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«La dépréciation de la valeur du dinar par rapport à l’euro et au dollar aura pour conséquence directe un renchérissement des biens importés, [notamment] ceux destinés à la consommation», informe TSA citant un économiste algérien. Selon ce dernier, bien que nécessaire, cette mesure doit être accompagnée par d’autres afin d’être efficace.

Lors d’un entretien accordé au site d’information Tout sur l’Algérie (TSA), le professeur Brahim Guendouzi, enseignant-chercheur en économie à l’université de Tizi Ouzou, prédit une importante augmentation des prix des produits alimentaires, conséquence de la dépréciation de la monnaie nationale décidée par le gouvernement. Bien qu’il admette le bienfondé de cette mesure, il affirme qu’elle «est insuffisante à elle seule» pour faire face à la crise.

«La dépréciation de la valeur du dinar par rapport à l’euro et au dollar aura pour conséquence directe un renchérissement des biens importés, [notamment, ndlr] ceux destinés à la consommation», déclare le professeur Guendouzi. «Il faut s’attendre à une hausse généralisée des prix tant l’économie algérienne est fortement dépendante des importations», avertit-il.

«Le taux de change, la variable d’ajustement»

Le dinar algérien, qui s’échange actuellement à 161 dinars pour un euro, continue sa chute après une dépréciation de 20% en 2020.

Pour expliquer la nécessité de la mesure prise par l’exécutif, l’économiste rappelle que «depuis 2018, la valeur du dinar algérien était surévaluée corrélativement au double déficit de la balance des paiements et du budget de l’État».

Ainsi, l’aggravation de ces deux déficits dans le contexte de la crise du Covid-19 a fait de la modification à la baisse du taux de change «la variable d’ajustement la plus évidente, et il fallait s’y attendre, pour pouvoir parer au plus urgent face à la dégradation de la situation des finances publiques et au recul du niveau des réserves de change».

Par ailleurs, le professeur Guendouzi avertit que «la dépréciation de la valeur du dinar est insuffisante à elle seule pour faire face à une situation économique qui devient de plus en plus intenable». «Aussi, est-il nécessaire d’envisager d’autres mesures d’ajustement pour maintenir un tant soit peu les équilibres macroéconomiques du pays».

Que faire?

En effet, l’ancien ministre algérien du Trésor Ali Benouari (1991-1992) propose une forte dévaluation de la monnaie de 50%, mais dans le cadre d’un plan de neuf mesures financières et économiques à même de remettre le pays sur la voie de la croissance.

Dans un article publié le 16 avril dans le journal Le Soir d’Algérie intitulé «Crise économique: rompre impérativement avec les méthodes de gestion du passé», il explique que cette mesure «pourrait annihiler l’effet de la chute de 50% du prix du pétrole, [et] aidera aussi, en les renchérissant de 50%, à réduire les importations, et ce sans intervention administrative».

Outre la dépréciation de la monnaie, il plaide aussi pour la «taxation des grosses fortunes et l’exonération d’impôt des petits revenus et des start-up», «la confiscation des biens de tous les oligarques qui ont été condamnés et la récupération par le Trésor public de tous leurs avoirs détenus illégalement à l’étranger», ainsi que le changement de tous les billets de banque et la taxation à 30% des fortunes circulant dans le marché informel.

Dans le même sens, il appelle à imposer aux citoyens résidents fiscaux en Algérie la déclaration de leurs biens à l’étranger afin de les taxer comme des fortunes non déclarées et qui se trouvent en Algérie. De plus, il prône la révision du système actuel des subventions qui, selon lui, ne profite qu’aux riches.

Rediriger l’argent vers le secteur productif

En plus des mesures financières, M.Benouari estime qu’il est nécessaire de passer au peigne fin les budgets annuels des différents ministères en encourageant les secteurs productifs industriel, agricole et agroalimentaire.

Ainsi, il appelle à baisser les budgets des ministères de l’Intérieur et de la Défense «dans les limites imposées par les exigences de la sécurité nationale». Les budgets de la présidence de la République et du ministère des Moudjahidine (Anciens combattants) doivent également être réduits, juge l’ex-ministre qui dénonce le fait que ces quatre institutions «consomment près de 40% du total du budget de fonctionnement, laissant aux secteurs productifs une part dérisoire».

Il suggère également de maintenir les réserves de change à 50 milliards de dollars et de n’importer que ce qui est essentiel.

Enfin, il juge que les accords de libre-échange avec l’Union européenne et les pays arabes, qui ont contribué à détruire la production nationale sans apporter aucun avantage, doivent être suspendus.

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Tags:
Algérie, inflation, hyperinflation, crise financière, crise économique
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