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Dans un entretien à Sputnik, le sénateur Abdelouaheb Benzaim reste droit dans ses bottes sur sa dénonciation des retraites faramineuses que les anciens membres du Conseil national de transition, les députés, les sénateurs, les ministres et les hauts cadres touchent indûment. C’est «un problème fondamental [de] justice sociale», souligne-t-il.

Le sénateur Abdelouaheb Benzaim, élu du Front de libération nationale (FLN), a dénoncé fin janvier au Sénat, lors d’une séance de questions-réponses en la présence du ministre du Travail El Hachemi Djaâboub, le fait que «chaque ex-haut responsable de l’État prend indûment le droit de 200 salariés en termes de retraite», ce qui a mis la Caisse nationale des retraites (CNR) en état de «déficit abyssal».

Le dimanche 28 février, M.Benzaim a évoqué à nouveau sur la chaîne de télévision Lina les retraites des députés, des sénateurs, des ministres et autres hauts cadres, pointant particulièrement les membres du Conseil national de transition (CNT) (1994-1997) qui ont voté une loi leur permettant de toucher leur salaire à 100% à vie, tout en bénéficiant des mêmes augmentations et des mêmes privilèges que les députés en exercice.
Selon lui, les membres du CNT «touchent actuellement au moins 400.000 dinars bruts (2.493 euros)», soit 20 fois le Smic qui est de 20.000 dinars (125 euros)». Ceci, en plus d’une «prime au logement annuelle de 600.000 dinars (3.740 euros) [soit 30 fois le Smic, ndlr]».

Ces nouvelles déclarations ont provoqué un tollé dans le pays, amenant Me Zoubida Assoul, présidente de l’Union pour le changement et le progrès (UCP), qu’il a citée entre autres «juste à titre d’exemple», à réagir et à annoncer à Tout sur l’Algérie (TSA) son intention de l’attaquer en justice pour diffamation.

Ainsi, dans un entretien accordé à Sputnik, le sénateur Abdelouaheb Benzaim «persiste et signe», précisant qu’il n’avait aucune intention «de viser des personnes en particulier, mais de poser un problème fondamental qui est celui d’une injustice sociale».

Pourquoi un «fond spécial de retraites des cadres supérieurs»?

«Je persiste et je signe», affirme M.Benzaim, soulignant que «les 192 membres du CNT touchent au moins 400.000 dinars (2.492 euros) bruts». «Mme Assoul parle uniquement de ce qu’elle empoche, tout comme ses anciens collègues, en net [230.000 (1.433 euros) à 240.000 dinars (1.495 euros)], oubliant que la retenue sur le brut est également un salaire, seulement indirect, qui sert par exemple à payer les soins et les médicaments, dont tous les députés, sénateurs et ministres bénéficient gratuitement». «La question fondamentale que je pose: c’est l’injustice flagrante dans l’accès aux droits à la retraite».

Et de se demander: «Est-ce normal de bénéficier de tels privilèges exorbitants juste après trois ans de travail uniquement, alors qu’un simple salarié, qui est tenu de contribuer 35 ans tout en n’ayant pas le droit de partir avant 60 ans, touche uniquement 80% de son salaire comme retraite [la retraite d’un salarié payé au Smic est de 16.000 dinars (99 euros), ndlr]?». «Est-ce normal qu’après une année ou deux ans de travail, un ministre, un député, un sénateur et un haut cadre peut partir avec une retraite faramineuse, tout en continuant à bénéficier des mêmes augmentations que leurs homologues en exercice?»

Dans le même sens, le sénateur FLN rappelle qu’il est «le premier à avoir demandé au Premier ministre et au ministre du Travail d’abroger l’existence du fond spécial de retraites des cadres supérieurs de la Nation, devenu un moyen déguisé de vol institutionnalisé des deniers publics au profit d’une classe de privélégiés». «Il ne faut pas oublier que nous avons encore beaucoup de nos concitoyens qui travaillent 8h par jour dans le cadre du filet social pour des salaires mensuels qui pointent en dessous de 10.000 dinars (62 euros), alors que la monnaie nationale et le pouvoir d’achat ne cessent de reculer».

En guise de preuve pour ses déclarations, M.Benzaim a publié sa fiche de paie, dans laquelle on constate un salaire brut de 459.267 dinars (2.862 euros). Après déduction des charges de 188.717 dinars (1.176 euros), le salaire net est de 270.550 dinars (1.686 euros).

L’ordonnance parue le 15 janvier 1997 dans le journal officiel stipule clairement ce qu’Abdelouaheb Benzaim a affirmé dans ses propos.

«Une tragédie shakespearienne»

En réponse aux déclarations du sénateur, Me Zoubida Assoul a affirmé à TSA que «nous n’avons pas volé» et que la retraite des membres du CNT tout comme celle des députés ou des sénateurs «est fixée par la loi».

Et d’ajouter: «Le travail parlementaire est particulier. Il nous est arrivé […] de travailler jusqu’à l’aube […] à l’époque où le pays était à feu et à sang». Pour elle, le sénateur FLN qui est déjà «en campagne électorale» tente de «dévier le débat national des véritables questions dont celle liée au changement de ce système».

Réagissant à ces déclarations, Abdelouaheb Benzaim rétorque: «franchement, nous sommes de plain-pied dans une tragédie shakespearienne». Et d’expliquer que «des dizaines de personnalité politiques, notamment celles qui s’autoproclament leaders du Hirak, descendent chaque vendredi dans les rues d’Alger pour nous abreuver de leurs discours et leçons sur le changement du système, mais tout en continuant à profiter des privilèges accordés par ce dernier, et dont au moins les 6,5 millions d’Algériens à qui le Président Tebboune a annulé les impôts sur le revenu ne bénéficient pas». «Et cela sans compter ceux qui touchent des salaires de misère dans l’informel sans aucun droit à la retraite».

En conclusion

Enfin, le sénateur Benzaim ajoute: «Quand Mme Assoul parle de la période du terrorisme a-t-elle pensé aux policiers, aux gendarmes, aux militaires et aux citoyens tout court qui ont donné leur sang, voire leur vie, dans les maquis et sacrifié leur famille pour défendre le pays? Aucun militaire, ni gendarme, ni policier n’a les privilèges que je dénonce, quel que soit son grade, et ce après au minimum 25 ans de service». «Des milliers d’officiers supérieurs tous corps confondus partent à la retraite avec des pensions de moins de 130.000 dinars (810 euros), alors qu’ils n’ont pas où habiter après avoir rendu leur logement de fonction».

«Je ne suis pas en campagne électorale, j’essaie de poser les problèmes fondamentaux qui tiraillent la société tout en faisant l’effort de proposer des solutions», conclut Abdelouaheb Benzaim, soulignant que «ce sont ceux qui font du populisme, qui n’ont rien à proposer une fois qu’ils ont récité leur messe et qui tentent de surfer sur la vague de la colère populaire pour mener leur campagne électorale, tout en prenant soin que certaines vérités pas très islamiques restent enfouies».

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Tags:
sénateur, réforme des retraites, retraite, Algérie
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