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Devenue un symbole de la lutte des francophones de l’Ontario pour leurs droits, l’Université de l’Ontario français accueillera ses premiers étudiants à l’automne 2021. Succès en vue malgré les réserves? Caroline Mulroney, ministre des Affaires francophones et des Transports de la province, défend ce projet dans cet entretien exclusif.

En 2018-2019, les francophones de l’Ontario étaient sortis par milliers dans les rues pour défendre leurs droits. Et notamment leur projet d’université entièrement francophone interrompu par le gouvernement de Doug Ford, encore aujourd’hui Premier ministre ontarien. Province la plus peuplée du Canada avec 14,5 millions de personnes, les Franco-Ontariens représentent environ 4,5% de la population. Devant le tollé suscité par l’interruption du projet et l’abolition du commissariat aux services aux français, le gouvernement Ford avait pris la décision de reculer.

Mais il y a quelques semaines, les médias apprenaient que la nouvelle institution n’avait recueilli qu’une quarantaine d’inscriptions pour la prochaine rentrée. Une nouvelle interprétée de manière très pessimiste par des observateurs.

Dans cet entretien exclusif accordé à Sputnik, la ministre des Affaires francophones et des Transports de l’Ontario, Caroline Mulroney, se montre quant à elle plus optimiste. Elle a été désignée ministre des Affaires francophones à l’été 2018 alors que le ministère avait été aboli temporairement, puis rétabli sous la pression. La nomination de Mme Mulroney a été perçue comme un geste fort en faveur de la francophonie.

Sputnik France: Des observateurs ont critiqué le fait que l’Université de l’Ontario français soit implantée à Toronto, où les francophones ne formeraient pas une communauté unie, selon eux. Vous estimez toujours qu’il s’agit du meilleur endroit pour cette institution?

Caroline Mulroney: «J’ai toujours cru dans le projet de l’Université de l’Ontario français (UOF), un établissement gouverné par et pour les francophones dans le sud de l’Ontario. La région du Grand Toronto se classe au quatrième rang des centres francophones les plus importants au Canada, après Montréal, Québec et Ottawa-Gatineau. Le Centre Sud-Ouest, qui compte déjà le tiers de la population canadienne, regroupera bientôt la moitié des francophones de l’Ontario. Ce territoire est un centre majeur d’innovation et de développement économique sur les plans national et international. Toutefois, la région est la moins desservie par les programmes universitaires en français.

L’UOF sera un pôle d’attraction pour les francophones du Centre Sud-Ouest de l’Ontario qui souffrent d’un manque criant d’institutions d’enseignement supérieur en langue française. Nous continuerons de travailler afin d’assurer que les étudiants francophones puissent compter sur un système d’éducation postsecondaire efficace, rentable et durable, qui corresponde aux besoins du marché du travail.»

Sputnik France: La communauté francophone de l’Ontario est composée d’un noyau historique de Canadiens français et d’immigrés francophones. Jusqu’à quel point comptez-vous sur l’immigration pour dynamiser la francophonie ontarienne? 

Caroline Mulroney: «Nous sommes très fiers de notre communauté francophone et je suis ravie de voir que la francophonie ontarienne est en plein essor, en bonne partie grâce à l’immigration francophone. Le nombre de nouveaux arrivants francophones a augmenté, représentant maintenant 4,1% des immigrants que l’Ontario a accueillis en 2020, soit le pourcentage le plus élevé depuis l’établissement de l’objectif de 5% il y a une décennie. Par ailleurs, grâce au Programme ontarien des candidats à l’immigration, le nombre d’immigrants francophones qualifiés a augmenté de manière considérable au cours des deux dernières années, dépassant la cible de 5%. 

J’étais heureuse d’annoncer mardi dernier [le 16 mars 2021, ndlr], avec mon collègue ministre Monty McNaughton [ministre du Travail de l’Ontario, ndlr], que le gouvernement soutenait deux nouvelles initiatives visant à aider les nouveaux arrivants francophones à trouver un emploi par le biais du Programme ontarien d’aide aux personnes inscrites aux programmes de formation relais. Nous continuerons de travailler afin de promouvoir l’intégration et l’épanouissement des nouveaux arrivants francophones dans notre province.»

Sputnik France: Au Québec, des chroniqueurs nationalistes se montrent régulièrement pessimistes quant à l’avenir de la francophonie ontarienne. La journaliste Denise Bombardier avait suscité une vive controverse en affirmant que cette communauté était appelée à disparaître rapidement. De manière générale, le Québec reconnaît-il assez l’apport des Ontariens à la francophonie canadienne? 

Caroline Mulroney: «Aujourd’hui, l’Ontario compte plus de 1,5 million d’Ontariennes et d’Ontariens capables de s’exprimer en français, dont plus de 622.000 Franco-ontariennes et Franco-ontariens. Sur la scène pancanadienne, notre francophonie ontarienne entretient des liens très étroits avec l’ensemble des francophones du pays, dont nos voisins du Québec, lequel est un partenaire de premier plan pour l’Ontario. 

J’ai d’ailleurs des échanges réguliers avec mon homologue du Québec, Sonia LeBel, ministre responsable des Relations canadiennes et de la Francophonie canadienne. Ces échanges visent à resserrer les liens entre nos deux provinces sur le plan du français. Nos gouvernements respectifs se sont par ailleurs engagés à accroître le commerce entre nos deux provinces lors du dernier Sommet Ontario-Québec, et la mise en valeur de notre francophonie économique ne peut qu’y contribuer davantage.» 

Sputnik France: Outre la nouvelle université, le gouvernement ontarien compte-t-il entreprendre autre chose pour renforcer la langue française dans la province? 

Caroline Mulroney: «Notre vision, qui fait du développement économique la pierre angulaire de notre stratégie, nous permettra de léguer un avenir prospère pour la communauté franco-ontarienne. Nous avons favorisé au cours de la dernière année la mise en œuvre d’initiatives visant à soutenir les organismes et les entreprises francophones. Parmi toutes ces initiatives, il y a le lancement du Fonds de secours pour les organismes francophones à but non lucratif, le lancement de la Fédération des gens d’affaires francophones de l’Ontario, l’établissement d’une plateforme de promotion des biens et services des entreprises franco-ontariennes et enfin, la continuation du Programme d’appui à la francophonie ontarienne. 

Malgré ces temps sans précédent, nous avons vu de belles avancées dernièrement. Le nombre de nouveaux arrivants francophones a augmenté en 2020. Le projet de loi visant à accélérer l’accès à la justice a été déposé, qui améliorerait l’accès aux services juridiques en français. Nous avons aussi fait en sorte que les noms des francophones soient écrits correctement sur les permis de conduire: les accents propres à la langue française peuvent maintenant apparaître sur les permis et les cartes photo de l’Ontario.»

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Tags:
lutte, interview, ministre, Ontario, francophonie, Canada
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