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Le 17 juin 2012, c’est Ahmed Chafik qui aurait dû être annoncé vainqueur de l’élection présidentielle par la Cour constitutionnelle égyptienne à la place de Mohamed Morsi, affirme le ministre d’État saoudien Ahmed Qattan à Rotana Khalijia. Il souligne que Morsi est passé à cause des «pressions exercées par l'ambassadrice US».

Mardi 2 mars, dans un entretien accordé à la chaîne de télévision Rotana Khalijia, le ministre d’État saoudien des Affaires africaines, Ahmed ben Abdelaziz Qattan, lâche une bombe concernant les coulisses de la présidentielle égyptienne de 2012 qui a vu l’élection de Mohamed Morsi, issu du mouvement des Frères musulmans*.

En effet, alors que le second tour qui s’est tenu le 14 juin 2012 avait opposé feu Mohamed Morsi -mort le 17 juin 2019 lors de son procès au Caire- au général à la retraite et ex-Premier ministre Ahmed Chafik, Ahmed Qattan, qui était à l’époque l’ambassadeur d’Arabie saoudite au Caire, affirme que c’est le général Chafik qui a été élu et non pas son adversaire.

«J’ai été officiellement informé de la victoire du candidat Ahmed Chafik, mais ce sont les pressions exercées par l'ambassadrice américaine au Caire [Anne Patterson, nommée à ce poste en mai 2011 par le Président Barack Obama, ndlr] à l'époque qui ont conduit à un changement du résultat et à l'annonce de la victoire de Mohamed Morsi à la présidence», explique le ministre.

L’armée «ne permettra pas aux Frères musulmans* de diriger» le pays

Dans ce contexte, M.Qattan informe qu’il avait soumis à ce moment-là un rapport au ministère saoudien des Affaires étrangères dans lequel il avait «remercié Dieu que Morsi ait été déclaré vainqueur».

«Les Frères musulmans* qui contrôlaient la rue à l’époque auraient brûlé l’Égypte si c’était Ahmed Chafik qui avait été annoncé vainqueur», ajoute le diplomate, soulignant qu'il avait «clairement indiqué dans son rapport que les manigances de la confrérie islamiste seraient exposées au grand jour au cours de leur premier mandat».

Par ailleurs, Ahmed Qattan évoque une réunion tenue à Riyad en la présence du ministre saoudien des Affaires étrangères de l’époque, le prince Saoud ben Fayçal ben Abdelaziz al-Saoud, la secrétaire d’État Hillary Clinton, l’ambassadeur saoudien à Washington Adel al-Joubeir et lui-même.

«Le prince Fayçal m’a demandé d’informer Clinton de mes pronostics quant à l’évolution de la situation politique en Égypte et je lui ai dit textuellement: les Forces armées égyptiennes ne permettront jamais aux Frères musulmans* de diriger l'Égypte».

Quid de l’éviction de Morsi?

Le Président Morsi a été démis de ses fonctions le 3 juillet 2013 par l’armée égyptienne qui avait suspendu la Constitution et nommé le chef du Conseil constitutionnel Adly Mansour comme chef de l’État, le temps d’organiser de nouvelles élections présidentielles anticipées. Mohamed Morsi avait appelé en réaction les Égyptiens à résister «pacifiquement au coup d'État» de l'armée commandée par le général Abdel Fattah al-Sissi, l’actuel Président élu de l’Égypte. Dans ce contexte, Barack Obama avait menacé de réviser l'aide militaire à l'Égypte et l'Union européenne avait réclamé une nouvelle présidentielle rapidement.

Ainsi, à cette époque, selon Ahmed Qattan, «le prince Saoud ben Fayçal avait déployé des efforts honorables pour convaincre les pays européens que ce qui s'était passé en Égypte n'était pas un coup d'État». «Il avait également répondu à ceux qui menaçaient de couper les aides à l’Égypte que l’Arabie saoudite et d’autres pays arabes étaient prêts à assumer le fardeau de ces dernières».

Enfin, M.Qattan affirme que «de par [sa] connaissance des Forces armées égyptiennes, il était impossible pour les Frères musulmans* de rester au pouvoir». «L'Arabie saoudite n'était pas à l'aise avec la présence des Frères musulmans* à la tête du gouvernement égyptien, mais il était difficile pour nous d'intervenir et nous nous sommes contentés de surveiller la situation de loin», conclut-il.

*Organisation terroriste interdite en Russie

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Tags:
élection présidentielle, Egypte, Mohamed Morsi
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