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    Su-34

    Le bombardier russe Su-34 fait ses preuves en Syrie

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    par Oxy
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    Les vols opérationnels de l'aviation russe en Syrie sont aujourd'hui réguliers.

    Les vols opérationnels de l'aviation russe en Syrie sont aujourd'hui réguliers. Pour les bombardiers Su-34, cette opération est un baptême du feu — l'avion sera sollicité pendant encore 10, 20, voire 30 ans. Les militaires russes suivent minutieusement chaque vol de l'appareil, et leurs homologues étrangers les surveillent d'encore plus près: le Su-34 est un avion unique pour l'armée russe.

    Su-34 à Joukovski, dans la région de Moscou
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    Su-34 à Joukovski, dans la région de Moscou

    Les Su-34 sont apparus au sein du groupe d'aviation russe en Syrie dès les premiers jours de la campagne militaire de Moscou, à partir du 30 septembre 2015. 6 bombardiers de ce type se trouvent actuellement à la base aérienne de Hmeimim, près de la ville de Lattaquié en Syrie. A première vue, c'est peu. Mais au total l'armée russe ne dispose pour l'instant que de 75 appareils de cette gamme — en d'autres termes, un Su-34 sur dix participe actuellement à la lutte contre Daech. Les premières frappes depuis une altitude de 5 km ont été portées contre les sites des terroristes près des villes de Madan-Jadid et Raqqa. Ces attaques ont permis de détruire complètement le poste de commandement des extrémistes et l'infrastructure destinée à la préparation des terroristes.

    La conception du Su-34 a commencé sous l'URSS quand les pays de l'Otan se sont dotés de très nombreux chasseurs légers F-15 et F-16. La nécessité d'assurer une couverture des bombardiers par des chasseurs demandant davantage de dépenses, l'idée de créer un bombardier capable de se défendre lui-même contre les chasseurs est apparue: la destruction du Su-24 russe dans le ciel au-dessus de la frontière turco-syrienne par un chasseur léger F-16 a illustré ce concept.

    Le 19 juin 1986 commençait le développement du projet "T-10V", un avion élaboré sur la base du projet de chasseur Su-27. Aux USA, le Pentagone a reconnu ce concept comme "réussi".

    L'assemblage du bombardier Su-34
    L'assemblage du bombardier Su-34

    Le premier vol du prototype du Su-34 a eu lieu le 13 avril 1990, puis, au printemps 1995, il a été présenté en France au salon international du Bourget.

    Mais quelles sont les caractéristiques du Su-34 qui conviennent tant aux militaires russes au Moyen-Orient?

    Un démarrage au quart de tour

    Le "démarrage" du chasseur bombardier attire immédiatement l'attention: indépendant de tout système extérieur — de la même manière qu'une voiture — il est très commode pour les interventions à l'étranger. En effet, pour lancer le moteur d'un avion de combat classique, un véhicule spécial doit faire office de batterie, qui distribue une ligne de courant continu et de courant permanent. Le Su-34 n'a justement pas toujours besoin d'une telle batterie mobile car il est doté de ses propres accumulateurs.

    Su-34 à Joukovski, dans la région de Moscou
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    Su-34 à Joukovski, dans la région de Moscou

    35 types d'armement

    Pour les terroristes en Syrie, le rugissement d'un bombardier en approche est souvent le dernier bruit qu'ils entendent: il est impossible de trouver un abri contre cet appareil au sol, et même sous terre il trouvera sa proie si besoin. C'est l'originalité du Su-34. Avec son haut degré de manœuvrabilité, l'appareil peut embarquer des bombes et des missiles en tout genre, sachant qu'il peut transporter une quantité impressionnante de munitions en un seul vol.

    L'engin peut manier 16 types d'armes guidées de haute précision et 19 types de munitions non guidées, soit 35 types d'armement. Aucun avion du monde ne dispose d'un éventail de munitions aussi large.

    Le Su-34 peut tirer sur quatre cibles terrestres ou navales en simultané: il dispose à cet effet de 12 points d'emport pour embarquer divers types de bombes et de missiles. Par exemple, il peut embarquer 3 bombes guidées KAB-1500 de 1,5 tonne chacune, 6 missiles air-sol Kh-29 ou six missiles air-air R-27. Sans compter son canon GCh-30-1 de 30 mm.

