y a peu de chances que Talon se retrouve face à un adversaire d’envergure, c’est aussi que la Constitution exige désormais de tout candidat à la présidentielle un parrainage de 10% des élus (nationaux et/ou locaux). Or, après avoir choisi de boycotter les législatives de 2019, l’opposition n’a aucun siège à l’Assemblée nationale. De même, elle ne compte dans ses rangs que quelques maires sur les 77 communes du pays.

De son côté, le pouvoir assure que ses élus sont libres de parrainer le candidat de leur choix. Mais beaucoup d’observateurs excluent que l’onction des députés de la majorité se porte sur un adversaire farouche à Talon. Ce qui rend l’hypothèse du coup KO dès le premier tour plausible, à l’image des prouesses présidentielles ivoirienne et guinéenne de 2020, fortement décriées au demeurant par leurs oppositions respectives. Une opinion que partage Joseph Koba Kossi, chercheur au Centre pour la gouvernance démocratique et la prévention des crises (CGDPC) basé à Lomé.

«On peut le dire sans risquer de se tromper: le Président Patrice Talon s’assure déjà une victoire au premier tour de la prochaine présidentielle. Cette victoire sera le résultat non seulement des réformes récentes mettant en difficulté les partis politiques d’opposition, mais aussi et surtout de l’inféodation des institutions de la République aux desiderata du chef de l’État. C’est le cas, notamment, de la Commission électorale nationale autonome (CENA) et du Conseil constitutionnel qui semblent être acquis au Président», explique-t-il.

Les partisans du Président sont les premiers à être convaincus de leur victoire. Les plus jeunes s’activent déjà sur les réseaux sociaux, notamment avec l’initiative «KO pour Talon 2021».

Objectif: arriver à mobiliser la population béninoise derrière leur candidat dans les 77 communes du pays. Ils disposent de moins de trois mois pour y parvenir.

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Tags:
opposition, élection présidentielle, Patrice Talon, Bénin
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