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Forum économique international de Saint-Pétersbourg 2021 (SPIEF) (13)
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À l’occasion du Forum économique international de Saint-Pétersbourg, Sputnik a pu s’entretenir avec Firmin Ngrebada, Premier ministre de la République centrafricaine. Ce dernier a détaillé le but de sa visite et a expliqué dans quel cas le nombre d’instructeurs russes présents sur le territoire centrafricain serait augmenté.

Sputnik: La tension à la frontière tchado-centrafricaine s’intensifie jour après jour, Comment se passe le dialogue avec le nouveau gouvernement tchadien? Pensez-vous demander une augmentation du nombre d’instructeurs russes du fait de ces tensions?

Firmin Ngrebada: La République centrafricaine a vécu plusieurs années de crise. Pas plus tard que l’année dernière, au mois de décembre 2020 à l’occasion de l’organisation des élections générales, il y a eu une tentative de déstabilisation des institutions de la République. Cela a commencé en décembre, avec la volonté de la CPC (Coalition des patriotes pour le changement) de faire échec à l’organisation des élections. Ensuite, le 13 janvier, la ville de Bangui a subi une attaque dont l’objectif était de renverser les institutions légitimes du pays. Face à ces événements –et surtout vu que la CPC a formé une alliance composée d’un nombre élevé de groupes armés qui avaient précédemment signé l’accord politique pour la paix et la réconciliation–, nous avons choisi de rétablir la paix et la sécurité sur l’ensemble du territoire national par tout moyen. Dans cette perspective, il est possible que, dans le cadre de ces opérations militaires, il y ait des situations difficiles. Pour ce qui se passe à notre frontière avec le Tchad, nous exprimons notre regret par rapport à cette situation malheureuse. Son Excellence le Président de la République, chef de l’État, Faustin-Archange Touadéra, a dépêché auprès des autorités de la République du Tchad trois ministres, la ministre des Affaires étrangères, la ministre de la Défense nationale et le ministre de la Sécurité publique, pour exprimer notre regret par rapport aux événements qui se sont produits. Dans le même temps, nous souhaitions indiquer aux autorités de ce pays frère notre volonté de vouloir régler cette situation par des moyens pacifiques. Dans l’histoire de notre pays, nous n’avons jamais été en belligérance avec un pays voisin. La politique extérieure de la République centrafricaine, que conduit aujourd’hui le Président de la République centrafricaine, est, en matière de diplomatie, de vivre en paix avec tous les pays voisins. Donc restant dans cet objectif, le Président de la République a voulu trouver, avec les autorités de la République du Tchad, un compromis sur la manière d’apporter une réponse pacifique à cette préoccupation. Dans ce cadre, il a été décidé qu’une commission d’enquête serait mise en place pour faire toute la lumière sur les circonstances de cet événement fâcheux et malheureux. Nous faisons confiance aux instances, aux institutions sous-régionales et régionales qui sont mandatées pour mener cette enquête. Et dès que nous en aurons les conclusions, avec les autorités du Tchad, nous verrons quelle est la meilleure manière de régler définitivement et durablement ce problème.

Depuis 2013, la République centrafricaine connaît une situation très difficile. Avec l’entrée de la rébellion de la Seleka à l’époque, plusieurs groupes armés se sont installés dans le pays. Et les factions les plus importantes sont dirigées par des étrangers. Ils ont passé plus de sept à huit années à s’implanter sur plusieurs parties du territoire. L’État a perdu le contrôle de la plupart de ces régions. C’est dans ce contexte qu’en plus des autres appuis que nous avons reçus, nous avons également bénéficié du soutien du gouvernement de la Fédération de Russie en équipement militaire. Et il est tout à fait normal qu’après avoir bénéficié de cet appui, des encadreurs viennent montrer aux éléments de nos forces armées comment utiliser ce matériel. Je rappelle que notre armée était totalement désorganisée, elle n’avait plus d’équipement. Et le Président de la République, son Excellence Faustin-Archange Touadéra, a eu le soin en cinq années de rebâtir cette armée, d’en faire une armée apolitique, pluriethnique et professionnelle. Dans ce cadre, nous avons accueilli des instructeurs russes qui ont assuré la formation de plusieurs promotions des éléments de nos forces armées.