    Armement de Su-34
    Armement de Su-34

    Le bombardement de précision

    Le bombardement de précision est assuré par des bombes à guidage satellite. Les coordonnées de la cible arrivent depuis l'orbite terrestre et la bombe vole d'elle-même en direction de l'ennemi avec une précision de 5-8 mètres depuis une altitude de vol de 5 km — un indice de précision extrêmement élevé. L'identification et le bombardement des cibles terrestres sont possibles grâce au radar à antenne active de l'appareil. De plus, le Su-34 est doté d'un système de visée optique laser pour les bombes et les missiles Platan ("platane"), dont le radar optique sort de la trappe à l'avant de l'avion lors d'une attaque.

    Le Su-34 est aussi capable de tirer des bombes et des missiles de la nomenclature de l'Otan. L'usine optico-mécanique de l'Oural Ialamov, par exemple, fabrique le module Damocles selon la licence de la compagnie française Thales. La présence de ce bloc dans l'armement des avions permet d'utiliser des systèmes offensifs de haute précision conformes aux normes de l'Otan.

    Le Su-34 contre des chasseurs

    Le missile air-air R-73 a une portée comprise entre 300 mètres et 30 km — au combat, 300 mètres est une très faible distance. C'est pourquoi le système de visée du missile est associé à l'œil du pilote et fonctionne en lien avec le système de désignation des objectifs du casque. La cible est ainsi désignée par la tête du pilote et un capteur du missile tourne avec la tête du pilote. Un tel missile peut déterminer l'issue d'une bataille en combat rapproché, quand chaque seconde compte.

    Su-34
    © Sputnik . Nathalia Kupreychenko
    Su-34

    Le National Interest souligne que grâce aux radars modernes, couplés au riche éventail de missiles air-air, le Su-34 peut remplir des missions de bombardement de cibles sans couverture de chasseurs. Selon les experts occidentaux, le Su-34 laisse peu de chance aux anciens chasseurs tels que le F-15, le F-16 et le F/A-18, et il est également capable de combattre d'égal à égal contre le nouveau chasseur de série de l'Otan: l'Eurofighter Typhoon.

    Le Su-34 contre la défense antiaérienne

    L'avion peut également embarquer des missiles destructeurs de systèmes antiaériens — les principaux ennemis de l'aviation. Le complexe américain de défense antiaérienne Patriot peut lancer 24 missiles à la fois pour abattre 8 avions en même temps. Mais le maillon faible de ce système est son radar: en le détruisant, le complexe devient aveugle.

    Pendant la Guerre froide, les ingénieurs russes ont donc conçu le missile Kh-31P (air-radar), destiné à détruire le radar du système antiaérien. Par ailleurs, le rayon d'action du Patriot est de 85 km, alors que la portée du Kh-31P est de 110 km. Et ce n'est pas tout: les ingénieurs russes ont élaboré un missile encore plus puissant, le Kh-31PD, prévu pour combattre les futurs systèmes antiaériens: sa portée sera de 250 km et il volera à 1 000 m/s.

    Au cœur du Su-34

    Seul un appareil "herculéen" peut tirer une grande quantité de munitions sur une cible. Le secret de l'endurance du Su-34 se cache dans son moteur, le AL-31F, dont deux exemplaires sont nichés au cœur de l'avion. Ce moteur a été conçu pour le Su-27 mais il a été modernisé et amélioré à plusieurs reprises pour atteindre son niveau de fiabilité et de performance actuel.

    Ce moteur permet à l'appareil de voler à 1,5 fois la vitesse du son — un résultat remarquable pour un bombardier, comparable à la vitesse de la plupart des chasseurs. Sachant que le Su-34 peut parcourir sans ravitaillement et le plein de munition une distance d'environ 4 000 km. Avec un ravitaillement, son rayon d'action n'est plus limité que par les capacités physiques du pilote.

