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Le retrait des mercenaires de Libye est un des points les plus importants abordés lors d’une réunion des six pays du voisinage libyen qui s’est déroulée à Alger. Les représentants de ces États estiment que le processus de stabilisation politique de la Libye ne doit pas provoquer une dissémination de ces hommes armés sur leurs territoires.

La capitale algérienne a accueilli, les 30 et 31 août 2021, une réunion des pays voisins de la Libye. Les ministres des Affaires étrangères d’Égypte, de Tunisie, du Soudan, du Tchad, du Niger et de l’Algérie ont participé à cette rencontre aux côtés de représentants de l’Onu, de la Ligue arabe et du comité de haut niveau de l’Union africaine sur la Libye. La situation politique à l’approche des élections présidentielle et législatives et le contexte sécuritaire encore très tendu en Libye ont été passés en revue durant deux jours. La question des mercenaires était au centre des préoccupations. Pour Ramtane Lamamra, le ministre algérien des Affaires étrangères qui a présidé cette réunion, la présence de milliers de mercenaires sur le territoire libyen reste un facteur de déstabilisation politique.

«Le retrait des mercenaires, des terroristes et des forces irrégulières est une question fondamentale qui conditionne le succès des élections. La Libye est la première victime de ces éléments irréguliers et le risque est réel que d'autres pays voisins soient également victimes si le retrait [des mercenaires, ndlr] ne s'effectue pas d'une manière transparente, organisée et sous le contrôle et la responsabilité de la communauté internationale», a déclaré le chef de la diplomatie algérienne au terme de cette réunion.

Responsabilité de la communauté internationale

Ramtane Lamamra s’est montré particulièrement insistant sur la responsabilité de la communauté internationale «dans le retrait de ces troupes». Une position que partage la ministre libyenne des Affaires étrangères Najla Mangoush qui a également indiqué que le Comité militaire mixte libyen 5+5, qui réunit cinq membres du gouvernement d'union nationale (GNA) et cinq autres des forces de Khalifa Haftar, met en place des mécanismes de retrait des mercenaires et des forces irrégulières. Najla Mangoush a appelé à la participation des voisins de la Libye à ce processus.

Zineb Benzita, journaliste spécialisée dans les questions sécuritaires au Maghreb et au Sahel, explique à Sputnik que la vision de l’Algérie, qui s’est imposée comme chef de file des pays du voisinage libyen, consiste à dire que la première étape est de procéder à l’identification des États qui ont engagé des mercenaires et des forces irrégulières dans ce conflit interne.

«Avant de parler de ce retrait, il est avant tout question de déterminer les responsabilités des pays qui ont engagé ces hommes. C’est ce qui permettra ensuite d’entamer la seconde étape qui consiste à procéder à leur retrait en sachant avec précision où ils devront aller. Ramtane Lamamra a été très clair en disant que ce sont ceux qui les ont ramenés en Libye qui doivent les reprendre», indique Zineb Benzita.

La journaliste note cependant que les participants à cette réunion d’Alger n’ont pas cité publiquement les parties libyennes qui ont engagé ces mercenaires ni même les États qui les ont dépêchés. Selon l’Onu, il y aurait actuellement plus de 20.000 mercenaires en Libye, dont 13.000 Syriens engagés par la Turquie pour le compte du GNA et 11.000 Soudanais dans les troupes du maréchal Khalifa Haftar. Ce dernier bénéficierait également, d'après des rapports médiatiques, de l’appui et des conseils d’hommes de sociétés de sécurité privées russes, dont la présence en Libye n'a pourtant jamais été confirmée par le Kremlin, ainsi que d’une aide en matière de renseignement de militaires français.

L'exception tchadienne

En fait, ce qui inquiète le plus les États voisins de la Libye c’est la dissémination de ces hommes armés en dehors de ce pays du Maghreb. Ramtane Lamamra avait souligné que cette menace risquait de devenir réelle si le processus de rapatriement «n’est pas soumis à une organisation et un contrôle stricts».

«Les pays proches de la Libye ne doivent pas être victimes de ce retrait. Nous avons nos idées et nos visions sur le débat qui va entourer cette question afin de mettre en œuvre les mécanismes qui permettront d’agir avec précision. Nous devons faire en sorte que cela ne provoque pas de problèmes sécuritaires à nos pays», a souligné le chef de la diplomatie algérienne.

Les pays participants à cette réunion d’Alger ont affiché un consensus autour de la problématique du rapatriement des mercenaires. Cependant, le Tchad semble avoir une autre vision puisque 48 heures avant la tenue de cette rencontre, Mahamat Idriss Déby, président du Conseil militaire de transition, avait annoncé qu’il s’opposait au retour des mercenaires tchadiens. «Recrutés, formés, encadrés, armés et financés par des puissances étrangères, les mercenaires tchadiens et soudanais présents en Libye ne doivent pas être autorisés à quitter la Libye à cause de la grave source de menace qu’ils constituent pour la stabilité et la sécurité aussi bien du Tchad que du Soudan», a annoncé Mahamat Idriss Déby dimanche 29 août lors d’une visite officielle à Khartoum.

Cette mesure est certainement due au fait que son père, le Président Idriss Déby Itno, a été tué lors d’une attaque menée le 20 avril 2021 par des mercenaires tchadiens engagés en Libye. Reste à savoir si les autorités tchadiennes changeront de position et s’aligneront sur la dynamique régionale enclenchée par la réunion d’Alger.

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Libye, Algérie, mercenaires
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