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Au Sénégal, le fichier électoral est «fiable et cohérent». C'est la conclusion d’un audit mené par des experts internationaux, qui révèle toutefois que près de 50% des jeunes en âge de voter ne sont pas inscrits. L'opposition formule de son côté d'autres critiques à l'endroit de ce fichier électoral.

Au Sénégal, l’opposition est formelle, le fichier électoral n’est pas fiable. Face à la presse le 5 mai, le Front démocratique et social de résistance nationale (un regroupement d’une trentaine de partis d’opposition et d’organisations de la société civile créé en prélude à la présidentielle du 24 février 2019) a affirmé que ce fichier «ne permet pas d’organiser des élections équitables» et ne «reflète pas la démographie du pays».

Il soutient que ce fichier contient plus de 500.000 électeurs qui ne sont pas de nationalité sénégalaise ou qui n'ont pas le droit d'être inscrits parce que n’ayant pas de certificats de résidence conformes. L’opposition souligne également que ce fichier est truffé de centaines de milliers d’inscrits forclos, c'est-à-dire après la fin des délais d’inscription.

Autant de reproches à l'encontre de ce fichier électoral qui a servi de base au scrutin présidentiel de 2019, lequel s'est soldé par la réélection du Président Macky Sall. Pour l'opposition sénégalaise, l'enjeu immédiat est relatif aux élections locales de janvier 2022.

La réaction de l'opposition intervient au lendemain de la remise officielle d'un rapport d'audit du fichier électoral aux autorités du pays par quatre experts internationaux.

Dans leurs conclusions, ceux-ci estiment par contre que le fichier électoral est «fiable et cohérent».

Aucun doublon ni mineur, n’y ont été signalé. Toutefois, une trentaine d’observations et de recommandations y ont été formulées notamment concernant le fait que près de 50% des jeunes en âge de voter ne figurent pas sur ce fichier.

«Moins d’un nouveau majeur sur 10 (9,3%) de18-20 ans disposerait d’une carte d’électeur. En général, le taux d’inscription des jeunes est faible. Seule la moitié (53,8%) des jeunes âgés de 18-25 peuvent exercer leur droit de vote», indique le rapport de l’audit.

«Manque de cohérence ou mauvaise foi»

Réagissant à la sortie de l’opposition lors d’un point de presse samedi 8 mai, la majorité au pouvoir n’a pas fait de commentaires sur la faible représentation de jeunes en âge de voter dans le fichier électoral. Elle s’est juste contentée de critiquer l’opposition en la qualifiant de «capricieuse» et «d’irresponsable».

«Durant tout le déroulement de l'audit, l'opposition a participé aux rencontres hebdomadaires tenues pour faire le point de la situation et a exprimé son opinion en faisant les suggestions qu'elle a jugées nécessaires pour la bonne tenue de l'audit. Grande est notre surprise lorsque l'opposition conteste les résultats de l'audit. Manque de cohérence ou mauvaise foi», indique la déclaration lue par Cheikh Sarr, membre de la mouvance présidentielle.

Au-delà de la discorde, la question des jeunes

Le fichier électoral a toujours fait l’objet de débats entre le pouvoir et l’opposition au Sénégal. Mais la problématique des jeunes en âge de voter relevée par l’audit est «préoccupante», note la docteur Cheikh Lo Fall, analyste politique et président du think tank Perspectives Afrique basé à Bordeaux, en France.

«Traditionnellement, les jeunes sont très actifs dans les contestations de rue et dans les revendications politiques. Alors qu'étonnamment ils ne se bousculent pas pour s'inscrire sur les listes électorales», affirme à Sputnik l'analyste sénégalais. Plusieurs facteurs expliquent cette situation, selon lui.

«Les gouvernements qui se sont succédé et particulièrement l'actuel font tout pour empêcher cette frange électorale de s'inscrire sur les listes», pointe l'analyste qui voit en cela une réaction au tempérament contestataire de beaucoup de jeunes Sénégalais.

D'ailleurs, la nouvelle carte d'identité adoptée par le gouvernement et qui fait office, depuis 2017, de carte d'électeur (puisque portant à son dos les données électorales de son titulaire), a été problématique pour l’inscription des plus jeunes sur les listes électorales.

De fait, explique le docteur Cheikh Lo Fall, «des centaines de milliers de jeunes n’ont pas de cartes d’identité. Et quand ils en ont, plusieurs milliers parmi eux n’ont pas pu confirmer leur inscription lors des révisions des listes, parce qu’ils se sont retrouvés avec une carte ne mentionnant que leur identité avec au verso des données incorrectes ou absentes».

La légitimité des institutions en question

En outre, Cheikh Lo Fall estime qu’il y a une perte de légitimité des institutions» au Sénégal du point de vue des jeunes.

Les jeunes Sénégalais «considèrent, à tort ou à raison, que la carte d'électeur ne sert à rien et que les gouvernements qui se sont succédé n'ont rien fait pour la jeunesse sénégalaise frappée par le sous-emploi massif et chronique. La jeunesse pointe un échec cuisant des politiques publiques», détaille-t-il.

Dès lors, le chercheur sénégalais appelle tous les acteurs, pouvoir comme opposition, à «dépolitiser l'ensemble du processus électoral en permettant à tout citoyen sans distinction aucune, de pouvoir s'inscrire sur les listes».

En mars 2021, l’arrestation pendant quelques jours de l’opposant Ousmane Sonko dans le cadre d'une affaire de viol présumé a donné lieu à de violentes manifestations de jeunes Sénégalais dans plusieurs grandes villes du pays. Au moins une dizaine de morts ont été déplorés et des centaines de blessés enregistrés.

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