    Prendre soin des pilotes

    Les ingénieurs ont doté cet avion de conditions qui permettent à l'équipage de rester parfaitement opérationnel après 8-9 heures de vol.

    La cabine de l'avion étant hermétique, il est possible d'y voler sans masque à oxygène. Le masque est nécessaire seulement pendant le combat. La pression dans la cabine, à 11 km d'altitude, est la même que dans celle d'un avion de ligne. Elle renferme également deux thermos, un four électrique avec des plats pour réchauffer les produits, un réservoir sanitaire et des sacs de couchage qui se déroulent entre les sièges de l'équipage. Les données du tableau de bord sont projetées sur la glace de la cabine, ce qui permet au pilote de suivre les indicateurs même en quittant son siège. L'entrée dans la cabine s'effectue via une trappe qui s'ouvre par le bas, après que les équipages se sont plaints de la structure classique où la cabine ouvrable du cockpit laissait entrer la pluie en s'ouvrant.

    Su-34 à la base aérienne de Hmeimim
    © Sputnik . Dmitriy Vinogradov
    Su-34 à la base aérienne de Hmeimim

    Et surtout – c'est le rêve de ceux qui connaissent les cabines étroites des chasseurs et des bombardiers – on peut se lever complètement dans un Su-34 en plein vol, faire des flexions et se dégourdir. Ainsi, les pilotes à bord se sentent comme des passagers en classe business.

    La sécurité avant tout

    La cabine de pilotage n'offre pas seulement le confort, mais aussi la sécurité. En élaborant le blindage, les ingénieurs ont tenu compte de l'expérience du Su-25 en Afghanistan. L'équipage se trouve dans une capsule blindée intégrale en titane d'une épaisseur de 17 mm. Les parties du cockpit qui protègent les équipements et d'autres éléments ont une épaisseur de 11 mm. Ce blindage peut résister à l'impact d'une munition d'un canon de 23 mm. La capsule blindée est dotée de sièges éjectables K-36DM considérés comme parmi les plus fiables du monde. Le verre de la cabine est également blindé.

    Le réservoir de carburant est tout aussi bien protégé. A l'intérieur du réservoir se trouve une éponge en mousse de polyuréthane à cellules. En cas d'impact d'un éclat de missile, elle empêche les vapeurs d'essence du réservoir d'exploser. Cette mousse permet également de contenir les effets d'un impact hydraulique. A l'intérieur, le réservoir est recouvert d'un caoutchouc spécial qui rebouche automatiquement les orifices et empêche les fuites en cas d'impact de balle ou d'éclat.

    Mais ce n'est pas tout: l'avion est aussi équipé d'un système d'émission automatique de leurres pour dévier les missiles ennemis. En cas de tir d'un missile sol-air, le Su-34 identifie lui-même le danger, surveille le lancement du missile et allume le système de défense de bord qui peut soit renvoyer le missile ou le faire dévier, soit simplement le faire exploser.

    Le système Khibiny — ou comment rendre folle l'électronique des avions ennemis

    Le Su-34 brouille non seulement les radars des missiles, mais rend littéralement fou l'électronique des avions ennemis grâce au système Khibiny installé en bout d'aile. La durée de vie de l'avion est ainsi multipliée de 20 à 25 fois. Par ailleurs, en installant des modules supplémentaires de brouillage, l'avion pourrait non seulement se protéger contre les radars et les missiles ennemis, mais aussi de tout un groupe d'avions amis. Ainsi, le Su-34 est aujourd'hui l'avion le plus au point du point de vue de la guerre électronique.

    Su-34, le système Khibiny installé en bout d'aile
    Su-34, le système Khibiny installé en bout d'aile

    Tout ne fait que commencer

    La cible est détectée, identifiée et détruite – cette information est vue par le pilote sur les écrans de son avion de combat. Après tout, c'est pourquoi ce bombardier a été conçu: il est à la hauteur aujourd'hui en Syrie et le sera pendant encore 30 ans. Son temps vient seulement de commencer. 

    Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur.

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    Tags:
    frappe aérienne, bombardements, armements, Al-31F (moteur d'avion), R-73 (missile air-air), Platan, Khibiny, Su-34, Syrie
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