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Au Togo, un maire, membre influent du parti au pouvoir, a décidé de contraindre son personnel à la vaccination contre le Covid-19, quitte à priver les récalcitrants de leur salaire du mois d'avril. Une décision controversée qui interroge sur le caractère volontaire de la vaccination. Sputnik a fait le point avec le porte-parole du gouvernement.

Dans une des communes de la capitale togolaise Lomé, un maire vient de prendre une bien curieuse décision. À la tête de la commune d'Aflao-Gakli, Félix Aboka est aussi un membre influent du parti UNIR au pouvoir au Togo. Il a décidé de ne pas payer le salaire de ceux qui parmi le personnel de sa mairie refuseraient de se faire vacciner contre le Covid-19, alors que la campagne de vaccination est en cours dans le pays depuis le 10 mars.

«Il est demandé à tous les agents de la mairie d’Aflao Gakli (Golfe 5) de se faire vacciner au plus tard le 14 avril 2021. Le traitement salarial du mois d’avril 2021 est conditionné par la présentation d’une copie de la carte de vaccination à la division des ressources humaines et de l’action sociale au plus tard le 14 avril 2021 à 17h30», indique une note de service en date du 12 avril que Sputnik a pu consulter.

Un employé de la mairie contacté par Sputnik affirme que «pour l’instant, certains se sont soumis à la décision du maire et se font vacciner. D’autres hésitent».

Le maire se basait dans sa note sur le code de santé publique qui dispose dans son article 67 que «toute personne qui exerce une activité professionnelle l'exposant à des risques de contamination doit être obligatoirement vaccinée». Les employés de la mairie ne figurent pas, en tant que tels, parmi les catégories socioprofessionnelles prioritaires dans la vaccination contre le Covid-19. Toutefois, la décision du maire, en tant qu'autorité administrative, leur permettra de se faire vacciner en se rendant directement au district de santé de la commune, sans autre forme de procédure.

Retirer la note de service

Mais cette décision fait réagir dans l’opinion, aussi bien sur les réseaux sociaux qu’au sein de la société civile togolaise.

Le pasteur Edoh Komi, président du Mouvement Martin Luther King, une organisation de défense des droits de l’homme du Togo qui se fait appeler «la voix des sans voix», réclame que «cette note soit purement et simplement retirée» au risque de mener des actions contre l’autorité de ce maire.

«Rendre obligatoire la vaccination est une violation flagrante des droits et des libertés individuels et surtout une atteinte au Règlement sanitaire international. Au lieu de menacer les populations, il faut plutôt adopter une méthodologie et une approche efficace pour les convaincre de la nécessité et de l'utilité de cette vaccination» explique-t-il à Sputnik.

L'opposant togolais Gerry Taama a invité le maire à «se calmer un peu».

Ce n’est pas la première fois qu’on assiste à des décisions pareilles au sein de l’administration togolaise, depuis le démarrage de la campagne de vaccination anti-Covid dans ce pays d'Afrique de l'Ouest.

Dans une circulaire envoyée aux structures hôtelières de Lomé, datée du 2 avril, le ministre de la Culture et du Tourisme Pierre Kossi Lamadokou demandait aux responsables des hôtels de «faire vacciner tout leur personnel», et «de mettre en congés techniques jusqu’à la fin de la pandémie, tout agent qui refuserait de se faire vacciner».

Précédemment, un autre ministre, Ihou Wateba, en charge de l'enseignement supérieur, avait menacé en direct dans une émission sur la télévision nationale togolaise portant sur la riposte contre le Covid-19 tous ceux qui refuseraient de se faire vacciner en disant que «s’ils refusaient, le gouvernement leur facturera les soins [qui sont habituellement pris en charge par l'État, ndlr], s’ils venaient à être infectés par le Covid-19».

«Le gouvernement ne contraint pas»… pour le moment

La vaccination contre le Covid-19 serait-elle en passe de devenir obligatoire au Togo? Voilà la question qui revient sans cesse sur la Toile ou dans les médias togolais, après ces différentes décisions.

Certes, dans un communiqué en date du 7 avril 2021, le gouvernement togolais a décidé d’«élargir les cibles de la vaccination aux catégories socioprofessionnelles telles que les enseignants, les agents de l’ICAT (Institut de Conseil et d'Appui Technique), les conducteurs de taxi moto, les détenus et les conducteurs à quatre roues» ayant au moins 20 ans.

Mais «le caractère volontaire reste de mise», assure à Sputnik le Pr. Akodah Ayéwouadan, le ministre de la Communication et des Médias, porte-parole du gouvernement togolais.

«Le gouvernement ne contraint pas les concitoyens à se faire vacciner. L'adhésion des uns et des autres est ce qui est recherché en priorité. Toutefois, l'obligation légale peut être activée à n'importe quel moment. Le gouvernement après consultation avec les forces vives de la nation sera juge de l'opportunité d'une telle décision», a ajouté le Pr Akodah Ayéwouadan.

S’agissant des décisions ou déclarations controversées allant dans le sens de la contrainte ou de la menace, et qui ont récemment défrayé la chronique, le ministre porte-parole du gouvernement togolais a assuré à Sputnik que «la position du gouvernement sera connue rapidement».

En se lançant dans la campagne de vaccination contre le Covid-19 sur la base du vaccin AstraZeneca, le Togo poursuit une immunité collective qu’il espère atteindre avant la fin 2021, et ce en faisant vacciner au moins 60% de sa population.

Mais ce petit pays d'Afrique de l'Ouest n'échappe pas, à l'instar de ce qui se passe dans la région (et ailleurs), au phénomène de la réticence aux vaccins, considéré par l'Organisation mondiale de la santé (OMS) en 2019 comme une des 10 menaces pensant sur la santé mondiale. En Afrique subsaharienne, la réticence avait également été alimentée par les propos de deux médecins français qui suggéraient, en avril 2020, lors d'une émission diffusée sur la chaîne LCI, d’expérimenter un vaccin contre le Covid-19 en Afrique.

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vaccin, vaccination, Togo
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