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Alors que le Covid-19 cristallise encore l'attention, le paludisme continue de tuer des milliers de personnes en Afrique. Au Cameroun, la lutte anti-Covid menace d'éclipser celle contre le paludisme, qui a pourtant fait quatre fois plus de victimes en 2020. Mais la lutte antipaludique marque des points sur le terrain de l'innovation.

Si toutes les attentions sont portées sur la pandémie de coronavirus, le monde a célébré le 25 avril la journée mondiale de lutte contre le paludisme. Alors que la maladie continue de faire plus de 400.000 morts par an dans le monde, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), essentiellement en Afrique, la crise sanitaire mondiale monopolise les recherches et campagnes de sensibilisation depuis 2020. Au Cameroun, de nombreux observateurs engagés dans la lutte contre le paludisme, comme Olivia Ngou, directrice de l'ONG Impact Santé Afrique, organisation spécialisée dans la lutte contre le paludisme, alertent sur le relâchement constaté. 

«La pandémie de Covid-19 impacte fortement la lutte contre le paludisme. Les systèmes de santé dans plusieurs pays africains ont été fortement concentrés sur le Covid-19 au détriment d'autres épidémies comme le paludisme. À cause de nombreuses restrictions, il a été très difficile d'organiser les campagnes de distribution de moustiquaires qui étaient prévues en 2020 et même en début 2021.On a dû faire du porte-à-porte pour distribuer des moustiquaires», constate Olivia Ngou au micro de Sputnik.

Au Cameroun, le paludisme tue plus que le Covid-19

«On a observé une faible fréquentation des hôpitaux dans beaucoup de pays comme le Cameroun à cause de la peur de la stigmatisation dans la mesure où les deux maladies ont des symptômes en commun. À cause de cela, on projette une augmentation de cas de décès de patients dus au paludisme», avertit Olivia Ngou au micro de Sputnik.

Craignant aussi d'être contaminés par le Covid-19, les malades désertent de plus en plus les hôpitaux au Cameroun. Selon la plateforme de collecte de données Data Cameroun, le taux de fréquentation a ainsi chuté de près de 50% dans les hôpitaux publics mi-2020, au plus fort de la pandémie. De nombreux patients rencontrés avouent préférer se soigner en ayant recours à la médecine dite traditionnelle. Une situation qui laisse place au phénomène de l'automédication dans le pays et expose les patients.

Si au Cameroun la pandémie de coronavirus a bénéficié comme ailleurs d’une mobilisation exceptionnelle de toute la machine étatique, la maladie a pourtant fait moins de victimes que le paludisme. Le pays a enregistré environ 900 morts depuis le 5 mars 2020, date d’apparition du premier cas. Dans le même temps, selon les chiffres publiés par le Programme national de lutte contre le paludisme (Pnlp), 4.121 personnes sont décédées de paludisme au Cameroun en 2020.

Dans sa déclaration à l’occasion de la célébration, ce 23 avril, de la journée mondiale de la lutte contre le paludisme, Manaouda Malachie, ministre camerounais de la Santé, soulignait encore la nécessité de rester mobiliser dans le combat, rappelant que «la lutte contre le Covid-19 ne doit pas éclipser celle contre le paludisme».

Des solutions novatrices

Alors que la maladie continue de faire des ravages sur le continent africain, de nombreuses solutions émergent chaque année. Au Cameroun, Antoinette Ntoumba, une chercheuse de 41 ans, a mis au point un pesticide 100% bio pour combattre les larves des moustiques responsables de la transmission du paludisme. Un insecticide qui présente la particularité, dit-elle, d’être «100% biologique, contrairement à de nombreux produits du genre, efficaces, mais intégrant des substances chimiques nocives pour la santé humaine».

«C’est un larvicide à base de nanoparticules synthétisées à partir des extraits de plantes (feuilles de goyave, de moringa, de citron ou de citronnelle). Son efficacité a déjà été prouvée sur le terrain comme au laboratoire. Reste à mettre son utilisation à profit», renchérit-elle au micro de Sputnik.
Un site propice à la multiplication des larves de moustiques à Douala, la capitale économique du pays.
© Sputnik . Anicet Simo
Un site propice à la multiplication des larves de moustiques à Douala, la capitale économique du pays.

Pour cette parasitologue, doctorante finissante à la faculté des sciences de l’Université de Douala, le défi est aussi dans la protection de l’environnement et des écosystèmes. Son équipe et elle ont travaillé à «démontrer que ces nanoparticules de plantes sélectionnées, utilisées dans les gîtes larvaires des moustiques, n’agissent pas contre les organismes non ciblés, comme les têtards».

Par cette invention, la chercheuse camerounaise veut faire bouger les lignes dans la lutte contre le paludisme en Afrique. Antoinette Ntoumba entend réduire drastiquement le nombre de cas par l’entremise de cette solution qui pour elle est un pas de géant dans le domaine de la lutte contre le paludisme.

«C’est un très grand progrès pour la recherche et un espoir pour des milliers de personnes souffrant de paludisme. Seulement, déplore-t-elle, le manque de financement représente un frein. La recherche demande des moyens alors qu’en Afrique en général et au Cameroun en particulier, nous n’avons pas de structures adéquates», se désole la chercheuse. 

Malgré tout, les premières reconnaissances ont commencé à tomber pour saluer cette formule à base de plantes. En 2020 en effet, la parasitologue a été récompensée par l'Unesco pour son procédé novateur dans la lutte contre le paludisme. Elle a reçu le Prix Jeunes Talents Afrique subsaharienne l’Oréal-Unesco pour les femmes et la science. Si pour l’instant sa solution n’est pas commercialisée, Antoinette Ntoumba nous confie avoir entrepris de multiples démarches auprès des pouvoirs publics et des organisations internationales pour une fabrication à grande échelle de sa formule.

Un site propice à la multiplication des larves de moustiques à proximité des habitations à Douala, la capitale économique du pays.
© Sputnik . Anicet Simo
Un site propice à la multiplication des larves de moustiques à proximité des habitations à Douala, la capitale économique du pays.

En dépit de la faible mobilisation constatée autour du paludisme, qui s'aggrave à l'heure du Covid-19, des lueurs d’espoir pointent à l’horizon à en juger par des découvertes comme celles d’Antoinette Ntoumba. En plus du vaccin actuellement en étude, beaucoup d’autres solutions enflent la file d’attente: «les moustiquaires dites de quatrième génération seront bientôt disponibles sur le marché. Elles sont en cours de validation par l'OMS et vont permettre d'adresser les problèmes liés à la résistance de certains moustiques. En termes d'innovations toujours, les nouveaux tests de diagnostic rapide encore plus performant vont permettre de tester plusieurs types d'espèces de parasite. Il y aura également, on l’espère, bientôt un nouveau traitement encore plus efficace en une seule dose, en un seul comprimé pour le traitement du paludisme simple», conclut Olivia Ngou.

 

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