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Dans le contexte de la situation tendue au Sahara occidental, Macron a téléphoné dimanche 24 janvier à ses homologues algérien et marocain. Ces appels suscitent plusieurs interprétations en matière de changements régionaux et internationaux. Deux hypothèses sont avancées.

Dimanche 24 janvier, Emmanuel Macron s’est entretenu par téléphone avec le Président algérien et le roi du Maroc. Ces entretiens sont intervenus au lendemain de l’attaque menée samedi 23 janvier par l’armée sahraouie contre les Forces armées royales (FAR) marocaines stationnées au passage frontalier de Guerguerat.

L’escalade militaire entre le Front Polisario, soutenu par l’Algérie, et le Maroc le long du mur de séparation, va crescendo, notamment après la décision du Président de la République arabe sahraouie démocratique (RASD) Ibrahim Ghali de mettre fin à l’engagement du respect de l’accord de cessez-le-feu avec le royaume chérifien signé en 1991 sous les auspices de l’Onu. Cette décision fait suite à l’intervention le 13 novembre de l’armée marocaine pour prendre le contrôle du passage de Guerguerat.

Ainsi, se pose la question: en appelant le même jour Abdelmadjid Tebboune et le roi Mohammed VI, que cherchait à obtenir Emmanuel Macron de l’Algérie et du Maroc?

Deux hypothèses

Pour le site d’information marocain Yabiladi, le chef de l’État français aurait tenté une médiation entre Alger et Rabat afin de calmer la situation au Sahara occidental.

Le média fait référence au communiqué de la présidence de la République algérienne qui indique que lors de leur entretien, Macron et Tebboune ont convenu «de travailler ensemble sur des dossiers d'intérêt commun, notamment sur les enjeux économiques [et] régionaux».

Par ailleurs, les derniers bouleversements dans le monde arabe sous l’impulsion de Donald Trump laissent penser que le Président a également cherché à repositionner la France au Maghreb et en Afrique à la lumière du nouveau contexte marqué par les accords de normalisation entre Israël, le Maroc, Bahreïn, les Émirats arabes unis et le Soudan.

Des enjeux géostratégiques

Dans un article publié par le site d’information marocain Hespress, le Dr Mustapha Grine, président de l’observatoire National de Justice Sociale (ONJS) au Maroc, explique que la France est le plus grand perdant dans l’accord de normalisation entre le Maroc et Israël. En effet, elle a perdu de son influence au Proche-Orient sous les coups notamment de l’alliance israélo-américaine et de l’Otan. Elle aura du mal, selon lui, à encaisser l’arrivée d’Israël, des États-Unis et des monarchies du Golfe, notamment des Émirats arabes unis, au Maroc, un pays qu’elle considérait comme sa chasse gardée.

«La France […] est directement concernée par le cours des événements, en raison de sa position restée jusqu’ici prépondérante et de son engagement politique, économique et culturel au Maroc et dans la région en général», écrit le Dr Grine, soulignant que cette nouvelle dynamique semble «avoir généré une grande stupeur à Paris et risque fort de mettre en péril les intérêts de nos partenaires français».

«Ceci risque de coûter cher à la France»

Ainsi il s’agit de se positionner sur l’échiquier maghrébin en particulier et africain en général. Le fait est qu’avec une Libye qui n’arrive pas encore à sortir de la guerre civile les deux partenaires majeurs qui restent à la France sont le Maroc et l’Algérie.

Si le Maroc a fait le choix de se positionner en arbitre des intérêts contradictoires, notamment entre Washington, Paris, Pékin, Tel Aviv et les monarchies du Golfe pour devenir le hub de la Route de la soie chinoise vers l’Afrique, l’Algérie a intérêt à tirer également profit de cette situation.

En effet, en tant qu’alliée stratégique de Moscou elle a tout à gagner en s’érigeant également en arbitre des intérêts contradictoires sur son territoire notamment ceux des États-Unis et donc de l’Otan, de l’Europe avec à sa tête la France, de la Russie et de la Chine.

Commentant l’activité diplomatique française envers l’Algérie, le Dr Grine estime que «tout ce scénario, très mal fait d’ailleurs, viserait finalement à nuire et essayer de plier le Maroc afin de le dissuader de diversifier ses relations internationales et le maintenir sous "protectorat" non déclaré, sauf que ceci risque de coûter encore une fois cher à la France».

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Tags:
relations diplomatiques, relations bilatérales, Maroc, Algérie, France
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