Aujourd’hui, nous avons la volonté politique de reprendre le contrôle de ces zones anciennement occupées par les groupes armés. Et nous faisons le constat que les résultats sont bons, vu que la plupart de ces zones sont aujourd’hui sous le contrôle du gouvernement. Dans le cadre de ces opérations, les instructeurs russes interviennent pour encadrer des éléments qui sont fraîchement formés et qui utilisent ces équipements qui ont été gracieusement mis à notre disposition. Maintenant, pour ce qui concerne l’augmentation de leur effectif ou pas, seules les circonstances nous le diront.

Sputnik: Il y a deux semaines, la Russie a encore livré des armes à la RCA. Votre visite concerne quelle sphère de collaboration? Y a-t-il des accords qui concernent des armes et des munitions?

Firmin Ngrebada: Il y a un temps pour faire la guerre, il y a un temps pour faire la paix et il y a aussi un temps pour faire le développement. Le Président de la République centrafricaine a passé toutes ces dernières années à essayer de rétablir la paix et la sécurité dans le pays. Les quelques résultats que je viens d’évoquer à l’instant, nous les avons obtenus grâce à l’appui de plusieurs partenaires du pays, dont la France, mais aussi la Fédération de Russie. Maintenant que le peuple vient de lui renouveler sa confiance, avec l’espoir que le Président de la République va apporter les réponses à certaines de leurs préoccupations, il est temps que nous travaillions sur les questions économiques. Nous sommes venus au Forum de Saint-Pétersbourg avec l’objectif de promouvoir l’économie, donner la possibilité aux opérateurs économiques et aux investisseurs d’aller travailler librement en RCA dans les conditions fixées par notre réglementation économique. Il nous faut créer la richesse, il nous faut créer de l’emploi, il nous faut lutter contre la pauvreté.

S’il y a des accords à signer, nous souhaitons que ce soit des accords économiques. Nous ne sommes pas venus pour des accords militaires, mais pour parler du développement économique et social, parler du progrès, nous sommes venus rechercher des solutions pour attirer des opérateurs économiques et des investisseurs. La RCA dispose de beaucoup de potentialités, il ne reste plus qu’à les mettre en valeur.

Sputnik: Les Russes sont prêts à «aider les Centrafricains jusqu’à ce que la coalition rebelle et les groupes armés soient entièrement anéantis». Comment évaluez-vous cette opération déjà en cours? Combien de temps encore faudra-t-il pour que tout le territoire du pays soit géré par le gouvernement? 

Firmin Ngrebada: On dit chez nous que l’«on reconnaît ses vrais amis lorsque l’on est en difficulté». La Fédération de Russie nous a montré une vraie proximité. À côté d’autres pays, qui nous ont aussi aidés, la Fédération de Russie a été plus concrète en nous appuyant à travers la mise à disposition d’équipements militaires et de matériels, également avec la fourniture d’un encadrement qui a donné la capacité aux éléments de nos forces armées. Je profite de cette occasion pour remercier la Russie au nom du Président de la République.

Si nous faisons un bilan aujourd’hui, depuis que ces opérations ont été entamées courant janvier 2021, concrètement, plusieurs régions du pays anciennement occupées par les groupes rebelles ont été libérées. Cela représente 80% du territoire, à la satisfaction de la population. Les Centrafricains ont recommencé à vaquer librement à leurs occupations, leurs activités de commerce, les enfants ont repris le chemin de l’école, les paysans celui des champs. Les services de santé ont commencé à s’occuper des soins de santé de la mère et de l’enfant. Les résultats de ces opérations sont positifs. Maintenant, en ce qui concerne le temps qui reste pour finaliser les opérations, nous sommes optimistes. Lorsqu’on regarde ce qui reste à faire, nous pensons que cela ne prendra pas beaucoup de temps.

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