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D’après le classement 2020 de The Economist Intelligence Unit rendu public en février, la démocratie a fortement reculé dans le monde, et particulièrement en Afrique subsaharienne. Sur 50 pays africains, quatre États de la sous-région Afrique centrale occupent les derniers rangs et leur régime est considéré comme autoritaire. Décryptage.

Pourquoi l’Afrique centrale a-t-elle maille à partir avec la démocratie? Dans son rapport 2020 sur l’état de la démocratie dans le monde, The Economist Intelligence Unit (EUI), think tank britannique, fait état d’un recul de la démocratie, et plus particulièrement en Afrique subsaharienne. Le score de la région est passé à 4,16 en 2020 contre 4,26 en 2018, la plus faible moyenne depuis 2006.

Le classement de l’EUI est calculé selon 60 critères regroupés en cinq catégories d’évaluation: processus électoral et pluralisme, libertés civiques, fonctionnement du gouvernement, participation politique et culture politique. Les pays sont répartis en quatre types de régimes –«pleine démocratie», «démocratie imparfaite», «régime hybride» et «régime autoritaire».

Sur 50 États africains, quatre nations de l’Afrique centrale –la Guinée équatoriale, le Tchad, la République centrafricaine (RCA) et la République démocratique du Congo (RDC)– occupent les quatre dernières marches du classement et sont considérées comme étant des «régimes autoritaires». Sur le plan international, ces pays sont respectivement 160e, 163e, 165e et 166e sur 167 États.

Le Cameroun, qui fait partie de cette sous-région, occupe la 40e place du classement africain et 142e mondial.  

L’Afrique centrale, mauvais élève 

Cette année, le recul de la démocratie sur le continent africain en général est essentiellement dû à la situation sécuritaire, qui s’est détériorée dans plusieurs États, et à la pandémie de Covid-19.  Mais les pays d’Afrique centrale sont néanmoins coutumiers des dernières places dans ce classement. Déjà en 2019, la Guinée équatoriale, le Tchad, la Centrafrique et la RDC étaient logés à la même enseigne.

Qu’est-ce qui pourrait expliquer ce statu quo? Aristide Mono, enseignant des sciences politiques à l’université de Yaoundé 2, évoque plusieurs facteurs. Pour lui, dans plusieurs des pays de la sous-région, «la gestion de l’État repose encore sur les piliers de l’essor de la colonisation, à savoir la prédation des ressources, la répression des libertés, le clientélisme, le néopatrimonialisme et la provocation des tensions intercommunautaires pour casser toute action solidaire du peuple en vue d’une bonne gestion du pays».

«Les conséquences de ces tares sont flagrantes, perceptibles sur le terrain avec des crises postélectorales permanentes, les brimades des oppositions politiques, la haute corruption dans des proportions inquiétantes, les déficits de mise en œuvre des politiques publiques, la vulgarisation des conflits armés internes et le taux de pauvreté ou d’insécurité alimentaire très préoccupant», explique l’analyste au micro de Sputnik.

Sur le terrain des libertés individuelles et des droits de l’Homme, Hilaire Kamga, expert des questions de droits de l’Homme, souligne que le recul de la démocratie en Afrique centrale est également imputable à la violation des libertés fondamentales et civiles par le tremplin de cadres juridiques ambigus.

«Dans la plupart des pays d’Afrique centrale, on a davantage de démocratures que de démocraties.»

«C’est-à-dire des régimes qui ont instauré des cadres juridiques qui prédisposeraient à la démocratie, mais quand on y regarde de plus près, on constate que ce cadre juridique consacre et concentre l’ensemble des pouvoirs entre les mains d’un même individu ou d’un même clan. Et ce clan se donne des libertés sur les libertés fondamentales et donc sur les libertés civiles», précise-t-il.

Le défi de l’alternance au pouvoir

Des entraves à la liberté et à la démocratie qui ont fini par transformer les Républiques en monarchies, pour cet analyste, sonnant le glas de l’alternance à la tête d’un pays.

Ici, l’accession au pouvoir par les urnes au terme d’un processus électoral libre, transparent, démocratique et inclusif ne semble pas être la valeur la mieux partagée. Au Cameroun, Paul Biya, 88 ans, poursuit sa 38e année de règne, au Tchad voisin, Idriss Deby tente de briguer son sixième mandat et Théodoro Obiang Nguéma, de la Guinée équatoriale, trône quant à lui à la tête de son pays depuis 1979. La RCA demeure déchirée par une interminable crise interne. Pour Aristide Mono, si l’alternance au pouvoir n’est pas toujours gage de saut qualitatif en matière de bonne gestion d’un État, les longévités à la tête des pays en Afrique centrale sont improductives et source de nombreuses frustrations qu’expriment les différentes formes de contestation.

«On affaire à l’éternisation à la tête des États d’officiants improductifs, cloîtrés dans une routine improductive et asphyxiant toute tentative ou tout projet de changement positif […].  Et ces systèmes politiques sont loin de sortir de ces ordres éternitaires puisqu’ils s’attellent tous aujourd’hui à survivre aux Présidents en exercice à travers une fidèle reproduction (dauphinat) par le biais d’héritiers purs (les enfants des Présidents) ou impurs (fils spirituels/poulains)», conclut l’analyste.

Si désormais, plus de la moitié des pays de la région subsaharienne sont considérés comme des régimes autoritaires, un État a quand même trouvé sa place dans la catégorie «pleine démocratie», comme les années précédentes, il s’agit de l’île Maurice. Parmi les meilleures performances africaines subsahariennes dans le classement EUI, le pays est suivi du Cap-Vert et du Botswana dans le trio de tête.

Pour rappel, l’indice de la démocratie de l’Economist Intelligence Unit donne depuis 2006 un aperçu de l’état de la démocratie dans le monde entier pour 165 pays indépendants et deux territoires.

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Tags:
République démocratique du Congo (RDC), Afrique, classement, démocratie
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