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À moins de deux semaines du deuxième tour de la présidentielle au Niger, les deux finalistes ont désormais leurs alliés. Le candidat du parti au pouvoir s’est notamment assuré du soutien de ceux qui sont arrivés troisième et quatrième au premier scrutin. Assez pour réussir à succéder au Président Mahamadou Issoufou?

Qui de Mohamed Bazoum et de Mahamane Ousmane sera le nouveau locataire du palais présidentiel de Niamey? Le premier, défini comme un sécurocrate depuis son mandat accompli à la tête du ministère de l’Intérieur, bénéficie de l’onction du Président sortant Issoufou Mahamadou, dont il est le dauphin. À ce titre, et aux yeux des électeurs, il en assume le bilan personnel à la tête du pays ainsi que celui du Parti nigérien pour la démocratie et le socialisme (PNDS, au pouvoir). De l’autre côté, Mahamane Ousmane est le candidat du Renouveau démocratique et républicain (RDR, opposition). C’est un ancien Président et de ce fait, un candidat du passé mais qui n’incarne pas moins la rupture.

Tous deux sont arrivés en tête au premier tour qui s’est tenu le 27 décembre, avec 39,33 % des voix pour Mohamed Bazoum et 16,99% pour Mahamane Ousmane. Ils ont officiellement lancé, dimanche 7 février, leur campagne pour le second tour de la présidentielle prévu pour le 21 février. Une opération de charme pour convaincre les plus indécis qui va se poursuivre pendant deux semaines.

En quête d’alliances

Mahamane Ousmane et son équipe de campagne ont opté pour Tillabéri, dans le sud-ouest du pays, pour lancer «la mobilisation pour la victoire finale»! Le choix de cette zone est stratégique pour l’opposition, c’est là que des attaques terroristes ont causé la mort, début janvier, de plus de 105 civils et provoqué des milliers de déplacés.

L’ancien Président du Niger a réaffirmé dans son discours cité par Lesahel, un média local en ligne, sa détermination à «juguler l’insécurité et le terrorisme sous toutes ses formes» dans l’intérêt de toute la nation nigérienne une fois qu’il reviendrait au pouvoir.

Le camp Bazoum a choisi quant à lui le Centre international de conférences Mahatma Gandhi de Niamey pour donner le coup d’envoi de sa campagne«Le défi, c’est de nous mettre ensemble et de travailler dans une synergie très forte, je sais que je peux compter, à cet effet, sur la perspicacité et l’engagement des leaders», affirmait Mohamed Bazoum, cité par Actuniger, un site local d’information.

Cette «synergie très forte» dont se prévaut le dauphin désigné du Président sortant Mahamadou Issoufou puise sa source dans le soutien qu’il a reçu de onze candidats au premier tour qui avaient alors totalisé 26,51% des suffrages exprimés.

Un avantage numérique à Mohamed Bazoum. Son adversaire de l’opposition Mahamane Ousmane n’a bénéficié, lui, que du ralliement de cinq candidats totalisant de leur côté quelque 10,67% des voix.

«Le report des voix n’est pas automatique»

Le résultat de cette addition sonne déjà comme une victoire pour le camp du parti au pouvoir. Foli Dométo Foly, chef des départements des Sciences juridiques et politiques de l’Université catholique de l’Afrique de l’Ouest abonde dans le même sens. Interrogé par Sputnik, il affirme que ces ralliements prouvent que le triomphe de Mohamed Bazoum sera sans appel.

«Ses chances de gagner sont plus que renforcées. À la base, il y avait 20 points de différence entre lui et son challengeur. Son parti est le mieux implanté de tout le pays, comme le prouvent d’ailleurs ses 50% de députés à l’Assemblée nationale. Avec le ralliement des troisième et quatrième candidats, et même si le report des voix n’est pas automatique, la chance est du côté de Mohamed Bazoum», a indiqué Foli Dométo Foly.

Issoufou Yahaya, enseignant d’histoire et des sciences politiques à l’université Abdou Moumouni de Niamey au Niger, est plus nuancé. Interrogé par Sputnik, il affirme qu’il suffit à l’opposition de mieux mobiliser dans les zones nomades, qui ont été favorables au candidat du parti au pouvoir lors du premier tour, et dans les territoires urbains, où de nombreux citoyens nigériens ne sont pas allés voter, pour renverser l’équilibre et même gagner le scrutin

«Si au second tour, l’opposition arrive à mobiliser les citoyens indécis et que le vote est conforme aux suffrages exprimés, il sortira des urnes le vrai Président que les Nigériens auront choisi. Cela pourrait être Bazoum comme cela pourrait être Mahamane. De mon point de vue, les deux ont les mêmes chances», soutient-il.

Pour l’heure, la campagne se déroule dans le calme, à l’image de tout le processus électoral d’ailleurs. Un processus suivi de près par toute la sous-région ouest-africaine qui voudrait voir l’expérience démocratique se consolider dans ce pays qui a connu de nombreux coups d’État depuis son indépendance le 18 décembre 1958.

Mahamane Ousmane, qui tente à nouveau de retrouver le fauteuil présidentiel dans un face-à-face avec Mohamed Bazoun, a été victime de l’un de ces putschs trois ans seulement après son élection en 1996. Il était le premier chef d’État démocratiquement élu du Niger en 1993.

Mahamadou Issoufou, arrivé au pouvoir en 2011, est donc jusqu’à présent le seul Président du Niger à parvenir au terme de son mandat. Et il est aussi le tout premier civil de l’histoire politique du pays à préparer une transmission à un autre civil depuis l’indépendance nationale.

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Tags:
Niger, élection présidentielle, second tour, campagne présidentielle
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