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Un islamologue algérien a été condamné à trois années de prison ferme pour atteinte aux préceptes de l’islam. Saïd Djabelkhir, qui avait émis ses propres opinions sur sa page Facebook, devient le premier universitaire à se voir infliger une peine aussi sévère pour les avoir affichées. Il a décidé de faire appel de cette décision.

C’est un verdict totalement inattendu qui a été prononcé jeudi 22 avril contre l’islamologue Saïd Djablekhir. La juge de la chambre correctionnelle du tribunal de Sidi M’hamed à Alger a condamné l’universitaire à trois années de prison ferme pour «atteinte aux préceptes de l’islam et offense au prophète». Une première dans les annales de la justice algérienne, une telle peine n’ayant jamais été prononcée contre un universitaire. Un verdict dénoncé en Algérie et à travers le monde. 

«Partialité»

La plainte contre Saïd Djablekhir avait été déposée par Bachir Bouyedjra Aberrezak, professeur de l’université de Sidi Bel-Abbès (450 kilomètres à l’ouest d’Alger) qui affiche ouvertement son radicalisme religieux. Il reprochait à l’islamologue d’avoir publié, en janvier 2020, des posts sur sa page Facebook dans lesquels il apportait des éclairages à propos des contes mystiques en islam, de l’origine païenne du pèlerinage à La Mecque ou encore de l’authenticité de certains hadiths (recueil des actes et paroles) attribués au prophète Mahomet. Sauf que la procédure engagée contre lui était entachée d’irrégularités, notamment en matière d’engagement de l’action publique qui est du ressort exclusif du procureur de la République.

Mais c’est surtout le principe d’une plainte intentée contre un universitaire traitant de sujets dont il est spécialiste qui a fait l’objet d’une large condamnation. Contactée par Sputnik, Me Aouicha Bekhti, membre du collectif de la défense, a relevé le caractère inique de cette décision de justice. Elle estime que la juge a fait preuve de «partialité» dans le traitement du dossier.

«Au début nous rejetions le fait que la justice ait accepté la plainte, maintenant c’est pire puisque nous sommes face à la confirmation d’une inquisition. Mais je peux dire que la juge avait fait preuve de partialité puisqu’elle était ouvertement du côté des plaignants le jour de l’audience. Le procureur était plus calme, pondéré, d’ailleurs il s’était contenté de demander l’application de la loi dans son réquisitoire. C’est assez rare, car d’habitude le représentant du ministère public requiert de lourdes peines et le magistrat les revoit à la baisse», affirme l’avocate de l’islamologue.

«Couper la poire en deux»

À noter que Saïd Djabelkhir n’a pas été placé sous mandat de dépôt au terme de l’audience de jeudi. «En le maintenant en liberté tout en le condamnant à une lourde peine, il y a une volonté évidente de couper la poire en deux. La justice a tranché en faveur des plaignants islamistes mais elle évite à l’universitaire de subir les affres de la prison», précise à Sputnik un ancien magistrat qui a requis l’anonymat. Dans un post publié sur sa page Facebook, Saïd Djabelkhir a annoncé son intention de faire appel devant la Cour d’Alger.

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condamnation, Algérie
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