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Au Burkina Faso, une attaque terroriste de forte ampleur a fait officiellement 25 morts dans un village de la région de l’Est, frontalière avec le Niger. La saison sèche et le mauvais maillage sécuritaire dans le pays rendent possible une répétition de ces attaques dans cette zone, d’après un chercheur sur le terrorisme contacté par Sputnik.

C’est avec fermeté que Saïdou Sanou, le gouverneur de la région de l’Est du Burkina Faso a condamné l’attaque terroriste perpétrée dans sa circonscription le 3 mai contre le village de Kodyel, situé dans la commune de Foutouri, et qui a fait une trentaine de morts parmi les civils.

Dans un communiqué rendu public le jour-même, il a qualifié de «barbare et de lâche» cette attaque de grande ampleur, jamais enregistrée contre des civils au Burkina Faso depuis 2015.

​Le bilan officiel, encore provisoire, publié mardi soir par le gouvernement burkinabé est de 25 morts parmi les civils dont deux volontaires pour la défense de la patrie (VDP), un groupe d’autodéfense mis en place et armé par le gouvernement dans les villages pour suppléer les forces de défense et de sécurité dans la lutte contre les terroristes.

Cette attaque intervient une semaine après l’exécution de trois expatriés européens (deux journalistes espagnols et un irlandais travaillant pour une ONG de défense de l’environnement) dans cette même région de l’Est du Burkina.

Une attaque qui «aurait pu être évitée»

Sauf que d’après un responsable régional des VDP cité par le journal Le Monde, «ce massacre aurait pu être évité».

Il soutient que «des alertes avaient été données» quelques jours plutôt sur la présence de terroristes dans la zone, quand des individus avaient menacé des villageois qu’ils accusent de les avoir dénoncés auprès des volontaires du groupe d’autodéfense et d’inciter ceux-ci à les combattre.

«Une opération de sécurisation des populations et de traque de ces individus a été lancée aussitôt que l’alerte a été donnée», a affirmé cette source, mais sans succès, regrette-t-elle.

Attention au pire

L’affirmation de ce VDP est bien en phase avec ce qu'affirme Mahaloudou Savadogo, chercheur et spécialiste en terrorisme au Burkina Faso, joint par Sputnik.

«Les groupes armés s'en prennent d'autant plus aux populations, que celles-ci ne sont plus, désormais, de simples civils. Il y en a qui sont armés parmi elles, et qui combattent les terroristes aux côtés ou en lieu et place des forces de défense et de sécurité», déclare-t-il.

Cet ancien officier, autrefois en charge de la sécurité des Premiers ministres au Burkina Faso, pense que le «pire est à craindre avec plus d’attaques terroristes en cette période de saison sèche [contrairement à la saison des pluies, ndlr] dans l’Est du pays» parce que «les terroristes arrivent en ces moments à mieux se déplacer, les voies sont dégagées et ils n'ont pas de problèmes de ravitaillement».

«Si on jette un coup d'œil en arrière, on voit que [durant] les périodes de mars à juin de chaque année, les attaques ont atteint leur paroxysme. Il faut s'attendre donc à ce que des attaques reprennent de plus fort», détaille Mahaloudou Savadogo.

Le pire est à craindre surtout, poursuit-il, parce qu'il y a «une forte pression sur ces terroristes dans la zone des trois frontières (entre le Niger, le Mali et le Burkina Faso) et [que] pour échapper aux frappes des forces armées déployées dans le cadre du G5 Sahel, ils vont commettre, dans leur fuite d’une zone à une autre, de nouvelles attaques».

Se fondant sur cette logique, il s’est dit surpris que l’attaque contre les militaires quelques jours plus tôt dans la région de Tahoua, le versant au Niger de la région de l’Est du Burkina, n’ait pas alerté les autorités sécuritaires du Burkina Faso. Parce que «c’est connu de tous que les groupes terroristes actifs dans la zone, généralement le groupe État islamique au Grand Sahara (EIGS)*, longent la frontière entre les deux pays, montent, redescendent, en fonction de la menace et de leurs stratégies».

Renforcer le maillage sécuritaire de l’Est du Burkina

Renforcer le maillage sécuritaire, surtout dans la zone de l’Est du Burkina, doit être une priorité pour les autorités burkinabés, affirme Mahaloudou Savadogo au micro de Sputnik.

Pour lui, la stratégie des forces de défense et de sécurité basée sur la mise en place de groupes d’autodéfense armés dans les villages, semble paradoxalement avoir affaibli l’armée «dans sa capacité d’intervention, en cas de besoin».

«Les forces de défense et de sécurité burkinabés ne sont pas assez équipées pour faire face aux groupes armés terroristes. Et au lieu de concentrer leurs efforts sur la zone d’action des terroristes, elles se sont dispersées dans le pays en armant les VDP avec le peu de matériel militaire qu’elles ont», regrette M.Savadogo.

Il affirme ne pas comprendre que «40 % seulement de la superficie de l'Est soit sécurisée. Alors même que c'est non seulement la plus grande région du pays, mais surtout la région la plus touchée par le terrorisme dans le pays».

M.Savadogo suggère donc que «cette zone soit entièrement maillée. Que les populations soient bien informées de la situation sur place et que le gouvernement ait même le courage de déloger ceux qui habitent les zones sur lesquelles il n’a pas encore d’emprise».

*Organisation terroriste interdite en Russie

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terrorisme, Burkina Faso
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